OM/TFC (2-0) : huit sur dix !

En remportant hier sa huitième victoire de rang contre le TFC, l’OM de Marcelo Bielsa a renoué avec son histoire et confirmé que la seule place acceptable était bien la première !


Outre cette série de succès égalant celles de 1937 et 1998, le club phocéen a établi un autre record : celui de la plus nombreuse affluence de l’histoire de la Ligue 1 avec 61 846 spectateurs !

Pour faire bonne figure face à tel public et rester sur la dynamique d’une belle prestation en Équipe de France, André Pierre Gignac a poursuivi son petit bonhomme de chemin en marquant pour la dixième fois en dix rencontres. Personne n’avait fait aussi bien depuis Karim Benzema au cours de la saison 2007-2008, écrin du dernier sacre lyonnais… En réalité aucune équipe n’avait inscrit autant de buts après neuf journées de championnat depuis Lens en 1986 ou l’Olympique de Marseille en 1976… Pas mal pour un « club de province » quand même, surtout au retour d’une trêve internationale toujours délicate à gérer !


Mêmes joueurs jouent encore !

Le duel s’annonçait d’autant plus passionnant qu’Alain Casanova avait la chance de rencontrer l’une de ses idoles en la personne de l’entraîneur de l’OM. La poignée de main entre les deux hommes fut ainsi « longue et chaleureuse », mais pas au sens où l’entendait le regretté Coluche, et ça c’est éminemment appréciable dans le football moderne !

« On ne change pas une équipe qui gagne » dit le vieil adage. Par conséquent, à l’issue d’une semaine studieuse, le technicien argentin avait reconduit son onze titulaire, son 4-2-3-1 à géométrie variable et sa fameuse glacière afin de contrer l’audacieux 3-5-2 Toulousain.

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Bielsa comp'


Fourchette

Salué par un Gignac admiratif, Just Fontaine donne un premier coup d’envoi fictif. M. Amaury Delerue siffle ensuite le véritable début du match qui prend très vite un tour endiablé dans un Vélodrome bouillonnant habillé de tifos qu’on pensait ne jamais revoir.

Il n’y a aucun temps mort et le moindre ballon est âprement disputé. Le TFC est en effet entré sans complexe ni appréhension dans l’enceinte marseillaise et entend défendre crânement sa chance. L’OM fait cependant preuve d’un grand sans-froid et d’une étonnante maîtrise en repoussant les assauts toulousains.

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Inlassablement, les hommes de Marcelo Bielsa récupèrent la balle et gagnent chaque fois un peu plus sur le camp adverse. Patients, concentrés, sereins, ils multiplient des transmissions rapides et précises qui trahissent une préparation impeccable. Ce ne sera pas de trop, car le TFC ne faiblit pas et enchaîne les contre-attaques vives, les tacles autoritaires et les mouvements inspirés. L’OM insiste et dès la troisième minute, Zacharie Boucher doit intervenir pour juguler une première estocade initiée par Payet.

Le jeu se déploie d’un camp à l’autre, c’est beau, et si ça reste de la Ligue 1, il y a comme un petit parfum d’ailleurs, de Liga pour l’audace, de Série A pour la précision et la rigueur et de Premier League pour l’intensité et la fougue. En tout cas ça faisait longtemps qu’on n’avait pas vu ça !
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Cet équilibre fragile semble devoir durer, lorsqu’au détour d’une évolution anodine, un superbe centre prend de vitesse la défense olympienne. Romao redéployé en défense centrale aux côtés de N’koulou et Morel tente de couvrir son gardien tout en gênant Braithwaite, mais il est trop court et le fringant danois s’élance et propulse le cuir à bout portant vers les buts phocéens. Stupeur ! Le Vélodrome retient son souffle les yeux rivés sur Steve Mandanda, mais ce dernier bondit à la manière d’un fauve et dans un réflexe prodigieux dévie légèrement le ballon sur la barre transversale (5e) ! L’action embrase les supporters qui lancent instantanément le célèbre « El Fenómeno » à la gloire du portier olympien !

Après avoir repoussé pareil danger, que peut-il bien arriver à l’OM ? Rien sans doute et le grand huit tend les bras aux Marseillais ! Les Haut-Garonnais eux-mêmes n’en reviennent pas. Ce match semble vouloir leur échapper et une sorte de torpeur apparaît dans leur jeu.


