OM – OL : la loi du milieu

À l’issue d’un spectacle de qualité dans un Vélodrome comble, l’OM et l’OL se partagent les points. Dominé de pied en cap, Lyon s’en sort bien, mais pour les Marseillais c’est une désillusion de plus dans le dernier sprint pour la course au titre… La plus cruelle, sans doute.

Tueurs en série limitée

Tout commence pourtant sous les meilleurs auspices avec une défaite du Paris Saint-Germain à Bordeaux, quelques heures plus tôt. Un faux pas inattendu et de bon augure pour les deux principaux rivaux du club francilien, très impressionnants face à leurs opposants lors de la précédente journée de championnat (TFC-OM, 1-6, et MHSC-OL, 1-5).

Devant les 62 802 spectateurs présents (nouveau record en L1 et à Marseille), l’OM et son 3-3-3-1 controversé se doit de faire le jeu et de ne rien céder aux hommes d’Hubert Fournier, disposant quant à eux, d’une marge de manœuvre plus étendue au sein d’un 4-4-2 parfaitement maîtrisé. Ce scénario, envisagé par tous les observateurs, inclut une avalanche de buts, eu égard au bilan des récentes confrontations des deux équipes et à leurs dernières prestations respectives. Il sera à peu près respecté, sauf en ce qui concerne les buts…

1

Mélodie en survol

Après une minute d’applaudissements en l’honneur des victimes de la récente tragédie en Argentine, Monsieur Benoît Bastien siffle le coup d’envoi.

L’OM prend immédiatement les devants et enferme l’équipe lyonnaise dans un pressing haut sans toutefois partir à l’abordage des buts d’Anthony Lopes. Le jeu se met en place naturellement, et pour une fois, la fluidité des transmissions permet aux attaquants marseillais d’accélérer facilement dès l’entame, au point de mettre à contribution le portier de l’OL sur une bonne frappe de Gignac (3e).

Décontenancés, les gones perdent beaucoup de ballons, mais se ressaisissent et réagissent par l’intermédiaire de Lacazette et d’un premier face à face stérile avec Mandada (7e). Les deux formations alternent les phases offensives et défensives (10e, 12e, 15e minute). Fékir bénéficie d’un bon coup franc, mais n’en profite pas (22e). Les débats gagnent en intensité ce qu’ils perdent en fluidité. Jordan Ferri écope ainsi d’un jaune pour une faute sur Ayew (25e). On se rend coup pour coup en suivant une logique scrupuleusement établie : Marseille attaque, Lyon guette le contre.

Dans les travées du Vélodrome, l’ambiance est un peu retombée, malgré un petit nombre d’abrutis qui jugent utile de lancer des projectiles divers et variés sur les joueurs lyonnais et notamment sur Anthony Lopes… Dangereux, détestable et à terme, certainement préjudiciable pour l’OM et l’enceinte phocéenne…

La partie semble équilibrée, cependant les Marseillais prennent des risques et avancent tandis que leurs adversaires font montre d’une certaine frilosité. Face à la puissance d’Imbula et la vivacité de Payet, Rachid Ghezzal s’enfonce ainsi dans la nasse olympienne et éprouve de plus en plus de difficultés à trouver Nabil Fékir et Alexandre Lacazette qui sont obligés de décrocher pour toucher le cuir et s’époumonent en vain. Appliqué à bien défendre et volontaire, l’OM renforce progressivement son étreinte sur le leader de Ligue 1, en dépit de quelques hésitations dans le replacement et de passes mal assurées.

2

Faux-semblants

Sur son aile, Mendy fait des ravages et s’aventure de plus en plus loin derrière les lignes de l’OL. Il multiplie les débordements et les centres. L’un d’eux sert Gignac pour une superbe tête croisée côté droit. Le Vél » retient son souffle. L’émoi s’estompe très vite, car Lopes plonge et réussit une parade extraordinaire (29e). Décidément, ce gardien est notre bête noire !

Les offensives olympiennes manquent quelque peu de mordant face à des gones qui subissent, mais qui sont solidement regroupés au milieu de terrain. De fait, le jeu tourne un peu en rond. Si l’intensité globale ne se dément pas, l’imprécision et l’absence de réussite anéantissent régulièrement les efforts des Marseillais.

