Information
Iran, Oman, Koweït… ces pays du Moyen-Orient qui pourraient racheter l’OM
Alors que Frank McCourt semble vouloir ralentir ses investissements à Marseille et que l’OM traverse une nouvelle zone de turbulences, l’hypothèse d’un rachat venu du Moyen-Orient prend une résonance particulière.
La défaite face au PSG n’a fait qu’ajouter une nouvelle couche à la crise qui secoue l’Olympique de Marseille. Battu pour la quatrième fois consécutive en Ligue 1, malgré une prestation longtemps cohérente face au champion d’Europe, le club phocéen s’enfonce dans une période particulièrement lourde sur le plan sportif, économique et institutionnel. Au Vélodrome, Frank McCourt a été régulièrement apostrophé par les supporters, et le Classique de dimanche n’a pas échappé à la règle avec plusieurs banderoles directement adressées au propriétaire américain. Le JDD rapportait dimanche que l’homme d’affaires aurait encore injecté 120 millions d’euros au premier semestre 2026 avant de décider de ne plus vouloir combler systématiquement les pertes et s’ouvrir vers le Golfe Persique. Le même journal évoque une période d’austérité susceptible de durer « deux ou trois ans », alors que l’OM aurait enregistré 105 millions d’euros de pertes sur l’exercice 2025 et doit composer avec les contraintes de la DNCG et de l’UEFA. Une ouverture du capital ou une éventuelle vente retrouve forcément de l’épaisseur.
Le premier réflexe conduirait évidemment vers les puissances qui ont déjà fait du football européen un instrument majeur de leur stratégie internationale. Le Qatar possède le PSG et a construit depuis plus d’une décennie une visibilité mondiale autour du club parisien. L’Arabie saoudite a massivement investi dans son propre championnat, ses clubs et ses compétitions nationales, avec une stratégie qui dépasse largement le simple achat de joueurs. Newcastle est également devenu l’un des exemples les plus visibles de cette présence saoudienne en Angleterre, même si le modèle anglais impose désormais ses propres contraintes économiques et réglementaires. Le Golfe est devenu un marché extrêmement concurrentiel où chaque État cherche sa propre fenêtre vers l’Europe avec des stratégies différentes. Dans cette bataille de visibilité, Marseille possède un argument qu’aucun projet construit artificiellement ne peut facilement reproduire. L’OM est déjà une marque mondiale, avec une histoire européenne, une immense communauté de supporters et une identité suffisamment forte pour servir de caisse de résonance à un nouvel investisseur. C’est précisément ce qui rend l’option moyen-orientale intéressante à observer, y compris du côté de pays moins immédiatement associés aux rachats de grands clubs européens.
Iran, l’ouverture sur l’Occident
Très fragilisé avec une diaspora portée par le mouvement royaliste pour le fils du Shah ou le mouvement militantiste de Femme Vie Liberté, l’Iran constitue ainsi un cas singulier. Depuis le 28 février 2026, le pays évolue dans un environnement géopolitique extrêmement dégradé, après le déclenchement de la guerre avec les États-Unis et Israël. Le conflit a profondément bouleversé le quotidien iranien et le football puisque le championnat national a été interrompu durant plusieurs mois avant de reprendre en août. La sélection nationale a participé à sa septième Coupe du Monde en 2026 et le pays possède une véritable culture footballistique, portée notamment par des clubs historiques comme Persepolis, Sepahan ou Esteghlal. La Fédération iranienne est une institution solidement implantée dans le paysage international, avec une présence régulière dans les compétitions FIFA et AFC. L’Iran dispose d’une importante passion populaire pour le football et d’une sélection capable d’exister au plus haut niveau asiatique, mais son exposition internationale reste fortement limitée par son isolement diplomatique, les sanctions économiques et les tensions géopolitiques. A noter la présence de Shéhérazade Semsar de Boisséson, dirigeante franco-iranienne de McCourt Global et de l’OM.
Pour l’Iran, le football pourrait théoriquement constituer une vitrine puissante, car sa popularité domestique est déjà acquise. La différence serait de déplacer cette visibilité sur une scène européenne, à l’heure où la République islamique est persona non grata en Occident. L’obstacle reste immense car un investissement iranien devrait composer avec les sanctions internationales, les restrictions financières, la sensibilité politique d’une telle opération et potentiellement un dirigeant proche d’un gouvernement iranien très fragilisée. Reste que le cas iranien montre quelque chose d’essentiel dans le nouveau football mondial. La question n’est plus seulement de savoir qui possède les ressources pour acheter un club, mais aussi qui cherche une porte d’entrée vers l’Europe et pour quelles raisons. Farhad Moshiri, homme d’affaires britannico-iranien, avait pris le contrôle d’Everton après avoir également été actionnaire d’Arsenal. Autre profil intéressant, l’Iranien-américain Jahm Najafi avait été associé en 2023 à une tentative de rachat de Tottenham valorisée autour de 3,75 milliards de dollars.
