OM-GdB : état d’urgence ou crépuscule ?

Une rencontre Marseille-Bordeaux était toujours très attendue il y a encore quelques années. Celle qui aura lieu d’ici une poignée d’heures n’opposera pourtant que deux clubs méconnaissables et à bien des égards, au bord du chaos puisque dans le cadre de la 32e journée de Ligue 1, son seul enjeu sera d’assurer définitivement leur maintien…

Que se passe-t-il dans les coulisses du Centre Robert Louis-Dreyfus ou derrière les murs du Château du Haillan ? Les supporteurs marseillais et bordelais aimeraient bien le savoir, car après un bref retour en grâce à la fin des années 2000, les deux institutions semblent désormais naviguer en aveugle sur un océan d’incertitudes qui se fait de plus en plus hostile à mesure que les saisons défilent.

Et pourtant, il y a peu, tout semblait bien différent. Souvenez-vous…

Flankengott, le fils prodigue

Non, il ne s’agit pas d’une malédiction flamande, ni même d’une énième série produite par HBO ou la BBC et consacrée aux Vikings ou aux légendes teutonnes. Ce mot, un rien contondant dans la langue de Molière, est tout simplement le surnom affectueux attribué à Willy Sagnol lors de son passage au Bayern Munich (2000-2008).

Il signifie littéralement « dieu des centres ».

À l’issue d’une saison terne et délicate ponctuée par une neuvième place, c’est vers lui que les Girondins de Bordeaux se tournent en mai 2014. Il remplace alors l’inénarrable Francis Gillot qui a plus fait pour l’enthousiasme en milieu footballistique que Jérôme Cahuzac pour l’émancipation fiscale des élus de la République (et ce malgré l’abattage absolument remarquable de Jean-Louis Triaud).

1« Y a d’la joie… »

Chez les supporteurs comme chez les observateurs, cette décision est accueillie avec soulagement et suscite même une certaine effervescence du fait du CV de l’intéressé.

Auréolé de gloire en club comme en sélection (vice champion du monde 2006), l’ancien bordelais présente effectivement bien et s’affirme d’emblée comme une production nationale de premier choix, au point de devenir… consultant Canal + en 2009 après s’être rangé des ballons !

L’année suivante il entre au conseil de surveillance de l’ASSE, puis prend ses fonctions de manager des équipes de France de jeunes et accède enfin au rang de sélectionneur Espoirs en 2013.

« Dur sur l’homme » (c’est pas cochon et Marcel Dessaily peut en témoigner), il incarne même la quintessence de l’arrogance française mâtinée de rudesse stéphanoise et de psychorigidité germanique.

Bref, pour Bordeaux, c’est le choix idéal !

Toutefois, le bonhomme n’a jamais entraîné un club professionnel et son parcours en Gironde va s’en ressentir.

* oui, c’était avant le règne de Bakary Sagna en sélection…

Au cœur des ténèbres

De fait, après des débuts prometteurs bercés par une chance insolente et une clémence arbitrale stupéfiante, la belle mécanique girondine tousse, patine et finit dans le rang – le sixième en l’occurrence – dès la mi-saison.

Néanmoins, c’est sur un autre terrain que celui du jeu que la situation de l’ancien latéral droit des Bleus va se compliquer singulièrement. Lors d’un échange avec des lecteurs de Sud Ouest, il est interrogé sur l’écueil que constitue la Coupe africaine des Nations pour les clubs français et donne une réponse pour le le moins équivoque :

« L’avantage du joueur, je dirais typique africain : il n’est pas cher, généralement prêt au combat, on peut le qualifier de puissant sur un terrain. Mais le foot, ce n’est pas que ça, c’est aussi de la technique, de l’intelligence, de la discipline […]

Il faut de tout. Il faut des Nordiques aussi. C’est bien les Nordiques, ils ont une bonne mentalité.

Une équipe de foot, c’est un mélange. C’est comme la vie, c’est comme la France. Sur un terrain, on a des défenseurs, des attaquants, des milieux, des grands, des rapides, des petits, des techniques. Voilà. »

Le plus souvent amputée de sa dernière phrase sur les réseaux sociaux, cette déclaration invraisemblable de la part d’un professionnel chevronné provoque immédiatement l’ire des associations antiracistes et même celle de Lilian Thuram, ex-partenaire de Sagnol en bleu.

