J 20 | Stade Rennais-OM : objectif reconquête

L’OM a repris le cours de sa saison en se qualifiant pour les huitièmes de finale de la Coupe de France. Néanmoins, c’est bien en championnat que les hommes de Rudi Garcia sont attendus avec, en ligne de mire, la réception de Monaco fin janvier et éventuellement, un pied sur le podium… Pour l’heure, les Marseillais sont quatrièmes de L1, se déplacent à Rennes et doivent tout mettre en œuvre pour faire oublier le naufrage du match aller. Victoire exigée, comme d’habitude !

Le poids de l’héritage

Depuis bien longtemps, l’OM est devenu une machine à décevoir.

Tantôt prometteur ou conquérant, tantôt fébrile ou désolant, le club phocéen impose en effet à ses supporteurs, une santé cardiaque à toute épreuve et de saison en saison, finit par épuiser ou… écœurer.

Si l’arrivée de Frank McCourt et Jacques-Henri Eyraud a tout changé (ou presque), le règne interminable de la famille Louis-Dreyfus et la gestion catastrophique de Vincent Labrune ont laissé un goût de cendres en bouche que le bourbon « Boston malted » peine à faire passer.

Jadis grand club capable d’affronter et de vaincre n’importe qui en Europe, l’OM fait à présent pâle figure sur la scène internationale, agace ou, pire, laisse complètement indifférent. Les années de faste sont loin, celles des certitudes aussi et en dépit de l’ambitieux renouveau en cours, les promesses tardent à prendre forme tandis que le football a fait sa révolution industrielle.

Le public est pour sa part resté exigeant, trop peut-être, mais c’est sans doute la conséquence de la médiocrité et des affaires malsaines qui lui ont été imposées pendant vingt ans, alors que dans ses souvenirs, l’OM est resté incomparable…

Un bilan contrasté

Les principales causes de ce désamour se résument à deux écueils : le spectacle et les résultats.

D’abord extrêmement poussive, friable et brouillonne, la formation olympienne a encaissé des revers mémorables en automne face à Monaco puis Rennes – que l’OM retrouvera ce samedi – avant de trouver son équilibre et s’inscrire dans une dynamique positive, en dépit d’un jeu frustrant et balourd.

Ces deux fiascos ont ainsi agi comme des électrochocs sur le groupe qui dès lors, a su enchaîner les résultats et même tenir tête à l’armada parisienne à défaut de lui infliger une première défaite depuis l’ère qatarie.

Malheureusement, la maladresse de Morgan Sanson ce soir-là est symptomatique des insuffisances marseillaises : de la solidité, du caractère, quelques belles actions collectives et individuelles, mais beaucoup trop de déchet technique de limites et d’approximations pour espérer mieux que le nul ou la déroute face à certaines bonnes formations, alors que la victoire semble souvent toute proche…

Par conséquent, contre Paris, l’OM a concédé le nul à la fin du temps additionnel après avoir mené deux buts à un et raté l’occasion de faire la différence à dix minutes du terme. De même avec Lyon, Marseille a dominé sans marquer et subi bêtement deux contres meurtriers…

De moins en moins indulgents vis-à-vis des erreurs ou des contre-performances, les supporteurs sont cependant en droit d’attendre autre chose de leur équipe. Or, les ambitions de la nouvelle direction et le prestige du club ne sont pas en adéquation avec ce qu’on voit sur le terrain depuis le mois d’août.

À l’arrivée, le classement en championnat est bon (quatrième place), c’est vrai, mais le jeu est médiocre et le bilan insuffisant aussi bien en L1 face aux grosses cylindrées qu’en Europa League quel que soit l’adversaire. L’OM a en outre été éliminé de la Coupe de la Ligue dès le premier tour contre Renne… Décidément !

Une mécanique grippée

Si l’OM n’a pas à rougir de la qualité de son groupe, un examen attentif met pourtant en lumière quelques handicaps majeurs permettant d’expliquer ce bilan qui peine à convaincre. Par ailleurs, l’équipe porte encore les stigmates résultants de maints compromis désastreux, tels Dória ou Bedimo que le club traîne comme des poids morts.

