J 4 | AS Monaco-OM : ascenseur pour l’échafaud

En consolidant  – non sans difficultés – son parcours en Coupe d’Europe, l’OM s’est acquitté d’une première obligation pour sa saison 2017-2018. Il convient désormais de jouer les premiers rôles en championnat et si les résultats semblent prometteurs, se présenter avec un effectif aux contours incertains sur la pelouse du Stade Louis-II après sept matchs en trente jours, relève plus du chemin de croix que de la promenade de santé…

Échec à l’organisation

On avait bien senti un frémissement ces dernières années, mais les vieux réflexes du foot made in France étaient tellement ancrés dans les esprits et les habitudes, que personne ne croyait vraiment à un renouveau global en Ligue 1. Ou plus précisément, en « Ligue 1 Conforama » par la grâce du naming.

Contre toute attente, l’accumulation d’écueils financiers et de résultats calamiteux a pourtant eu raison d’une mentalité autocentrée et corporatiste.

Finis les matchs nuls « dégueulasses » érigés sans vergogne en fiers étendards lors des conférences de presse, finis les schémas tactiques frileux, les remplacements tardifs ou improbables, les stratégies sans risques et sans ambitions, les concepts étriqués d’une vieille garde moribonde, finie l’ancienne Ligue 1, place à une compétition savoureuse et attractive !

D’abord souterraine, cette révolution a commencé avec l’arrivée de Marcelo Bielsa à l’OM et le passage de Claudio Ranieri à Monaco. Le premier ayant prouvé qu’on pouvait faire courir des ânes et discipliner des chèvres pour offrir un spectacle différent de celui d’un cirque, le second qu’avec du travail, il était possible d’amener une bonne équipe de L2 en L1, puis de talonner l’ogre PSG nourri au gaz naturel qatari, sans acheter la moitié du football européen…

Les clubs français se sont ainsi réveillés après des décennies de confort et ont enfin ouvert la porte à des entraîneurs étrangers. Après Leornardo Jardim à Monaco, Unai Emery au PSG et Lucien Favre à Nice, Claudio Ranieri, Oscar Garcia et Marcelo Bielsa ont respectivement rejoint Nantes, Saint-Étienne et Lille.

Avec eux et la pression économique exercée indirectement par la toute-puissance du PSG, les exigences ont été revues à la hausse, les méthodes de travail revisitées et densifiées, les concepts caducs abandonnés et les politiques sportives repensées pour le très haut niveau, non plus en se regardant le nombril, mais en analysant ce qui se faisait ailleurs, à l’échelle européenne et internationale.

Le dernier des Mohicans

Que les nostalgiques se rassurent, quelques irréductibles s’accrochent ! À Montpellier, Michel Der Zakarian propose encore un bon vieux foot du terroir, bien de chez nous, bétonné à l’ancienne, rugueux comme il faut, violemment inefficace et véritablement laxatif !

À Lyon, Bruno Genesio a toujours les faveurs de l’inamovible Jean-Michel Aulas. À Toulouse, Pascal Dupraz continue de faire la joie des journalistes entre les matchs et le désespoir des supporteurs du TFC pendant.

Quant à Christophe Galtier, figure de proue de toute une génération attachée à la « L1 old school », il apparaît régulièrement en tribunes, mais n’a pas retrouvé de poste d’entraîneur cette saison et ce n’est sans doute pas le fait du hasard.

Du reste, avant lui, Élie Baup, Roland Courbis, Frédéric Antonetti, Hervé Renard, Francis Gilot et René Girard ont peu à peu déserté les terrains de foot hexagonaux et parfois, envahi les plateaux télévisés ou les studios radiophoniques, en vertu du fameux principe des vases communicants, cher aux fosses septiques…

Entre le ciel et l’enfer

L’effet de ce rafraîchissement de grande ampleur ne s’est pas fait attendre et depuis la reprise, la Ligue 1 offre un niveau général que les moins de vingt ans ne pouvaient imaginer : vitesse, engagement, construction des actions, évolutions tactiques, audace, mouvements, qualité technique, tout y est !

Mieux, le spectacle est au rendez-vous, car à l’exception d’un ou deux clubs clairement dépassés, les petites équipes jouent leur chance à fond et, de fait, chaque confrontation redore l’image de la compétition, alléluia !

Dans ce paysage alléchant, Monaco reste serein. C’est d’ailleurs la qualité première du Champion de France en titre. Et depuis son banc, sûr de sa force, Leonardo Jardim s’adapte comme à chaque intersaison.

D’abord abondamment critiqué par les observateurs et la presse en raison d’un jeu décrit comme fermé et attentiste au nom de l’hôpital qui se fout de la charité, l’homme est aujourd’hui très respecté.

Le « maçon portugais », surnom qu’il avait poliment décliné en retournant avec beaucoup d’intelligence et d’humour l’indécrottable chauvinisme des médias, a même gagné le championnat au nez et à la barbe du PSG et atteint les demi-finales de Ligue des Champions, alors que le club de la capitale a été éliminé avant les quarts…

Pour autant, la situation s’est un peu compliquée pendant le mercato et il sait bien que, de toute façon, la saison passée avait tout d’un exploit et restera exceptionnelle.