Par ailleurs, entre deux phases plus limpides pour l’OM, le jeu est haché. Curieusement, il n’y a pas de mauvais gestes, mais les Lyonnais en rajoutent des tonnes au moindre contact et l’arbitre siffle tout et rien à contretemps. Ça n’aide pas… Gignac gagne bêtement un avertissement (37e). L’OM piaffe d’impatience, poursuit ses efforts et obtient un bon coup franc (30e). De son côté, Lyon s’éteint doucement à l’image de son jeune meneur de jeu incapable de s’imposer face à l’armada olympienne et remplacé par Clinton Njie juste avant la pause (44e).

Marseille domine, Marseille mène la danse, sauf que le tableau d’affichage ne peut en témoigner… C’est rageant pense-t-on alors que les vingt-deux acteurs regagnent les vestiaires. Rageant oui, mais faute de réalisme c’est logique.

3

L’arnaque

La seconde période reprend sur le même rythme et avec la même intensité. Toutefois, le pressing marseillais sur les lignes lyonnaises devient difficilement supportable et l’espace au milieu de terrain s’agrandit à vue d’œil. Les joueurs de Marcelo Bielsa en profitent pour passer la vitesse supérieure. Dimitri Payet se met ainsi en mode « overdrive » et s’approprie l’entrejeu d’autant plus facilement qu’il est parfaitement soutenu par le travail de sape de Romao et les percussions judicieuses d’Imbula, lesquels sont beaucoup plus en jambes qu’au cours des derniers matches.

Sur son flanc droit, Florian Thauvin ne se montre pas aussi incisif, mais il fait lui-même beaucoup d’efforts, y compris pour jouer plus simplement qu’à l’accoutumée et pour mettre ses partenaires dans le bon sens de jeu. Malheureusement, il ne parvient pas réellement à trouver un second souffle et cède rapidement  sa place à Lucas Ocampos (61e).

Devant, Gignac ne démérite pas. Enfin devant ou sur les côtés… Toutefois, sa bonne volonté et sa rage de vaincre n’y changent rien : quand on multiplie les positions de hors — jeu, les appels décentrés dans le mauvais tempo et les courses inutiles, on s’épuise et on dessert l’effort collectif ! Gâcher autant d’occasions ou de prémices d’occasions confine à l’absurde ! Ses détracteurs diront d’ailleurs qu’allier aussi peu de qualités techniques et aussi peu d’intelligence de jeu pour aussi cher, relève du surnaturel, quand ses supporters mettront en avant son abattement et son tir sur le poteau à la 71e… Il est vrai que « Dédé » fatigue les défenses adverses autant que les nerfs des supporters marseillais ! Certes, mais pour un coût supérieur à celui d’une Bentley Continental neuve par mois, on est en droit d’espérer plus et mieux. Un autre joueur en somme…

5

Casino

Ça tombe bien, car sur le banc, il y a Michy Batshuayi, un concentré de technique et d’aisance de 1,85 m pour 78 kg. Un beau bébé tout en en puissance, en vitesse et en finesse avec un sourire de gamin et des évolutions de danseur balle au pied. En gros, et pour peu que le mental suive, l’attaquant moderne et complet 2.0 ! Le public qui l’a pris d’affection ne s’y est d’ailleurs pas trompé et peste à raison contre l’entraîneur argentin qui tarde à le faire rentre en jeu.

Pourtant, le raisonnement de Bielsa est logique : user au maximum la défense lyonnaise en profitant de l’abnégation de Gignac et porter l’estocade grâce au jeune avant-centre belge dans le dernier quart d’heure de jeu. Oui, mais le rythme soutenu et les péripéties sur le terrain retardent un peu l’échéance (81e).

Le match s’emballe et malgré les craintes des supporters marseillais, l’issue semble imminente tant l’OM domine en cette fin de rencontre : reprenant une déviation de Fanni, Ocampos met Lopes au supplice et pense avoir marqué. Le stade gronde, mais la joie est de courte durée, car le but est refusé par l’arbitre qui ne siffle rien et n’arrête pas le jeu…. Sur les plateaux de TV et de radio, c’est l’affolement, car on ne sait pas si le but est valable ou pas.`

4

Immédiatement, les esprits s’échauffent et Jérémy Morel commet un excès d’engagement sur Maxime Gonalons. La faute est indiscutable, mais le rouge dont il hérite semble sévère au regard de sa prestation et du déroulement du match. Les joueurs de l’OL en rajoutent une couche et on frise l’incident. Rose et Imbula sont également avertis*.

