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Les secrets de l’inusable Aubameyang
Le Parisien
Trophée des champions|j-1 À 36 ans, l’attaquant de l’OM, opposé jeudi au PSG, n’a rien perdu de sa fulgurance. Portrait à travers des témoignages de coéquipiers, d’entraîneurs et de proches.
Sa simple présence sur un terrain suscite toujours le respect, capte le regard et égaye les tribunes. Pierre-Emerick Aubameyang (PEA) est fait de ce feu-là. Depuis ce 1 er août 2008, quand il accomplissait ses premiers pas professionnels avec Dijon en Ligue 2, face à Lens, jusqu’aux nuits torrides du Vélodrome, il n’a cessé de revisiter l’album de sa vie.
Revenu prématurément à Marseille début janvier après une CAN compliquée et frustrante avec le Gabon (pépins physiques, piteuse élimination au 1 er tour et mise à l’écart par le ministre des Sports), PEA semble habiter chaque minute de sa carrière avec une intensité singulière.
Saint-Étienne, Dortmund, Arsenal, Barcelone… et maintenant Marseille. Cinq théâtres majeurs, cinq ambiances, des centaines de buts (plus de 400 en tout), des prouesses et des sourires : Aubameyang, opposé ce jeudi au PSG pour le Trophée des champions, paraît défier le temps, maîtriser son parcours avec une réelle constance et une formidable énergie.
À 36 ans sonnés, il brille encore cette saison sur la scène continentale, détenteur d’une expérience, d’une vivacité et d’un altruisme qui font de lui un joueur intemporel. Mais au-delà des chiffres et des distinctions, ce sont ses choix, sa longévité, sa discipline et sa capacité à se réinventer qui interpellent. Pour comprendre son cheminement, la genèse de cette faculté à avancer sans ployer sous le poids des ans, il faut remonter le temps.
Dès sa plus tendre enfance, le petit Pierre-Emerick baigne dans le microcosme du football. Il grandit dans une famille de gens passionnés par le ballon rond. Son père, Pierre Aubame, est un professionnel reconnu, et l’entourage veille aussi sur le dernier d’une fratrie de trois garçons sans jamais le brusquer.
Armand Ossey, ancien attaquant et partenaire de son père à Rouen au début des années 2000, raconte : « Son point d’équilibre, c’est sa famille. Son père est essentiel dans sa réussite, il est le chef d’orchestre. S’il n’avait pas été là, il n’aurait jamais été à ce niveau. Il a été programmé pour réussir. Aujourd’hui, Pierre est encore présent dans l’accompagnement. Le talent de Pierre-Emerick, c’est son mérite. Sa chance, c’est son papa et ses proches. »
Discipline, labeur... et talent naturel
Dès ses 9 ans, Pierre-Emerick, fan absolu d’Hernan Crespo, l’ancien avant-centre de l’Argentine, manifeste une maturité rare pour son âge. Ossey détaille : « Quand je l’accompagnais au foot à Rouen, il avait déjà cette adresse devant le but. À 11 ans, il me parlait de sang-froid dans le dernier geste, d’assurance et de concentration. »
À Laval, son amie d’enfance Camille Aubert, ancienne basketteuse et adjointe de Valérie Garnier au Fenerbahçe entre 2023 et 2025, rembobine. « On s’est connu au CM 1 à l’école Louis-Pergaud, raconte-t-elle. Sous un abord un peu timide, il était sûr de lui. Une fois, il avait signé mon cahier de brouillon et m’a dit : Tu verras, un jour, ça vaudra de l’or. »
Prêté à Dijon par l’AC Milan, il se distingue immédiatement par son professionnalisme. Éric Carrière, son coéquipier à l’époque, confie : « Son écoute des anciens et son assiduité au travail m’ont marqué. Il allait très vite, mais était aussi premier sur les tests de VMA. »
Faruk Hadzibegic, son entraîneur en Côte-d’Or, souligne : « J’ai rarement vu un garçon de cet âge aussi rapide et techniquement doué. Et franchement, comme on dit dans mon pays : j’aimerais bien l’avoir pour fils. » Ce prologue jette déjà les bases d’une trajectoire hors norme, où discipline et labeur se mêlent à un talent naturel. Après des passages sans relief à Lille puis à Monaco, son adversaire ce dimanche soir, il décolle dans le Forez.
