Reims-OM (0-5) : la diagonale du fou

Fort d’un statut tout frais de leader, l’Olympique de Marseille se déplaçait ce mardi en terre rémoise pour le compte de la septième journée de Ligue 1. Les observateurs et les supporters attendaient cette rencontre avec impatience, car de nombreuses questions restaient en suspens quant à la capacité des deux équipes à enchaîner les bonnes performances.


L’échiquier

Malgré des débuts pour le moins compliqués (trois défaites et un nul), le Stade de Reims venait d’enchaîner deux victoires face à Toulouse et Lorient sous la houlette de son nouvel entraîneur, Jean-Luc Vasseur, et semblait être en mesure de retrouver son niveau de la saison précédente, en dépit des départs conjugués d’Hubert Fournier et de Grzegorz Krychowiak.

De son côté, L’OM revu et corrigé par Marcelo Bielsa avait pris sa vitesse de croisière et s’était octroyé quatre victoires successives après un nul à Bastia et une défaite contre Montpellier au fil d’un calendrier jugé clément.
Les scores obtenus étaient flatteurs pour Marseille et la manière prometteuse, mais l’heure de la confirmation avait sonné face à des formations s’annonçant désormais plus coriaces et un succès isolé contre Rennes ne suffisait pas à faire taire les critiques de la presse ou à combler l’attente des supporters.

Dès lors, l’affrontement de ces deux clubs chargés d’histoire était présenté, à juste titre, comme un premier tournant de la saison. Un tournant arbitré par M. Anthony Gautier, généralement sévère envers Marseille et assez peu convaincant dans ses décisions…

Bielsa-Vasseur


La théorie des dominos

Pas de surprise dans l’effectif avec le retour de Mendy sur le côté gauche. Par ailleurs, Marseille étant de plus en plus à l’aise dans un canevas à géométrie variable oscillant entre le 3-4-3 ou le 3-5-2 en phase d’attaque, et le 4-2-3-1 à la récupération et en défense, c’est ce dernier schéma tactique que retient Marcelo Bielsa pour faire démarrer son équipe.

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Et quel démarrage ! Dès les premières minutes, l’équipe phocéenne met en place un quadrillage serré du terrain et un pressing solide. Le jeu est haché et brouillon, car les Rémois ne s’en laissent pas conter et tentent de rivaliser sur chaque ballon y compris dans les duels aériens.

Le rythme est enlevé et Reims semble avoir un petit avantage, mais il est pourtant évident que Marseille maîtrise son sujet. Un premier coup franc rémois est ainsi repoussé avec une étonnante facilité (3e).

Les joueurs olympiens font preuve d’autant de concentration que de sérénité et cette confiance affichée produit ses effets. Ils défendent vers l’avant, annihilent rapidement les timides tentatives de leurs adversaires et commencent à attaquer avec beaucoup d’aplomb et de discipline collective (5e).

Les contres se succèdent et le Stade de Reims obtient un nouveau coup franc. Il ne donne rien et Marseille repart immédiatement à l’assaut grâce à un Dja Djédjé tonitruant qui sert Payet dans la profondeur. Les défenseurs sont pris de vitesse et Mavinga fauche l’attaquant olympien dans la surface de réparation champenoise.

M. Gautier n’hésite pas et siffle logiquement un penalty (7e). Gignac se charge d’ouvrir le score d’une frappe puissante, mais pas assez décroisée. Dans ses buts, Johnny Placide anticipe l’action de l’attaquant de l’OM et oppose une superbe parade. Roberge sort le ballon en touche.

À la remise en jeu, Reims essaie de se sortir de ce traquenard, mais n’y parvient pas. Sur son flanc gauche, André Ayew décale Benjamin Mendy qui arrive lancé et adresse un superbe centre à Gignac. L’attaquant marseillais saute et expédie le cuir d’une tête plongeante dans les pieds de Placide.