Les évènements s’enchaînent et André Ayew bat le rappel des troupes tout en offrant au public deux tacles extraordinaires coup sur coup tandis que Lyon sort de sa torpeur et s’installe devant les buts de Mandanda. Le portier de l’OM garde la tête froide en cette fin de match incandescente et sauve son équipe à trois reprises avant la fin du temps additionnel, notamment grâce à une parade exceptionnelle sur une frappe inspirée de Tolisso (89e) !

*Lors de la réception du PSG, Morel et Imbula seront donc suspendus. Ça commence à faire beaucoup là quand même…

Quand la ville dort

Le même sentiment de frustration parcourt le vestiaire et les travées du stade : « l’OM s’est fait voler » peut-on lire sur toutes les lèvres ! Dans les faits, il est objectivement impossible de blâmer l’arbitre sur l’action d’Ocampos, à moins d’être d’une mauvaise foi de compétition ! Ça va trop vite et bien malin qui pourrait discerner le vrai du faux à vitesse réelle. Non, amis marseillais, on ne peut pas se réfugier derrière cette excuse pour justifier le mauvais résultat d’hier et oublier que depuis la reprise, l’OM a laissé filer bien trop de points pour espérer aujourd’hui mieux qu’une troisième place. Soyons objectifs.

En revanche, s’il n’y avait pas but, quitte à revenir sur sa décision initiale, en toute logique, il aurait dû siffler un coup franc pour une faute sur Lopes… Or il ne l’a pas fait. Et que dire d’un match ponctué par des coups de sifflet intempestifs et parfois incompréhensibles ?

Malheureusement, ce n’est pas nouveau : les cartons distribués sans discernement, l’impunité dont semblent jouir certaines équipes ou certains joueurs malgré des fautes dangereuses ou des comportements insupportables, la volonté, parfois absurde, de certains arbitres de respecter le règlement à la lettre (alors que d’autres versent clairement dans l’improvisation), bref, la systématisation de l’à peu près au fil des matches et des saisons devient insupportable ! Plus globalement, la valse-hésitation dans laquelle sombrent réguliêrement les responsables du football français dès qu’une décision majeure s’impose peut se résumer en un mot : incompétence.

Alors qu’il suffirait probablement de clarifier et d’alléger certaines directives et surtout, d’assigner à l’arbitre central, un collègue équipé d’une liaison radio permanente, non pas depuis le terrain, mais depuis une régie télévisuelle afin d’offrir un deuxième regard en temps réel (ce qui est différent d’une vidéo dans le stade), et une certaine sérénité en cas de doute lors des actions litigieuses, on nous parle de coût et d’impossibilités techniques ! Entre-temps, certains continuent de se comporter comme des hooligans et d’utiliser des fumigènes dans l’enceinte du stade malgré l’interdiction formelle dont ils font l’objet…

Les outils permettant de moderniser la diffusion et la régulation de ce sport tout en garantissant son essence sont à portée de main, mais on ne s’en sert pas…  Affligeant !

6

Pour l’OM, le sort est cruel surtout en songeant au déroulement du match aller…

Il reste désormais neuf journées pour assurer une place sur le podium alors que Monaco revient sur nos talons à grandes enjambées. Il faudra faire mieux la prochaine fois les gars, car une équipe qui mérite de gagner c’est bien, mais une équipe qui gagne, c’est encore mieux !

 

Vous avez apprécié l'article ? Partagez-le...
avatar

A propos de Toti


Pixelliste iconoclaste, feuilliste acescent, il gâche le temps libre de tous ceux qui se risquent à lire sa prose et le sien à suivre l'OM.
Article lu 2709 fois, écrit le par Toti Cet article a été posté dans Compte-rendu et taggé , , . Sauvegarder le lien.

Une Réponse pour OM – OL : la loi du milieu

  1. Très bien, même si tu es un peu dur avec les supporters marseillais dont je suis et qui ont vu le ballon entré en direct vu du stade. Seul l’arbitre de touche avait le ballon masqué par Lopes et Ocampos, c’est pourtant lui qui déjuge l’arbitre central qui lui était bien placé pour voir le ballon.

    A noter aussi des stadiers qui ont du intervenir au Virage Nord, à cause de fumigène apparemment lancés par les supporters lyonnais.