Ça, c’est ce qui se voit.

Ce qui se voit moins c’est que les profils introduits dans le onze de départ à l’époque ou Michel faisait semblant d’entraîner l’OM sont peu compatibles entre eux. En réalité, l’effectif du club est bancal et ce talon d’Achille pèse lourd dans l’équation.

Une équation d’autant plus complexe que la nouvelle direction s’est elle-même fendue de choix très discutables…

Surprises et chausse-trappes

En défense, Rami et Rolando tiennent la baraque et Amavi a considérablement changé la donne depuis le départ anticipé de Patrice Evra qui était systématiquement titulaire malgré ses contre-performances…

Pour autant, le prêt d’Abdennour (sans option d’achat), et le transfert de Grégory Sertic posent question.

Arrivé blessé à l’OM (et en disgrâce dans son club de tutelle, le FC Valence), l’international tunisien n’apporte pas grand-chose à la charnière marseillaise sachant que son profil est peu ou prou identique à celui de Rami – ou de Rolando –  c’est-à-dire, à celui d’un stoppeur alors que l’OM est plutôt en difficulté dans la relance que dans l’impact physique…

C’est donc un remplaçant un peu cher et non une réelle option tactique voire une amélioration significative dans l’animation défensive.

Bref, en dehors de l’économie d’un prêt par rapport à un transfert sec, il s’agit d’un mauvais choix malgré des prestations honorables depuis le mois de novembre.

Pour Grégory Sertic, le verdict est encore plus sévère : naguère en échec à Bordeaux, sa descente aux enfers se poursuit à Marseille.

Blessé et mis à l’écart du groupe depuis l’automne, il est désormais sur la liste des joueurs à vendre de toute urgence ! Reste à savoir quel club pourra s’y intéresser…

Succès et approximations

Au milieu, Luiz Gustavo est impérial. Depuis son arrivée, l’OM a retrouvé un équilibre et une animation défensive efficace. Son abattage, sa qualité de passe, ses récupérations précieuses et sa vision du jeu constituent actuellement les principaux atouts de l’équipe.

De fait, c’est de loin le meilleur renfort de l’OM depuis le duo Gonzalez/Heinze en 2009.

En contrepartie, le brésilien n’a pas réellement de remplaçants, même si Zambo-Anguissa offre depuis le début de la saison des prestations bien plus honorables que ce qu’on pouvait initialement escompter.

Lucas Ocampos et Florian Thauvin ont beau être irréprochables depuis le mois d’août, aucun des deux n’est capable d’évoluer comme un ailier « à l’ancienne », c’est-à-dire susceptible de tenir aussi bien sa ligne que d’expédier des centres chirurgicaux à destination de la tête et des pieds de l’attaquant de pointe.

Dimitri Payet est bien loin de son niveau optimal et lorsqu’il multipliait les passes décisives du temps de Bielsa, il le faisait en position de meneur de jeu, de numéro dix classique, pas en évoluant sur le côté gauche où il s’épuise rapidement tout en révélant ses carences défensives…

Morgan Sanson est en meilleure forme que son aîné et parvient à tirer son épingle du jeu. Pourtant, s’il est convaincant dans l’axe derrière les attaquants, il disparaît des débats dès que Rudi Garcia le fait jouer sur le flanc gauche…

Attentes et erreurs de casting

Dans cette logique, le travail d’alimentation des attaquants depuis le côté est pratiquement dévolu aux seuls latéraux qui s’acquittent plutôt avec les honneurs de cette tâche délicate.

Toutefois, ils manquent d’adresse, de régularité et s’époumonent souvent en vain, car l’animation offensive de l’OM est laborieuse, répétitive et inefficace…

Devant, Valère Germain est en effet le prototype du joueur de complément qui a besoin d’un attaquant de pointe rusé et puissant ou vif et très adroit et s’est cependant vu attribuer le premier rôle d’une distribution où il ne peut s’exprimer.

Privé de bons ballons et de moins en moins sûr de ses choix, il a peu à peu basculé dans l’anonymat à force de jouer seul dans un système inadapté à ses capacités.