À Bordeaux, ville qui fut historiquement l’un des fiefs du commerce triangulaire, le malaise est palpable et Les Marine et Blanc – décidément… – répondent rapidement par un communiqué laconique expliquant que leur entraîneur vedette « éprouve un sentiment d’incrédulité et de colère face à l’interprétation erronée et raccourcie de ses propos ».

1« Quoi ma gueule, qu’est-ce qu’elle a ma gueule ? »

Toutefois, rien n’y fait et pour éteindre la polémique qu’il a lui-même initiée, Willy Sagnol se confond en excuses larmoyantes face aux médias où il apparaît finalement, mou sur l’homme (là c’est cochon).

Dès lors, il s’enferme dans des choix discutables et son équipe, d’abord valeureuse et enthousiaste s’enlise peu à peu et enchaîne les prestations sans éclat. Au cours de la saison suivante, la situation empire considérablement et Bordeaux subit plusieurs revers mémorables face à Nice, Lyon, Caen, Saint-Étienne et Reims…

C’en est trop. Initialement adoubé par les journalistes et les observateurs avec force commentaires laudatifs, le technicien français de souche éjectable est finalement limogé de son poste d’entraîneur le 14 mars 2015 dans l’indifférence générale.

Ulrich Ramé, ancien gardien de but emblématique du Club au Scapulaire prend sa succession et le fameux électrochoc attendu a bien lieu. Il se solde par un nul à domicile et une victoire en terre monégasque…

2« Uh !? »

En dépit de ces résultats encourageants qui éloignent les Girondins de la zone relégable, le nouvel homme fort du Haillan apparaît aussi primesautier en conférence de presse qu’un bloc de granit breton attendant le crachin du soir entre deux bourrasques océanes.

De quoi fêter dignement une treizième place accompagnée de quarante-deux points !

Un homme est passé

À l’heure où Willy Sagnol est officiellement annoncé à Bordeaux, une autre révolution se prépare à Marseille et pas des moindres. Elle vient d’Argentine et se nomme Marcelo Bielsa !

Les aficionados de l’OM sont d’abord incrédules, car l’homme directement en charge du club phocéen depuis 2011 – et en coulisses depuis 2009 – est successivement venu à bout de Pape Diouf, Jean-Claude Dassier, Didier Deschamps, Élie Baup et José Anigo… ou presque.

En effet, ce dernier cas est un peu plus complexe que les autres et requiert une certaine maîtrise de la chose olympienne : partout en France voire au-delà, un emploi fictif s’appelle…  un emploi fictif. Même au RPR et au PS, ils n’ont pu y échapper.

À l’OM, le contexte est différent et un emploi fictif se traduit par « poste de recruteur à l’étranger ».

Fort heureusement, il semble qu’il n’ait recruté personne jusqu’à présent, ce qui constitue par ailleurs, un rendement exceptionnel au bout de vingt-trois mois assortis d’un salaire de 60 000 €…

3Le vrai visage de l’OM, aujourd’hui encore ? C’est bien possible, malheureusement…

Pourtant, à l’été 2014, le seul personnage qui intéresse réellement les supporteurs est celui qui vient d’arriver au Centre Robert Louis-Dreyfus et fait autorité auprès d’obscurs inconnus du monde du football tels que Pep Guardiola, Diego Simeone, Lucho González, Gaby Heinze, Mauricio Pochettino ou Javier Mascherano…

El Loco est un entraîneur/formateur atypique qui ne croit qu’au travail, à l’exigence et à la transparence. L’homme est difficile, inflexible et ne laisse rien au hasard. Son surnom lui va d’ailleurs comme un gant, et ce, pour des raisons que seuls les Marseillais comprennent.

En effet, à Marseille, El loco, c’est bien sûr « le fada » qui désigne aussi bien l’idiot que le fou, mais c’est aussi celui qui place la probité au-dessus de tout, fait fi des critiques et des contingences de la médiocrité pour suivre sa voie : celle de l’excellence en toute chose.