Les invités surprises du Koweït et d’Oman
Le Koweït raconte une histoire différente, mais particulièrement intéressante depuis que le Classique français a posé ses valises à Koweït City. En janvier 2026, l’OM et le PSG se sont affrontés au Jaber Al-Ahmad International Stadium pour le Trophée des Champions, devant plus de 52 000 spectateurs. L’événement avait été organisé avec la Fédération koweïtienne et constituait une nouvelle démonstration de la volonté du pays de replacer le football au cœur de sa stratégie sportive et événementielle. Sa sélection possède une histoire importante dans le Golfe, avec neuf titres dans la Coupe du Golfe selon sa propre fédération, ainsi qu’une participation à la Coupe du Monde 1982. Mais le pays cherche aujourd’hui à reconstruire et développer son football. La FIFA évoquait encore en septembre 2026 le rôle de son programme Forward dans la croissance du football koweïtien et Gianni Infantino s’est entretenu avec les dirigeants de la fédération autour de nouvelles initiatives de développement. Le pays veut renforcer sa présence dans l’écosystème footballistique international. Après avoir accueilli un Classique français dans son immense stade, le passage suivant pourrait, dans une hypothèse beaucoup plus ambitieuse, consister à chercher une présence durable en Europe. Pas un hasard si le milliardaire koweïtien Nasser Al-Kharafi avait tenté de racheter Liverpool à la fin des années 2000, avec une offre initialement estimée autour de 600 millions de livres. D’autres familles d’affaires koweïtiennes, notamment les Al-Sager, avaient également été associées aux discussions autour du club anglais.
A quelques kilomètres, Oman présente encore un autre profil. Moins riche que les géants du Golfe et beaucoup moins présent dans la propriété des grands clubs européens, le sultanat possède pourtant une véritable culture footballistique et une longue histoire avec la Coupe du Golfe, dont la sélection participe aux compétitions régionales depuis 1974. La Fédération omanaise existe sous sa forme actuelle depuis 1983 et le pays a progressivement structuré ses compétitions et ses infrastructures. Oman a également participé aux qualifications de la Coupe du Monde à dix reprises et sa sélection a atteint les quarts de finale de la Coupe arabe en 2021. La capitale Muscat s’est imposé comme un interlocuteur diplomatique important dans une région instable grâce à sa capacité à maintenir des canaux de discussion avec des acteurs qui ne se parlent pas toujours directement. En septembre 2026, Oman est encore au cœur des discussions régionales autour de la guerre en Iran, avec des rencontres diplomatiques organisées à Muscat. Le pays ne dispose pas de la puissance financière saoudienne ou émiratie, mais peut chercher une visibilité internationale différente, davantage fondée sur l’influence, le réseau et le développement d’un projet sportif.
La touche finale des Emirats arabes unis
Et puis il y a les Émirats arabes unis. Manchester City constitue depuis 2008 la locomotive du modèle émirati dans le football européen, avec un City Football Group majoritairement détenu par une structure appartenant au cheikh Mansour ben Zayed Al Nahyan. Des travaux universitaires ont précisément étudié City Football Group comme un outil de diplomatie sportive et de soft power pour Abou Dhabi, en soulignant la manière dont la présence mondiale du groupe permet de construire une marque dépassant largement les frontières du Royaume-Uni. Mais l’intérêt d’un investisseur du Golfe pour la France ne se limiterait pas nécessairement à la possibilité d’acheter un géant déjà établi. Le modèle multi-clubs ouvre une autre perspective, celle de la formation et de la circulation des jeunes joueurs. Chelsea et Strasbourg ont déjà illustré cette logique avec BlueCo, puisque le groupe possède les deux clubs et a notamment organisé le transfert d’Emanuel Emegha, Valentin Barco et tant d’autres vers les Blues. Pour un acteur émirati, un club français pourrait ainsi devenir une pièce d’un réseau destiné à former, exposer et valoriser de jeunes talents avant leur passage vers d’autres marchés.
Depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre 2024, la Syrie tente de reconstruire ses institutions et son image extérieure, dans un pays qui sort de plus d’une décennie de guerre et de fragmentation. Le nouveau pouvoir travaille à normaliser progressivement ses relations avec l’étranger, tandis que les institutions syriennes se réorganisent, comme l’a encore illustré la constitution du nouveau Parlement en 2026. Et, là encore, le football peut jouer un rôle symbolique, car la sélection syrienne a atteint les quarts de finale de la Coupe arabe 2025, réalisant un parcours supérieur aux attentes liées à son classement, preuve que le football peut encore produire des moments de projection collective pour un pays en reconstruction. Le Golfe et plus largement le Moyen-Orient ont démontré que le football européen pouvait devenir un outil d’influence, de développement économique, de formation et de rayonnement, surtout avec l’organisation de la Coupe du Monde au Qatar, et celle à venir en Arabie saoudite. Si Frank McCourt devait réellement ouvrir la porte à une vente, Marseille pourrait regarder bien au-delà des acquéreurs traditionnels. Pour l’heure, aucun de ces pays n’est annoncé comme futur propriétaire de l’OM.