L’OM mène un à zéro et consolide sa première place au championnat, tandis que Gignac confirme la sienne au classement des buteurs avec sept réalisations.

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À peine quarante secondes se sont écoulées entre le penalty raté et ce but. L’OM dégage une aisance étonnante et cette impression se fait de plus en plus prégnante.

Le pressing des Olympiens est féroce, ils sont partout, ferment tous les angles, anticipent tous les contrôles orientés et toutes les courses adverses, Reims ne peut plus respirer, tousse puis s’étouffe doucement. À la douzième minute, Morel commet une faute involontaire sur Oniangue et écope d’un carton jaune sévère, mais logique.

L’incident dure quelques minutes durant lesquelles le temps semble s’être suspendu tant le rythme est enlevé. Le match repart pourtant sur les mêmes bases et Marseille impressionne de plus en plus. En véritable chef d’orchestre, Payet ouvre une voie pour Thauvin sur le côté droit. L’ailier phocéen s’y engouffre et frappe, mais Placide veille et repousse sur Gignac qui marque de la tête son huitième but de la saison !

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Nous n’en sommes qu’à la vingtième minute de jeu et l’OM a déjà deux longueurs d’avance sur le Stade de Reims ! Outre le score, c’est la manière qui fait sensation, car le niveau de jeu des hommes de Bielsa dépasse réellement la moyenne de Ligue 1 et la moyenne de ce à quoi les supporters marseillais étaient habitués depuis des années.

Ça n’empêche pas l’OM d’accélérer encore avec une nouvelle occasion pour Thauvin qui loupe de peu son ciseau retourné (23e). Vingt-huitième minute, Mendy centre en première intention sur une trajectoire tendue, Payet est trop court et Thauvin échoue dans le petit filet. Les transmissions sont vives, les contrôles précis, les passes dans le tempo, le pressing de plus en plus haut et solide…

Pour exister, Reims doit faire des fautes qui cassent le jeu, mais rien n’y fait et même la simulation de Mandi n’aboutit pas (32e). Bravo M. Gautier !

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Avec 66 % de possession de la balle, l’OM survole les débats et chaque accélération met la défense rémoise au supplice. Le plus étonnant est sans doute l’apparente décontraction de l’équipe marseillaise. Tout semble naturel et les onze individualités perdues sur le terrain des saisons précédentes ont fait place à une escouade tenace, solidaire, vive, disciplinée, féline, audacieuse et terriblement efficace !

Marcelo Bielsa n’est peut-être pas un magicien, mais en matière d’alchimie, il n’a pas d’égal (en Ligue 1 en tout cas). D’ailleurs, le plan de son homologue a échoué et les latéraux Marseillais n’ont jamais été aussi bons.
Ils plongent au centre pour défendre, se replient à toute vitesse pour récupérer le ballon le plus haut possible et le relancer immédiatement, ouvrent des brèches sur les côtés, alimentent leurs ailiers, relayent la défense centrale, centrent devant les buts rémois et se tentent même des frappes dangereuses (Dja Djédjé à la 35e).

Tout le monde est à la fête et surtout le millier de supporters marseillais qui chantent à tue-tête et couvrent l’ardeur des seize mille spectateurs champenois (une habitude apparemment).

L’OM se relâche un bref instant et Oniangue en profite pour offrir un premier tir cadré au Stade de Reims (39e). Mandanda ne sera plus inquiété jusqu’à la pause.


La charge héroïque

Au retour des vestiaires, Mario Lemina remplace Romao, étincelant, mais en délicatesse avec ses adducteurs, tandis qu’Agassa et Fortes suppléent respectivement Placide et Oniangue côté rémois. Rien ne change dans le jeu, sauf que l’OM a encore plus de certitudes et d’assurance et que sa domination est encore plus évidente. Après deux hors-jeu de Gignac, Mendy s’ouvre un boulevard côté gauche, revient vers le centre pour Payet qui propulse instantanément Thauvin alors que tous les attaquants marseillais convergent vers les buts rémois.

