BENATIA Toujours là,plus vraiment las
À l’issue de son préavis, prolongé de quelques semainesà la demande de Frank McCourt, le directeur du football démissionnaire a officiellement quitté le club marseillais en mai. Mais il continue d’œuvrer en coulisses, pour « assurer la transition » selon les nouveaux dirigeants.
Baptiste Chaumier
Dans cette interminable saison qui a lessivé des joueurs, un entraîneur ou encore un président, Medhi Benatia est resté le dernier personnage central de l’OM encore en poste. Le directeur du football avait bien envisagé un départ en plein cœur de la tempête, en février, démission à l’appui, avant d’être retenu par la manche par le propriétaire Frank McCourt. Il a accepté de prolonger son préavis pour le bien du club, comme il s’en est souvent félicité en privé, et par respect pour l’actionnaire avec lequel les relations sont restées fluides.
Inutile de l’imaginer poursuivre sa mission, cependant. Il le confiait lui-même avec son assurance habituelle, comme une preuve de sa liberté totale : il y avait bien une vie après l’OM et elle s’annonçait remplie pour lui, peut-être même plus lucrative.
Avant la fin du Championnat, que Marseille a fini 5e, l’idée de le voir continuer son travail dans un nouveau rôle était pourtant envisagée en interne, mais il balayait cette hypothèse en garantissant qu’il ne serait plus là au lendemain de la dernière journée, fatigué et irrité des critiques à répétition sur sa gestion sportive et humaine. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient, même s’il a aussi effectué depuis un appel du pied remarqué au PSG de son ami Nasser al-Khelaïfi (*). S’il n’est plus officiellement salarié de l’OM et ne dispose plus de bureau à La Commanderie, Benatia est encore un interlocuteur qui compte, « à la demande de Frank », glisse le dirigeant à ceux qui s’en étonnent.
Il entretient toujours des relations étroites avec le clan de l’Américain – et notamment la vice-présidente du conseil de surveillance du club Shéhérazade Semsar-de Boisséson –, satisfait des ventes réalisées en janvier. Il œuvre d’ailleurs encore en coulisses pour générer des offres pour une douzaine de joueurs, comme Mason Greenwood, Amine Gouiri, Leonardo Balerdi ou encore Pierre-Emile Höjbjerg, pour lequel il a récemment obtenu une proposition en provenance d’Arabie saoudite. Dans quel cadre exactement ? La question est visiblement sensible à Marseille, où on s’empresse de démentir formellement tout mélange des genres et l’hypothèse de mandats de vente accordés à Benatia, qui seraient une forme de pratique illégale de la profession d’agent, l’ancien métier de… Benatia, devenu dirigeant de club. « Medhi met son réseau à disposition du club à titre gracieux », dit-on à La Commanderie. La nouvelle direction explique que Benatia « assure tout simplement la transition avec Grégory Lorenzi ». Ce dernier a pris la succession de l’ancien joueur de Clermont, qui n’est pas l’unique interlocuteur au club dans le sens des départs et qui use de son réseau en Italie, en Turquie ou encore dans le Golfe.
Balzaretti entre Benatia et Lorenzi
Lorenzi, lui, doit désormais reconstruire un effectif avec des moyens limités, laissant son prédécesseur se charger de la plupart des ventes dans une forme de direction sportive à deux têtes qui interpelle parfois leurs homologues dans les clubs. Pas toujours facile à suivre. Un homme se situe au carrefour entre les deux dirigeants : Federico Balzaretti. L’Italien, recruté par Benatia en tant qu’adjoint, est toujours en poste et se trouve sous l’autorité de Lorenzi. Si les contours de sa mission sont toujours très flous, il démarche actuellement certains représentants de joueurs susceptibles d’intéresser l’OM.
L’influence persistante de Benatia, qui ne compte pas encore quitter physiquement la région, ne se limite pas au recrutement. Il a même veillé à plaider la cause de ses fidèles soldats auprès des nouveaux dirigeants, pour louer l’extrême professionnalisme de Bob Tahri, sous le coup d’une enquête interne pour harcèlement moral sur plusieurs salariés, la pugnacité d’Ali Zarrak, responsable de la Pro 2 à l’origine du départ du club de Jean-Pierre Papin, ou Bel-Abbès Bouaissi, responsable de la communication absent depuis la reprise de l’entraînement. Les deux premiers cités n’ont pas été aperçus à la Commanderie ces derniers jours mais l’hypothèse de leur maintien au club – dans des rôles différents – est bien envisagée.
(*) Dans le podcast « The Bridge », fin mai.