Entre la ville sevrée de rêves et habituée à la fange qui souille son OM depuis des lustres et l’enfant terrible de Rosario, c’est le coup de foudre, l’amour fusionnel, absolu. Le reste de la France ne comprend pas cet engouement soudain ni l’âme de sa plus ancienne cité.

C’est pourtant très simple.

Ouverte sur le monde depuis 2600 ans, Marseille tantôt prospère et douce, tantôt pauvre et violente, Marseille éternelle à force de survivre à tout, y compris à ses propres frasques, Marseille adorée des uns et haïe des autres, Marseille qui chante et se chante de Joseph Rouget de Lisle à Charles Aznavour en passant par Vincent Scotto ou IAM, Marseille est un puzzle d’histoires, de brassages et de vies qui ne regarde que le soleil, la mer et l’horizon, jamais ses godasses (contrairement à Alessandrini par exemple) !

Plus qu’ailleurs, tout y est possible, le meilleur comme le pire, mais de l’opéra au stade une seule chose ne s’y monnaye jamais : l’émotion. Et Bielsa l’a très bien compris, lui qui a fait du football une forme d’art et le socle de toute une vie !

4Les légendes n’ont pas besoin de légendes…

En moins de trois mois, le technicien argentin transforme un troupeau de chèvres aux prestations calamiteuses en véritable équipe de foot emportant tout sur son passage. Dix matches et huit victoires plus tard, l’OM fait la nique à une Ligue 1 a-bas-our-die, occupe la première place du championnat et s’octroie le titre honorifique de champion d’automne. Le club réapparaît sur la carte de France et peut-être même au-delà.

Et puis, et puis… La suite ? Vous la connaissez, trop bien hélas ! Du reste, je n’ai pas le cœur d’y revenir.

Requiem

Aujourd’hui, moins d’un an après les basses manœuvres qui ont précédé le début de saison, le départ de Marcelo Bielsa et l’arrivée de Michel, il ne reste rien de cet âge d’or qui avait rendu leur fierté aux supporters.

Comme un navire sans équipage ni capitaine, l’Olympique de Marseille dérive lentement, mais sûrement, vers ce qui semble devoir être son ultime naufrage. Entre les déclarations des uns et des autres, les réunions grotesques tenues à Zürich d’un jet privé à l’autre, les résultats catastrophiques et pire que tout, l’indigence infamante du « spectacle » et du « jeu » sur le terrain, plus personne n’y croit.

À quoi bon de toute façon ? C’est un peu l’histoire de « Pierre et le loup »…

Même les plus acharnés ou désespérément optimistes des supporteurs ont lâché prise et pour la première fois depuis que ce club fait partie de ma vie de près ou de loin, j’ai abandonné tout espoir de le retrouver un jour.

5Les chimères non plus…

Ça fait toujours un peu mal bien sûr, mais l’être humain a la faculté de s’habituer à tout.

La preuve : Vincent Labrune est toujours en poste, José Anigo bénéficie encore d’un CDD de complaisance, Margarita Louis-Dreyfus ne semble pas vouloir s’impliquer davantage dans la vie de son club en dehors d’une vente rapide et lucrative, Michel est devenu aussi vomitif qu’incompétent, les joueurs ne sont pas à la hauteur ni humainement, ni sportivement, le contexte semble en outre définitivement figé et pendant ce temps, l’OM végète lamentablement à la quatorzième place du classement, à cinq points de la zone relégable et six journées de la fin du championnat…

Bref, au sud, il n’y a rien de nouveau.

Malheureusement, le soleil se couche à l’ouest et ce soir, d’une manière ou d’une autre, Bordeaux éteindra définitivement la lumière.

Vous avez apprécié l'article ? Partagez-le...
avatar

A propos de Toti


Pixelliste iconoclaste, feuilliste acescent, il gâche le temps libre de tous ceux qui se risquent à lire sa prose et le sien à suivre l'OM.
Article lu 1933 fois, écrit le par Toti Cet article a été posté dans Avant-match et taggé , , . Sauvegarder le lien.

5 Réponses pour OM-GdB : état d’urgence ou crépuscule ?

  1. avatar De selfmade footix le 12 avril 2016 à 10h23

    Chapeau bas, Maître ! Tout est dit, et de quelle manière…

  2. Très bon 😉