Le jeune ailier ne parvient pas à se défaire d’Agassa qui a plongé dans ses pieds, mais le ballon échappe au gardien rémois et Dja Djédjé s’en saisit en pleine course, puis offre un centre exceptionnel à André Ayew qui n’a plus qu’à faire étalage de sa détente de félin et de son aisance insolente dans le jeu aérien pour porter une nouvelle estocade à la formation champenoise.

Nous en sommes déjà à trois buts à zéro pour la formation phocéenne.

Derrière, Nicolas Nkoulou et Jérémy Morel sont inébranlables et, s’appuyant sur l’énorme travail de relais et de couverture de Mendy et de Dja Djédjé, surprennent par leur facilité. Au milieu, Lemina protège parfaitement sa défense et récupère tout ce qui lui passe sous le crampon tandis qu’Imbula déchire l’entrejeu adverse pour placer Payet dans les meilleures conditions.

Devant, Ayew, Gignac et Thauvin harcèlent les défenseurs rémois, jugulent leurs premières relances et multiplient les appels. Tout est fluide, logique, inspiré, précis, probant : ce n’est plus un match, c’est une démonstration.

Reims n’est d’ailleurs pas au bout de ses peines.

À la cinquante-huitième minute, Payet trouve une nouvelle fois Thauvin qui enchaîne instantanément sur une puissante frappe croisée. Agassa s’oppose courageusement et repousse le ballon, mais André Ayew jaillit et à l’instar de Gignac, s’offre un doublé sur un magnifique coup du foulard particulièrement inspiré.

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C’est absolument superbe et cette fois les dernières réticences tombent : tous les journalistes, tous les observateurs et les supporters sont sous le charme de cette équipe. L’OM n’a plus joué aussi bien depuis des lustres et ce match est clairement le plus beau depuis le début de la saison.

Les joueurs rémois ne déméritent pourtant pas, mais ils sont complètement dépassés et ne font plus que de la figuration.

Comme pour prendre à contrepied les commentaires des journalistes parisiens, Marcelo Bielsa en profite pour faire tourner son effectif en mode confort absolu. Thauvin auteur d’une prestation perfectible, bien que très dense, sort au profit d’Alessandrini, cependant que Gignac acclamé par le public laisse sa place à Batshuayi après une accolade en signe d’adoption (60e).

Côté rémois, Bourillon rejoint le banc et Courtet entre sur le terrain. Les sourires sont omniprésents, le public est en liesse et la fatigue invisible tandis que sur sa chère glaciaire, l’entraîneur argentin savoure tranquillement le fruit de ce travail.

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L’OM poursuit sur sa lancée, sans le moindre temps mort, mais n’a pas besoin de forcer, car Reims n’y est plus. Les lignes champenoises sont cassées, tout est devenu facile pour les Marseillais. Cependant, Batshuayi manque de temps de jeu et de mordant et ne profite pas des offrandes de ses coéquipiers. Pour sa part, Alessandrini ne tient pas en place et se bat comme un lion sur son côté droit et sur toute la longueur du terrain.

Paradoxalement, Marseille relâche sa vigilance un bref instant et Courtet, toujours aussi valeureux, en profite pour donner un second souffle à son équipe grâce à une splendide frappe acrobatique. La parade de Madanda est du même tonneau et cette péripétie réveille le Stade de Reims.

Les sudistes cèdent un peu de terrain dans l’entrejeu et Albaek prend sa chance sur un tir puissant à une vingtaine de mètres des buts marseillais. Heureusement Mandanda est sur ses gardes et éloigne le danger des poings avec la fougue qu’on lui connaît. Visiblement, l’OM a aussi retrouvé un gardien !