Observé par toute l’Europe, Monaco a suscité la convoitise de nombreux clubs et certains des acteurs majeurs du sacre sont partis (notamment Mendy, Silva et Bakayoko). Pire, le joyau de la couronne, Kylian Mbappé, pourrait également quitter la Principauté et rejoindre… le PSG !

Certes, cependant l’ASM sait admirablement recruter, bonifier, revendre à prix d’or et reconstruire depuis l’arrivée à sa tête du milliardaire russe, Dmitry Rybolovlev. À telle enseigne qu’on ne voit pas bien qui pourrait réellement lui faire de l’ombre en dehors du PSG !

Pour preuve, les Monégasques ont enchaîné les victoires depuis la première journée et sont actuellement au coude à coude avec le club parisien au sommet de la Ligue 1…

Les sentiers de la gloire

Du côté de l’Olympique de Marseille, la situation est plus difficile. Si l’équipe qui a été bâtie depuis l’ouverture du marché des transferts est plaisante, cohérente et séduisante sur le papier, elle est en contrepartie, incomplète, fragile et trop limitée sur le terrain pour satisfaire aux objectifs définis depuis octobre dernier par les nouveaux dirigeants.

En réalité, elle est taillée pour la L1 de 2016-2017, pas pour celle de 2017-2018. Et si la troisième place est envisageable dans la première hypothèse, elle ne l’est plus dans la seconde.

Pourtant, en dehors des détracteurs habituels du club et des supporteurs les moins patients, tous comprenaient et acceptaient l’idée d’une solide reconquête menée par étapes successives.

À ce propos, un énorme travail a déjà été accompli au sein de l’institution et en dehors (structure, organisation, marketing, formation, publicité, etc). C’est très encourageant, mais ce qui était acceptable hier, parce que provisoire, semble devoir s’inscrire dans la durée et donc devenir irrecevable.

Arracher Dimitri Payet à la Premier League avait de la gueule. Embaucher Patrice Evra et Grégory Sertic dans l’urgence du mercato hivernal tenait à peu près la route. Faire appel à Steve Mandanda et Adil Rami pour renforcer la défense sans se ruiner tombait sous le sens. Séduire Luiz Gustavo et Jordan Amavi crédibilisait l’OM Champion’s Project. De même, recruter Valère Germain à bon prix pour étoffer l’attaque marseillaise constituait une excellente idée.

S’arrêter en si bon chemin est une hérésie.

Assurance sur la mort

Trop faible en qualité, l’effectif est également trop peu nombreux et Rudi Garcia ne cesse de bricoler pour trouver des solutions là où il n’y a en a pas, Ocampos, Dória, Sarr, Sertic, Rolando et Evra n’ayant tout simplement pas – ou plus – le niveau pour la L1 et encore moins pour l’Europa League !

En outre, Christopher Rocchia et Boubacar Kamara n’ont  à ce jour rien prouvé. Quant à Maxime Lopez, ses atouts ne font oublier ni sa jeunesse ni ses carences physiques, indépendamment de son petit gabarit.

Ça fait trop peu de certitudes face à tant de doutes, même si d’aucuns soutiendront que l’OM est invaincu depuis le 27 juillet dernier et a sporadiquement proposé du jeu tout en digérant une grosse préparation physique.

Ils ont simplement oublié que le KV Ostende, le NK Domžale, le Dijon FCO, le FC Nantes et le SCO Angers ont en commun d’avoir donné des sueurs froides à tous les Marseillais, qu’ils soient sur le terrain, dans les tribunes ou devant leur téléviseur !

©BORIS HORVAT/AFP/Getty Images

Or, en regard de ces équipes, l’AS Monaco a tout de la grosse cylindrée invincible. Et si Marseille a peut-être ses chances, on ne voit pas bien lesquelles surtout en l’absence de Dimitri Payet, d’Adil Rami et de Clinton Njie…

De toute évidence, il manque encore à l’OM un bon avant-centre puissant et adroit, un défenseur central vif et technique et un milieu de terrain calme et rugueux pour épauler Luiz Gustavo et libérer Morgan Sanson.

Par conséquent, à ce moment de l’intersaison et à une semaine de la fin du mercato, l’OM Champion’s Project qui n’est encore qu’un pari peut rapidement devenir une terrible partie de roulette russe jouée avec un automatique.

Dernier test dimanche, verdict dans sept jours. Cher président, vous savez ce qu’il vous reste à faire avant que cette belle aventure ne se transforme en voyage au bout de l’enfer.

Une tisane peut-être ? Non ? Alors, au boulot !

 

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A propos de Toti


Pixelliste iconoclaste, feuilliste acescent, il gâche le temps libre de tous ceux qui se risquent à lire sa prose et le sien à suivre l'OM.
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Une Réponse pour J 4 | AS Monaco-OM : ascenseur pour l’échafaud

  1. Comment dire… c’est du TOP niveau !

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