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« La garde rapprochée de McCourt s’est beaucoup plus impliquée » : mercato, finances, terrain… Qui dirige vraiment l’OM ?
Englué dans une situation financière précaire, le club olympien a connu un mercato estival singulier, marqué par de nombreux départs et aucune recrue. En interne, une cure d’austérité s’est imposée, au détriment du secteur sportif.
À quelques heures de la venue du FC Metz (3-1), la salle de presse du Vélodrome est pleine. Le 10 avril 2026 au matin, le propriétaire Frank McCourt intronise le futur président de l’OM, Stéphane Richard, énarque et ancien dirigeant d’entreprise publique. Devant plusieurs responsables, dont les membres du conseil de surveillance, l’ex-directeur de cabinet de Christine Lagarde à Bercy expose sa vision pour l’OM, alors en course pour une qualification en Ligue des champions.
Richard, expert des chiffres, moins du football
Cinq mois plus tard, le tableau est bien plus nuancé. Malgré les efforts d’Habib Beye, le club ne s’est pas qualifié en C1 et a été contraint de se lancer dans une vaste opération de dégraissage, pour se conformer aux exigences de l’UEFA et de la DNCG. Fin juin, Stéphane Richard a ainsi passé avec sursis l’audition de cette dernière à Paris.
Et le début de saison est aussi calamiteux sur le plan sportif, avec trois défaites de suite en Ligue 1 avant le clasico face au PSG ce dimanche. Avant même la dernière claque en Ligue Europa jeudi soir à Istanbul, face à Besiktas, le nouveau patron avait tiré le signal d’alarme, à l’occasion des Tangram Talks de CMA CGM. « Ceux qui pensent que l’OM est immortel parce que c’est l’OM se trompent », a lancé Stéphane Richard, en estimant que le club est « à risque de survie ».
Désigné par McCourt parmi des dizaines de candidatures, le nouveau n° 1 de l’OM, 65 ans, est rompu aux situations de crise. Il a été choisi pour son expérience de dirigeant et son management fondé sur l’humain, avec l’objectif de « mettre tout le monde dans la même direction ». Sa connaissance des chiffres n’est plus à prouver, celle du ballon rond est bien plus limitée – ce qu’il assume, un domaine dans lequel il devra s’appuyer sur les compétences présentes en interne, notamment lors des périodes de crise.
Dans les hautes sphères, McCourt, qui suscite une grande partie du courroux des supporters, fulmine. Celui qui a racheté l’OM en 2016 est lassé de constater que ses investissements n’ont pas abouti – plus de 750 millions de dollars, en raison des errances de gestion de l’ancienne présidence, selon lui. Désormais, il n’est disposé à injecter de l’argent que pour assurer la survie de l’OM. En substance, il souhaiterait que le club fonctionne sur ses propres leviers plutôt que sur ses apports capitalistiques.
Lorenzi, une influence limitée
Ouvert le 15 juin dernier, le mercato doit donc permettre à l’OM de rentrer dans les clous. Intronisé le 28 mai, Grégory Lorenzi, arrivé de Brest, a remplacé Medhi Benatia au poste de directeur sportif. Les deux hommes collaborent au début du mercato, Benatia transmettant son répertoire à Lorenzi pour faciliter les ventes, mais les départs tardent. La tenue du Mondial 2026 n’aide pas et des agents relèvent aussi un manque de communication du secteur sportif.
« Le club déclare publiquement qu’il doit vendre mais personne ne répond vraiment, ça joue la montre », pointe un bon connaisseur de l’OM. Arrivé à l’initiative de Medhi Benatia à l’automne 2025, Federico Balzaretti a conservé son poste de directeur sportif adjoint malgré le départ de son ancien supérieur.
L’agence Unique Sports Group, mandatée par McCourt, peine à faire sortir les éléments à forte valeur marchande, certains ne veulent pas se plier aux volontés du club et traînent des pieds – Pierre-Emile Höjbjerg, Quinten Timber, Leo Balerdi, entre autres. Lorenzi se retrouve au milieu de ce beau monde.
Le Corse est déçu de la gestion globale du mercato. Il constate que l’on empiète sur son travail et patine à trouver sa place dans l’organigramme de l’OM, très différent de celui du Stade Brestois. En clair, il se rend compte qu’il n’a pas les pleins pouvoirs. « Il n’a pas encore eu la possibilité de faire ses preuves compte tenu du caractère exceptionnel du mercato », nuance-t-on.
De son côté, Bruno Genesio – dont le recrutement constitue la première décision de Stéphane Richard - avait prévu un mercato compliqué, avec de nombreux départs mais aussi quelques recrues. En vain. Il reconnaissait récemment s’attendre à « n’avoir aucun renfort » : il doit donc diriger un groupe valeureux, mais très limité.
Le rôle accru du conseil de surveillance
Au cours de l’été, le conseil de surveillance, constitué de Joseph Riley, président, Shéhérazade Semsar-de Boisséson, vice-présidente, et Olivier de Vilmorin, a vu son influence grandir en interne, tout comme les membres du directoire Stéphane Richard, Alban Juster (directeur général, à la place d’Alessandro Antonello, parti le 20 août dernier) et Benjamin Arnaud (secrétaire général), mobilisés sur le mercato.
Riley était ainsi présent à Marseille pour veiller au bon déroulement de ce dernier. Traditionnellement cantonné à un rôle de vigie, cet organe a œuvré en collaboration avec la direction. « Il n’entre pas dans la gestion quotidienne du club mais le mercato a été exceptionnel : il a fallu changer d’approche. La garde rapprochée de Frank McCourt s’est davantage impliquée », détaille une source proche du club.
À ce titre, Shéhérazade Semsar-de Boisséson, personne de confiance de McCourt, siège aussi au conseil d’administration de la LFP, où elle porte notamment le sujet de la gouvernance du foot français. Réputée pour ses compétences et son caractère tenace, cette femme d’affaires a gagné en influence au sein de l’OM, tout en restant éloignée des affaires opérationnelles du football.
Quant aux centaines de milliers de fidèles phocéens, forcément très déçus, ils mesurent pour la plupart la complexité de la situation, connaissent les limites de l’effectif et soutiennent Genesio dans son défi. Mais l’enchaînement de mauvais résultats, notamment en Ligue 1, pourrait rapidement faire monter la tension. À Marseille, le volcan ne reste jamais endormi bien longtemps.