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Piqués au vif, les Phocéens se relancent immédiatement, mais pour une fois Imbula ne trouve pas d’ouverture dans le jeu. Qu’à cela ne tienne ! Il tente une grosse frappe des trente mètres qui rebondit devant les buts rémois et trompe Agassa. C’est cruel, mais c’est assez logique et incontestablement mérité pour le jeune joueur marseillais.

Le match s’achève sur des tentatives infructueuses de Payet et d’Alessandrini. Le fair-play y a été omniprésent et M. Gautier n’a pas commis d’impairs.

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Le tableau d’affichage indique désormais cinq à zéro pour les visiteurs et, outre son classement, l’OM peut s’enorgueillir d’une impressionnante différence de buts (de +13, soit en gros le double de Paris et de Lille) !

Tous les superlatifs ayant été usés à l’envi à l’occasion des prestations – parfois très moyennes – du PSG ces trois dernières saisons, les journalistes y perdent leur vocabulaire, car l’OM de Marcelo Bielsa déconcerte, impressionne, surprend et séduit terriblement. Du reste, cet OM-là risque aussi de faire peur à toutes les autres formations, car ce n’est plus un espoir parmi d’autres, mais une réalité !

Toujours est-il qu’on n’avait plus assisté à pareil festival depuis des années :  les supporters sont aux anges, et les amateurs de foot enthousiastes  !

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Le stratège

En arrivant cet été à la Commanderie, Marcelo Bielsa a redéfini, côté jardin, ce que devait être un club de football professionnel. Côté cour, il a délimité son territoire sans la moindre équivoque, au risque de faire frémir d’effroi  – ou d’extase – le microcosme de la bien-pensance footballistique.

En quelques conférences de presse, il a même rendu caduques des notions consubstantielles à la Ligue 1, comme la toute-puissance des médias, la langue de bois, la vacuité technique ou tactique, l’arrogance, l’excuse facile après une défaite et bien sûr, l’immobilisme en guise de principale dynamique.

À ce jour, personne ne s’est remis de ce tsunami en provenance d’Amérique latine…

L’homme dégage il est vrai une autorité naturelle teintée de mystère et de sobriété et s’il se montre extrêmement courtois et humain, le chef, c’est lui, que ce soit avec les journalistes, avec son président de club ou a fortiori, avec ses joueurs. Son surnom d’El Loco fascine les uns, amuse les autres et emplit de fierté les supporters marseillais qui aiment bien les rebelles en général et les insoumis en particulier.

Est-il fou pour autant ? Aux yeux du commun des footix, sans doute un peu oui, mais au yeux des vrais connaisseurs, c’est la marque des plus grands et cet homme est tout simplement ce qui est arrivé de mieux à la Ligue 1 et à l’OM depuis bien longtemps !

En réalité, alors que tous les autres avancent tout droit sans se poser de questions et s’écrasent systématiquement dans le mur de saison en saison, lui suit sa propre voie et n’en dévie pas d’un pouce. Elle peut se résumer avec des mots simples comme : exigence, méthode, travail et solidarité. En tout cas, lui, sait parfaitement où il va et c’est bien l’essentiel, car l’OM y va aussi  !

Le fait est qu’en refusant obstinément la médiocrité ambiante, Marcelo Bielsa a – enfin – fait écho à la devise du club : « Droit au but» ! Il a sans doute fait bien plus que ça dans l’absolu, mais laissons l’avenir nous le confirmer.

Par ailleurs, ce mardi soir, « El Loco » a prouvé que la quadrature du cercle était plus facile à atteindre que la circonférence du carré ! Alors, messieurs les médiocres, taisez-vous, laissez « le fou » tranquille et commencez à vous instruire en regardant de quoi est capable un entraîneur passionné et intègre, un vrai, un grand !

Merci Marcelo et allez l’OM !

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Ce match a été approuvé par Marcelo Bielsa.


 

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A propos de Toti


Pixelliste iconoclaste, feuilliste acescent, il gâche le temps libre de tous ceux qui se risquent à lire sa prose et le sien à suivre l'OM.
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