Extraballe

L’OM accroît son pressing et commence à étouffer l’équipe d’Alain Casanova. Les ballons ressortent proprement dans tous les pieds phocéens et même ceux de Gignac qui revient très bas pour défendre ! Les joueurs du TFC luttent, résistent, se démènent pour sortir la tête de l’eau, mais rien n’y fait : la machine olympienne est en marche, de plus en plus vive précise et puissante. Peu à peu, Toulouse, s’étiole, perd en justesse, en mordant, en vitesse et en intensité face au rouleau compresseur marseillais.

Si les dix premières minutes étaient équilibrées, les dix suivantes se déroulent pour l’essentiel dans le camp toulousain et malgré un beau coup franc de Regattin à la 17e, le scénario concocté par l’OM finit par se concrétiser quelques secondes plus tard : Morel offre une relance exceptionnelle à André Ayew qui entame une extraordinaire chevauchée vers les buts du TFC, mais il est fauché par Steeve Yago aux abords de sa surface de réparation.

Le drame est posé, et le joueur toulousain, présent dans tous les mauvais coups porte bien son patronyme shakespearien. Peu inspiré, pris de vitesse et nerveux, il met en effet son équipe dans une situation bien difficile.

Dans le rôle d’Othello, Dimitri Payet et Nicolas N’Koulou vont se disputer la vedette, mais celui de Desdémone semble déjà réservé à Zacharie Boucher. Payet se met ainsi en position et ajuste un coup franc parfait vers les cages du TFC. Lancé en direction du flanc gauche, N’Koulou laisse sur place la défense toulousaine et crucifie Boucher d’une tête/épaule improbable qui finit sa course en pleine lucarne. Sur sa chère glacière, l’entraîneur argentin n’esquisse pas la moindre réaction, mais le Vélodrome explose et, désormais, les choses vont s’accélérer.

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L’homme qui hurlait à l’oreille de Gignac

Alertes en début de période, les Haut-Garonnais paraissent désormais empruntés, voire maladroits et les fautes se succèdent, tandis que les Phocéens se procurent de nouvelles occasions grâce à Thauvin, Gignac et Payet (21e, 22e, et 29e). Marseille a clairement pris les rênes de la rencontre et impose son rythme aux joueurs toulousains qui s’épuisent à courir derrière le ballon.

Ils semblent pourtant retrouver un peu d’allant à l’orée de la demi-heure de jeu, grâce à un gros travail de Regattin qui cherche Ben Yedder dans la profondeur, mais sans succès (hors-jeu). Cette tentative infructueuse n’émeut même pas des Olympiens qui haussent encore leur niveau de jeu et prennent le contrôle du milieu de terrain en dépit du dispositif tactique élaboré par Alain Casanova.

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Toulouse recule, balbutie et perd le ballon à l’issue d’une touche sur le flanc droit de l’OM. Romao, Thauvin, Dja Djédjé, Imbula, et Payet échangent alors six passes splendides avant de lancer Mendy sur le côté gauche olympien (avec un une-deux saisissant entre Imbula et Payet). Arrivé en bout de course le jeune latéral marseillais adresse un centre tendu à ses attaquants. Yago s’interpose – encore lui – mais rate sa déviation. Gignac, qui se tenait à l’affût dans son dos, jaillit comme un diable hors de sa boîte et scelle le sort du TFC sur une petite frappe du gauche parfaitement placée. C’est sa dixième réalisation en dix matches, et à 29 ans, le meilleur début de saison de toute sa carrière.

Les Toulousains sont médusés, assommés et ne s’en remettront pas. Dans les travées du Vélodrome, même les supporters les plus prudents ou les moins expressifs laissent éclater leur joie. Au parfum exotique susdit, s’ajoute une fragrance d’antan, un sentiment de fierté retrouvée, car l’OM vient de jouer sa plus belle action depuis… des années !

Près du banc marseillais, tel un écolier modèle, Gignac est venu écouter les recommandations du maestro argentin qui essaie de couvrir le bruit infernal du stade. Le match n’est pas fini et l’OM n’est pas là pour rigoler, mais pour continuer à attaquer.

