FC Metz-OM : shock corridor

Aujourd’hui, à la rédac’ d’OMlive, tout le monde a un peu relâché ses efforts et le climat est tristounet. Comme à l’OM quoi. Cette belle osmose prend tout son sens un premier mai, Fête du Travail bien sûr, mais aussi des feignasses. Sauf que pour Jarlandine, un avant-match, ça ne se négocie pas et pour sauver ma peau j’ai dû m’y coller ! 

Que les Messins me pardonnent, je ne parlerai pas d’eux, de leur sort cruel, de leur entraîneur courageux et opiniâtre… Non, car j’ai le cœur lourd. Ça explique sans doute, mon clin d’œil à la filmographie désabusée de Samuel Fuller, notamment avec ce titre faisant référence à une œuvre unique dans laquelle le héros, un journaliste ambitieux, se fait passer pour fou afin d’entrer dans un asile psychiatrique et n’en sort plus…

Oui, j’ai le cœur lourd de savoir que la fin est proche. Trop lourd.

Le démon des eaux troubles

1

Rêver un impossible rêve
Porter, le chagrin des départs 
Brûler d’une possible fièvre
Partir où personne ne part…

Ces mots de Brel résonnent ainsi dans ma tête cependant que dans l’arène de la Ligue 1 et dans le landerneau de la presse française, le ton est à la mise à mort de Marcelo Bielsa.

Lâché par son pseudo-président de club et tout ou partie de ses joueurs, l’entraîneur argentin est désormais seul face à une meute de chiens enragés prêts à le dévorer. Son crime ? Avoir fait pendant six mois de l’Olympique de Marseille, c’est-à-dire, d’une bande de gamins sous-éduqués certes, mais surpayés, « surchouchoutés », surmédiatisés, et avec lui évidemment, surentraînés, une véritable machine de guerre promise à la victoire suprême !

FOOTBALL : Marseille vs Montpellier - Ligue 1 - 17/08/2014

En première partie de saison, tout marchait d’ailleurs à la perfection, enfin, jusqu’à ce que les gamins en question décidassent soudainement que travailler pour réussir était une hérésie au pays de Téléfoot. Les pauv’ p’tits  chatons…  Le malheureux, inconscient de sa forfaiture, prouvait pourtant aux yeux de la L1 endormie sur elle-même, qu’on pouvait jouer extraordinairement sans avoir le budget du PSG, le centre de formation de Lyon ou la quiétude de Monaco… Une véritable insulte à la tradition française (de souche bien sûr) !

6

Dressé pour tuer

Oui, mais ça c’était avant, avant que la bonne vieille médiocrité de notre championnat de football reprît ses droits, avant que des jocrisses généreusement pourvus d’une carte de presse – ou pas – et surtout d’un micro ou d’une pleine page couleur, vinssent crier au scandale ! Et ça ne pouvait durer, parce qu’une telle attitude mettait en danger le dogme nourricier du moindre effort et du copinage érigés en vertus. Amen.

Faire de Jérémy Morel un véritable footballeur, soit, mais ridiculiser des Baup, Anigo, Emon, Courbis, Puel, Galtier, Dupraz, Antonetti, Blanc, Gillot, Girard et j’en passe et des plus mauvais, non ! Ça ne se fait pas, c’est tout. Et c’est une question d’éducation Monsieur Bielsa !

4

Ne pas regarder les journalistes dans les yeux quand on ne parle par leur langue et qu’on souffre d’une timidité maladive est déjà choquant en soi, d’ailleurs, Louis Nicollin, dépositaire du bon goût français ne s’en est toujours pas remis, alors, faire mieux que les autres avec des méthodes personnelles et révolutionnaires sans jamais critiquer l’arbitrage, hein… Et puis cette manie de vouloir parler systématiquement de technique, de tactique, de philosophie de jeu, de football… Tenez-vous-en aux potins et à la langue de bois habituels enfin ! Pour qui vous prenez-vous, Monsieur l’Argentin ? Pour Aimé Jacquet ? Quel toupet !