« Dns sa tête il a 23 ans »
À Dortmund, puis à Arsenal, Aubameyang devient ensuite un attaquant redoutable et un leader de vestiaire. Mattéo Guendouzi l’a côtoyé chez les Gunners de 2018 à 2020 : « Il n’est pas seulement un footballeur exceptionnel, c’est une super personne. Un mec positif, dans les bons ou les mauvais moments, glisse le milieu international. Il a un très grand cœur, toujours là pour aider ses coéquipiers. À mon arrivée, il m’a intégré, invité chez lui à manger et présenté aux siens. »
Cette capacité à inspirer et cajoler les jeunes joueurs se retrouve désormais à Marseille, où il se mue en mentor pour les « minots » Robinio Vaz ou Darryl Bakola. Il a su apprivoiser cette ville rebelle où le football est religion. En assimiler les codes. Son premier passage en Provence en 2023-2024 ne s’est pourtant pas révélé un long fleuve tranquille. D’abord en mal de réussite, il est accueilli dans la défiance et même sifflé par un public frondeur au début de l’automne. Après 13 journées de Ligue 1 avec un seul but, il retrouve la confiance, met les rieurs de son côté et signe 30 réalisations toutes compétitions confondues.
Quelques semaines avant son décès, Jean-Louis Gasset, son entraîneur de février à mai 2024, s’enthousiasmait : « Dans un vestiaire, c’est quelqu’un de magnifique. Il a toujours le sourire. Il donne l’exemple, encourage les jeunes et marque des buts qui comptent. Il ne doute pas, c’est ça Aubameyang. »
Même après un exercice lucratif en Arabie saoudite à Al-Qadsiah, son retour à l’OM à l’été 2025 n’a généré aucune inquiétude. Medhi Benatia, directeur du football phocéen, insiste : « Une chose le décrit parfaitement, Aubame : la passion. Il meurt pour le foot, et ça, c’est éternel. Quand tu as ça, quand tu as cette lumière, tu ne vieillis pas. Et lui, c’est un peu comme Cristiano Ronaldo : il a 36 ans, mais dans sa tête il en a 23, et il aime le foot comme lors de son premier tournoi à 10 ans. »
Sa carrière n’a pourtant pas été exempte de difficultés. Entre sa dépression, liée aux problèmes de santé de ses parents, à la fin de sa période à Arsenal (2018-2022), et le traumatisme né d’un cambriolage violent à Barcelone en août 2022, il a traversé des périodes sombres, mais il a su rebondir et transformer l’adversité en force.
« Je pensais tout le temps à ce home-jacking, concédait-il en janvier 2025 avec une grande sincérité dans un entretien à The Athletic. J’ai passé tellement de nuits sans dormir, à réfléchir à cette merde. J’avais des cauchemars. Quand je ne dors pas bien, je ne peux pas donner à une équipe ce qu’elle attend de moi. Mes enfants étaient effrayés chaque fois qu’ils se retrouvaient seuls. »
De Zerbi aimerait « qu’il joue dix ans de plus »
Au-delà de sa résilience, chacun s’accorde aussi sur les valeurs, l’éthique du Gabonais aux 40 buts en 86 sélections. « C’est la même personne malgré les années, la notoriété et ses succès, assure Camille Aubert, présente au Vélodrome contre Newcastle. Il a gardé une authenticité et une simplicité qui le caractérisent depuis l’enfance. On le chambre parfois pour son côté bling-bling, mais le fait qu’on soit toujours amis en dit long sur lui : il est resté simple et très attachant. »
À l’âge où d’autres envisagent la retraite, Aubameyang, 5 e joueur le plus utilisé par Robert De Zerbi cette saison, continue, lui, d’être décisif, égalant des légendes comme Thierry Henry (59 buts en Coupes d’Europe). Éric Carrière résume : « Il fait partie de ces joueurs qui ont montré qu’on peut durer en étant très pro… Il est sérieux, a une bonne hygiène de vie. » De Zerbi, ancien partenaire de son frère Willy à Avellino, pondère avec humour : « Aubameyang n’a qu’un seul défaut : il a 36 ans. J’aimerais qu’il joue dix ans de plus. »
Devenu en février 2022 le premier joueur du XXI e siècle à inscrire un triplé en Ligue 1 (avec Saint-Étienne), en Bundesliga (Borussia Dortmund), en Premier League (Arsenal) et en Liga (Barcelone), il est le chouchou des fans phocéens. « Je n’ai jamais douté qu’il soit OM-compatible. Les gens l’adorent. Je savais que ça allait très bien fonctionner », jure Guendouzi.
Le Lavallois traverse les époques et les stades avec appétence, sans jamais perdre la flamme. Pour Marseille, il est devenu un repère, digne héritier d’un certain Didier Drogba, capable, malgré une influence en baisse ces dernières semaines, d’écrire encore de nombreux chapitres de son histoire, en Ligue 1, en Ligue des champions ou encore ce jeudi soir à Koweit City.
Passé par de nombreux clubs français (Dijon, Lille, Monaco, Saint-Étienne) et des top clubs européens (Dortmund, Arsenal, Barcelone), Pierre-Emerick Aubameyang reste au sommet à l’OM.