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« Il devait venir, pas venir... » Longtemps hésitant, au bord de la rupture avec Regragui, El-Aynaoui est désormais une pièce maîtresse du Maroc
Le milieu de terrain de l'AS Rome, Neil el-Aynaoui, est peut-être le joueur marocain le plus influent dans le jeu, un pilier depuis le début de la CAN. S'il a pris son temps avant de venir, il sera un élément clé des Lions de l'Atlas contre le Sénégal en finale dimanche (20 heures).
Il a mis du temps à se pointer en équipe nationale, deux années quasiment avant d'accepter d'enfiler la tunique des Lions de l'Atlas. Fils d'une des grandes stars du sport marocain, Younes, célèbre tennisman très aimé au pays, Neil el-Aynaoui a longtemps hésité, privilégiant sa carrière en club et une progression régulière avant de tenter sa chance à l'international.
Depuis ses débuts en septembre dernier contre le Niger, il n'a plus jamais été sorti du onze, n'a même jamais été remplacé quand tout le monde tournait autour de lui. Essayer El-Aynaoui, 24 ans, c'était en fait l'adopter tant Walid Regragui porte en haute estime l'unique rescapé de son trio de base au milieu avec Sofyan Amrabat et Azzedine Ounahi.
Regragui a failli perdre patience...
Ounahi s'est blessé, Amrabat, d'abord diminué puis rétabli, a perdu sa place aux dépens justement d'El-Aynaoui, le relayeur redescendu devant la défense. Le sélectionneur adore son intelligence de déplacement, son sens des compensations. Si le Maroc ne concède quasiment aucune occasion, il le doit notamment au joueur de l'AS Rome formé à Nancy puis passé par Lens. Mais on a bien failli assister à un mariage jamais consommé avec Regragui...
À force de tenter de le convaincre, le sélectionneur avait perdu patience. « Mon histoire avec Neil, c'est qu'il devait venir, pas venir... À un moment donné, avec mon ego, j'étais à deux doigts de dire, c'est terminé, admettait l'entraîneur après la demi-finale contre le Nigeria, mercredi (0-0, 4-2 aux t.a.b.). Heureusement, je remercie Dieu de m'avoir calmé un petit peu car avec mon caractère de... (je ne vais pas dire un gros mot..), je le remercie de ne pas avoir fermé la porte, de m'avoir aidé à prendre du recul. Et j'ai encore discuté avec lui pour le convaincre de venir car c'est une pièce très importante aujourd'hui pour nous. Il est un peu tombé du ciel et il a huit ou dix ans devant lui en équipe nationale. Quand je vois le match qu'il a fait contre le Nigeria, sa débauche d'énergie... »
... Et la rupture était toute proche
Regragui n'a pas oublié ces moments où El-Aynaoui le laissait poireauter. Il devait même intégrer son effectif lors de la dernière CAN en Côte d'Ivoire avant qu'il fasse faux bond. Le sélectionneur disait même en mars dernier : « Pour ce rassemblement, il a encore voulu du temps, mais à un moment donné, comme je l'ai dit, pour tous les joueurs, il va falloir se décider. Aujourd'hui, le problème ne vient pas de nous, il vient du joueur. Si vous avez des questions à poser, il faut les lui poser, à lui. C'est un joueur qui, bien sûr, nous intéresse, on a envie qu'il nous rejoigne. À un moment donné, il faudra prendre des décisions. S'il ne la prend pas, je la prendrai à sa place. Il faudra qu'il vienne ou qu'il ne vienne pas, mais on ne va pas attendre longtemps. » Nous étions alors à la limite de la rupture.
À Lens, son ancien club, on n'est guère surpris par sa réussite. Jean-Louis Leca, le directeur sportif, est des plus élogieux. « Dès le premier entraînement, on a vu que c'était un mec très fort et c'est, en plus, quelqu'un qui a la tête sur les épaules, il est intelligent mais attention, il a une grosse force de caractère, une âme de leader sur un terrain. C'est le garçon gentil mais qui va entraîner les autres. » Un garçon qui a, au passage, ramené près de 23 M€ dans les caisses du RCL après deux saisons. Et pourrait rapporter bien plus gros aux Lions de l'Atlas. Il aura face à lui Idrissa Gueye (36 ans), le symbole du Sénégal, dans un duel générationnel attendu.
Dans la zone mixte, de sa voix posée, il avouait son bonheur de lionceau après la demie. « C'est incroyable ce match, le scénario était dingue. On savait que ce serait compliqué mais on a su faire le match qu'il fallait, en costauds. Ils n'ont pas eu beaucoup d'occasions. Et cette ferveur folle du public... C'était un truc de fou, je suis tout nouveau, j'avais l'impression qu'on était un, deux, trois de plus. Le Sénégal, ce sera une grosse nation du foot et on s'attend à un gros match. Mais on s'était donné rendez-vous le 18, on a fait une bonne partie du chemin. Il reste la plus importante... » Avec lui au coeur du projet.