Recruté blessé en toute fin de mercato, Kostantinos Mitroglou est quant à lui, une énigme.

Performant avec Benfica y compris en Coupe d’Europe, il a bien évidemment les atouts pour s’imposer à l’OM dans un système à deux attaquants. Sauf que Rudi Garcia s’est ingénié à le positionner seul en pointe en alternance avec Germain, jusqu’à la fin de l’année 2017…

À l’arrivée, les statistiques du joueur sont faméliques et sa confiance en berne.

Faute d’avoir réussi à enrôler un attaquant polyvalent, jeune et prometteur ou d’avoir gardé une valeur sûre comme Bafétimbi Gomis, l’OM semble s’être engouffré une fois de plus dans une impasse…

Pour autant, le technicien marseillais fait mine de changer ses habitudes puisqu’en Coupe de France et face à Valenciennes, il a enfin aligné deux attaquants complémentaires.

Une combinaison encore infructueuse, mais nettement plus cohérente que ce qui a été fait jusqu’à présent, même si les performances des milieux relayeurs ne permettent toujours pas d’atteindre un seuil d’efficacité satisfaisant.

Deux poids, deux mesures

Régulièrement malmené en championnat comme en coupe depuis plusieurs saisons, le Stade Rennais a battu deux fois l’OM et s’est incliné à deux reprises contre le PSG (en encaissant dix buts en deux matches…).

Du reste, Christian Gourcuff et René Ruello ont gentiment été priés d’aller voir ailleurs le sept novembre dernier et ont respectivement laissé leur place à Sabri Lamouchi et Olivier Létang. Pour autant, le choc psychologique généralement attribué à ce genre d’opérations n’a pas eu lieu si l’on en croit le parcours effectué depuis.

Par conséquent, plus que la valeur réelle de l’équipe bretonne, c’est le rendement global de la Ligue 1 qui explique ces résultats en dents de scie, sachant que le trio de tête à la poursuite de l’insaisissable PSG a subi occasionnellement de gros revers, tandis que les seize formations restantes évoluent à un niveau inférieur.

L’OM sur le sentier de la guerre

De son côté, l’OM est solide à domicile, mais laborieux à l’extérieur et en dépit de la récente déconvenue de son futur adversaire face à Paris en Coupe de France, rien ne garantit une partie de plaisir demain soir.

En réalité, et comme souvent, le club olympien reste son pire ennemi et tant que le spectacle n’accompagnera pas de bons résultats, les tribunes seront quelque peu dégarnies.

Qualifiés – outre la Coupe de France – pour les seizièmes de finale de l’Europa League, les Olympiens peuvent ainsi s’émousser en enchaînant les matches ou, à l’inverse, trouver enfin leur vitesse de croisière sur le front de l’attaque.

Cela étant, la marge de manœuvre est restreinte et les enjeux de taille : une quatrième place en championnat décevrait et ne crédibiliserait pas réellement l’OM Champion’s Project, tandis qu’une élimination prématurée en Coupe de France ou d’Europe serait considérée comme un véritable coup d’arrêt…

Pour progresser, l’OM doit impérativement viser le podium et cet objectif passe par une victoire dès demain soir face à Rennes et des succès dans les confrontations directes avec Monaco, Lyon, le PSG et probablement Nice et Nantes.

Un sacré programme, d’autant plus qu’aucun renfort n’est annoncé d’ici à trois semaines et que Jordan Amavi vient de se blesser sérieusement (déchirure musculaire et trois à quatre semaines d’absence) !

Tout repose donc sur le travail de Rudi Garcia et la motivation de ses ouailles, capables d’exploits sporadiques comme de sévères contre-performances.

Plus d’approximations Messieurs !

Cette fois il va falloir assurer ou renoncer, car le temps s’accélère et la pression financière s’accroît mois après mois…

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A propos de Toti


Pixelliste iconoclaste, feuilliste acescent, il gâche le temps libre de tous ceux qui se risquent à lire sa prose et le sien à suivre l'OM.
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Une Réponse pour J 20 | Stade Rennais-OM : objectif reconquête

  1. Que de qualités dans ce texte !