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Frustrés et impuissants, certains joueurs toulousains se laissent aller, quant à eux,  à de vilains gestes et écopent d’un carton jaune comme Aguilar ou… Yago (décidément). Romao est également sanctionné pour être intervenu dans l’un des incidents. De son côté, Gignac vient apaiser Aguilar en vrai capitaine qu’il est devenu tandis que N’Koulou et Payet raisonnent Romao. Non seulement ça fait plaisir, mais c’est très encourageant pour la suite. L’OM n’est plus une équipe lambda, comme naguère ni même une simple bonne formation de L1. Il s’agit bel et bien aujourd’hui d’une entité forte, d’un groupe soudé capable de produire un jeu très agréable à suivre. Merci Marcelo !


Une pure formalité

Malgré quelques alertes du fait de la fatigue et d’étonnantes largesses de la part des arbitres, la formule ci-dessus résume bien le déroulement de la deuxième période.

Au retour des vestiaires, l’OM continue ainsi sur le même train alternant les phases de jeu avec une maîtrise inattendue. Cette facette de la panoplie olympienne est encore perfectible, mais la relative aisance du groupe lorsqu’il s’agit de commencer à calculer les efforts, témoigne du fait que le travail porte ses fruit y compris dans la gestion collective, car Marseille reste solide et garde le contrôle des débats.

Les choses n’évoluent  pas jusqu’au premier changement marseillais. Alessandrini prend la place d’un Thauvin en net progrès depuis le match précédent. Comme d’habitude, son entrée est impressionnante de générosité et de disponibilité. En revanche ses coéquipiers ralentissent un peu la cadence, car la débauche d’énergie de la première période pèse peu à peu sur les organismes. Les joueurs toulousains font malgré tout preuve d’abnégation et de courage en resserrant les rangs dans l’entrejeu et en s’offrant des possibilités, infructueuses certes, mais un peu plus convaincantes qu’au cours des quarante-cinq premières minutes.

Quoi qu’il en soit, l’édifice olympien résiste bien et produit encore quels assauts de qualité notamment avec Payet (51e), Gignac (hors-jeu à la 85e), et dans le temps additionnel, avec Barrada entré, comme  Lemina, à la soixante-quinzième minute de jeu. N’Koulou échappe au rouge malgré trois fautes nettes dont une très grossière qui empêche Ben Yedder de filer ver le but, mais Ayew reçoit lui un jaune clément à l’issue d’un tacle mal maîtrisé et très dangereux sur Regattin.

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Les échos de la semaine

Cette sortie maîtrisée de bout en bout a fait taire les dernières critiques à l’encontre de la formation marseillaise et rasséréné les derniers supporters indécis. Il faut dire qu’avec vingt-cinq points au compteur, dont sept d’avance sur ses deux premiers poursuivants et une moyenne de plus de deux buts par match, l’OM de Marcelo Bielsa a placé la barre très haut et a de quoi rendre jaloux ou impressionner n’importe quel président de club (lyonnais ou parisien notamment)…

De fait, tous les journalistes se sont mis au diapason du pays des cigales et, de l’Équipe 21 à RMC, de Canal+ à itélé, de France Football au Phocéen, des entraîneurs de L1 aux consultants réputés, le regard porté sur l’entraîneur argentin a changé du tout au tout… Comme le disait l’immense Pierre Desproges : « Étonnant non ? »

• C’est le secret de la préparation que nous avons faite l’année dernière, avec le recrutement de jeunes joueurs que tout le monde n’avait pas bien compris. La réponse est là avec les résultats actuels. Ces jeunes permettent à l’Olympique de Marseille d’être en tête du classement. C’est la même équipe de la saison dernière, qui a fini avec huit matches sans défaite et redémarré avec un bon parcours […] L’entraîneur a toujours sa patte. Bielsa est un bon coach, mais il n’a pas trouvé un champ de ruines. Malgré tout ce qu’on laissait penser ou croire, je pense qu’on est très loin du compte. Nous avons laissé un bon matos à l’entraîneur qui devait arriver  (José Anigo).

Nous informons nos éventuels lecteurs que depuis cette déclaration, des sacs à vomi sont disponibles à l’entrée d’OMlive…

• Ils [l’OM] font un très bon début de saison, on va tout faire pour arrêter leur série. Ils ont des faiblesses, on travaille là-dessus depuis dix jours à l’entraînement. On sait sur quoi appuyer (Adrien Regattin).