Écoute-moi,
Pauvre monde, insupportable monde, 
C’en est trop, tu es tombé trop bas 
Tu es trop gris, tu es trop laid 
Abominable monde 
Écoute-moi 
Un Chevalier te défie
Oui c’est moi, Don Quichotte 
Seigneur de la Mancha 
Pour toujours au service de l’honneur 
Car j’ai l’honneur d’être moi 
Don Quichotte sans peur 
Et le vent de l’histoire chante en moi 
D’ailleurs qu’importe l’histoire 
Pourvu qu’elle mène à la gloire…

Les voleurs de la nuit

Quel toupet oui bien sûr, et quel traitement surtout ! Ça fait froid dans le dos…

Il était pourtant venu le cœur rempli d’espoir, et sûr de sa science, avec la volonté de transformer le plomb en or pour la seule beauté du geste, pour ce romantisme auquel il est tellement attaché au fond. Et nous avec lui. C’était il y a quelques mois à peine…

Aujourd’hui, le technicien sud-américain constate avec effroi et incrédulité que la France du football a tôt fait de le traiter comme un paria, lui l’alchimiste, l’original, l’insoumis, l’idéaliste. Oh bien sûr, il a l’habitude de déranger, mais là, la bassesse des coups le surprend.

5

En conférence de presse, sa voix éteinte répond aux questions machinalement sans jamais se départir de son professionnalisme ni de son calme ou de sa précision. Et quand il est poussé à bout, il remet tranquillement, mais fermement, ses contempteurs face à leurs contradictions et face à la plénitude de leur vacuité. Dignité vous dites ? Encore un mot inconnu dans le petit monde de la Ligue 1 et de la presse sportive…

Pendant ce temps, les véritables amateurs de beau jeu assistent impuissants à cette mascarade honteuse à laquelle ils sont toutefois rompus depuis des lustres : dès qu’une once d’espoir, d’originalité, d’exigence et de respect du public fait mine de changer le football français en football tout court, voire, si c’est Dieu possible en spectacle (oh le gros mot), le couperet s’abat impitoyablement ! Pas de ça chez nous !

Au-delà de la gloire

De fait, l’entraîneur de l’OM devra sans doute partir comme un quidam tandis que des tribunes s’élèvera un dernier « Bielsa no se va » désespéré et que des Simeone, Guardiola, Zanetti, Heinze, Pochettino ou Ferguson regarderont de loin cette France du football, abrupte, fermée, insipide et infecte méprisant au nom de sa rassurante suffisance tout ce qui se fait ailleurs, sauf éventuellement en Angleterre parce qu’on ne peut quand même pas cracher sur l’audimat ! Belle mentalité…

Quelle honte ! Et quel aveu d’échec au regard de la trace que Bielsa laissera dans les mémoires ! Oui, parce que Messieurs de la bien-pensance, personne à Marseille n’oubliera ce Don Quichotte de la geste footballistique, ni à Bilbao, ni au Chili, et encore moins en Argentine ! Alors qu’Élie Baup hein…

Marcelo BIELSA

Bref, pour vous dire adieu comme vous le méritez, cher Marcelo, laissez-moi emprunter les mots de Georges Moustaki, l’imaginaire de Milos Forman et un peu de ma facétie :

Avec ma gueule de métèque
De Juif errant, de pâtre grec
Et mes cheveux aux quatre vents
Je viendrai, ma douce captive
Mon âme sœur, ma source vive
Je viendrai boire tes vingt ans
Et je serai prince de sang
Rêveur ou bien adolescent
Comme il te plaira de choisir
Et nous ferons de chaque jour
Toute une éternité d’amour
Que nous vivrons à en mourir…

 

Marcelo Nicholson (avec signature)

Vous avez apprécié l'article ? Partagez-le...
avatar

A propos de Toti


Pixelliste iconoclaste, feuilliste acescent, il gâche le temps libre de tous ceux qui se risquent à lire sa prose et le sien à suivre l'OM.
Article lu 2260 fois, écrit le par Toti Cet article a été posté dans Avant-match et taggé , , , . Sauvegarder le lien.

2 Réponses pour FC Metz-OM : shock corridor

  1. avatar De selfmade footix le 2 mai 2015 à 8h09

    Houla ! Tu m’inquiètes, vieux.
    Tu prends bien ton Prozac, hein ? Tu vas pas faire une bêtise, comme te jeter dans le Vieux-Port sous le ferry-boat ou te mettre à supporter un club de merde désespérant d’amateurisme et sans aucun projet réel pour envisager de le ramener un jour à hauteur de sa légende ?
    On n’est plus un club de foot ; juste un élevage de lapins crétins dirigé par le plus crétin d’entre eux, qui croit vraiment, contre toute évidence depuis des années, que l’on peut acheter très cher ce genre de bestioles et qu’on les revendra en faisant une belle marge. Le vrai footballeur, encore, ça se vend bien.
    Ces machins sans cervelle ni honneur, beaucoup moins.

    • Non, même quand on me le prescrit et pour le « club de légende », eh bien le mal est déjà fait. T’aimes pas c’est ça ? Bah dis-le va ! De toute façon, depuis que le départ de Bielsa est acquis, je n’ai plus goût à rien alors… ^^