• On savait que c’était une équipe embêtante avec ce système en 3-5-2. Pendant trois jours, le coach ne nous a pas lâchés. Le moindre détail, le moindre placement et le moindre pressing ont été étudiés. Sans faire le lèche-bottes, le mérite de la victoire lui revient aussi […] Ça va être compliqué là-bas, car les Lyonnais marchent bien à domicile en ce moment et Lacazette est en feu (André-Pierre Gignac).

• On évolue avec un schéma de jeu et des idées assez proches de ce que propose l’OM, mais j’ai vraiment été surpris par l’intensité qu’ont mis les Marseillais à défendre au cours de cette rencontre (Alain Casanova).

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• Aujourd’hui, pour moi, Marseille est au-dessus, c’est plus complet… Marseille, c’est une machine de guerre ! Il y a du talent partout, ça court, c’est compliqué. Je ne sais pas si ça va durer, mais sur le niveau, Marseille est devant. Après, si Paris joue comme face à Barcelone… Mais bon, on va avoir une réponse bientôt (Patrice Garande).

• Plus ça va, plus je trouve l’OM séduisant. C’est rapide, intense,  juste techniquement. L’adversaire est étouffé. Le premier but est consécutif à un coup-franc avec, au départ, un contre rapide. Le deuxième après une phase de construction de grande classe. Cet OM progresse et sait tout faire. Il ne faut pas s’emballer il paraît. Pourquoi ? Parce que l’OM ne va pas gagner tous ses matches ? Et alors ? Qui les gagne tous ? Comment ne pas admirer le deuxième but, la récupération et l’enchaînement de passes derrière ? On voit ça assez en L1 pour être blasé  (Daniel Riolo) ?

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• Est-ce qu’on est prêt à rivaliser avec eux ? On va essayer. L’OM fait des choses intéressantes, mais tout peut se passer sur un match. Il faudra rééditer le même type de match… Maintenant on ne va pas s’enflammer parce qu’on a enchaîné des victoires, mais c’est sûr que ce genre de performances nous permet de mieux préparer le match face à l’OM. En ce moment, on se sent bien. Est-ce qu’on est très fort ? Je n’irais pas jusque-là (Alexandre Lacazette).

• Ça va être une belle affiche, un bel Olympico. Faisons le nécessaire pour être à la hauteur de l’affiche. On arrive avec, je l’espère, suffisamment de confiance pour aborder au mieux cette rencontre […] Que dire de cette équipe de Marseille, qui est pratiquement imbattable dans ce championnat, avec une force offensive assez incroyable. Ce sera forcément un match difficile, mais super excitant à jouer (Hubert Fournier).

Signalons au passage que Marcelo Bielsa a désormais droit, comme tous les grands – et seulement les grands – à sa marionnette dans « Les guignols de l’info ». Elle est esthétiquement ratée et les textes sont minables (comme souvent depuis quelques années d’ailleurs), mais il est assez amusant de voir le microcosme des médias parisiens essayer de s’approprier ce qui le dépasse…

http://sport24.lefigaro.fr/le-scan-sport/buzz/2014/10/21/27002-20141021ARTFIG00171-la-marionnette-de-bielsa-fait-son-apparition-aux-guignols-de-l-info.php

http://www.metronews.fr/sport/video-l-entraineur-de-l-om-marcelo-bielsa-fait-sa-premiere-apparition-aux-guignols-de-l-info/mnju ! BK2qRIII2otD6/


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Sweet child o nine ?

Tout est possible, mais le plus dur reste à faire, car l’OM doit maintenant affronter des équipes de première moitié de tableau, des équipes plus dangereuses, plus vives, plus fortes, plus expérimentées ou plus désespérées que lors de ces dix premières journées.

Le premier gros choc aura lieu dès dimanche prochain à 21 h contre l’OL à Gerland. Un match qui s’annonce âpre, incertain, difficile et déjà décisif pour la suite des évènements. En cas de défaite le club phocéen gardera son statut de leader, mais perdra de sa superbe et de sa confiance. En revanche, en cas de neuvième succès (historique donc), il pourrait bien prendre définitivement le large et obscurcir l’horizon de ses concurrents…

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A propos de Toti


Pixelliste iconoclaste, feuilliste acescent, il gâche le temps libre de tous ceux qui se risquent à lire sa prose et le sien à suivre l'OM.
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