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« Il n'aime pas les clashes, même s'il sait défendre ses positions » : Stéphane Richard, un président au calme olympien à l'OM
Novice qui s'assume dans le monde du foot, le président de l'OM Stéphane Richard avance calmement avec son sens de la diplomatie, utile pour gérer les crispations en temps de crise.
Il faut sûrement manquer de lucidité pour accepter la présidence de l'OM, une fonction qui peut vite rendre fou celui qui l'occupe, s'il ne l'était pas déjà un tantinet. Cela fait plus de trois mois que Stéphane Richard se coltine la tâche, particulièrement ingrate en ces temps d'austérité imposée, et personne ne l'a vu perdre son calme. On ne sait pas comment il célèbre les buts car son équipe n'en marque pas beaucoup, mais elle en encaisse assez pour éprouver sa sérénité, que l'on dit à toute épreuve.
« J'étais à ses côtés lors du match à Rennes (0-1, le 11 septembre). La seconde période n'était pas ce qu'il espérait, mais il est resté d'une grande courtoisie, ce qui est différent de certains autres dirigeants, raconte Nicolas de Tavernost, président du conseil d'administration du Stade Rennais. J'ai senti qu'il était soucieux, mais qui ne le serait pas ? Je l'ai connu quand il était patron d'Orange (2010-2022), et il a toujours été très urbain. Il n'aime pas les clashes, même s'il sait défendre ses positions. On connaît ses qualités managériales, il a géré une très grosse entreprise où il a déjà dû faire face à une succession compliquée, on peut dire qu'il a l'habitude... Les syndicats chez Orange, c'est un peu les supporters à Marseille. »
Allons donc voir Sébastien Crozier, président de CFE-CGC, la plus grosse organisation syndicale du géant des télécoms, où Richard a débarqué quand l'entreprise était secouée par une vague de suicides : « Il a fallu qu'il renoue les fils qui avaient été cassés, qu'il remette les parties autour de la table, redessine un projet collectif. Il a su le faire car il est consensuel, essaie de n'exclure personne. S'il pense que tout avancera plus vite en prenant en considération l'opinion de ses interlocuteurs, il le fait. Il est donc très positif. »
Ce sens de la diplomatie a traversé la carrière de Richard, des milieux d'affaires à la sphère politique, et il l'a emmené avec lui à Marseille, où il applique les mêmes méthodes. Il valide volontiers le parallèle avec Orange : « Il y a la situation qu'on a trouvée, de crise, et j'ai beaucoup fait de la gestion de crise chez Orange. C'était une autre crise mais très profonde, qui a demandé beaucoup de temps et d'implication personnelle. Il faut gérer dans le calme, avec pédagogie. »
Ce n'est pas de trop quand il faut expliquer à Bruno Genesio qu'il sera impossible de recruter. Cet été, Richard a été celui qui annonçait les mauvaises nouvelles à l'entraîneur, celui qui faisait aussi remonter à l'actionnaire les volontés du secteur sportif, un rôle de tampon qu'il assume sans vouloir s'inventer une stature. « J'essaye d'être protecteur par rapport au sportif, sourit-il sans résister à un anglicisme, ce qui lui arrive régulièrement. Je suis un peu le "go between", là pour faire tampon, ça fait partie de mon job, c'est ma culture d'être un manager entre des actionnaires et d'autres parties prenantes. »
Sa culture, ce n'est pas le monde où il navigue aujourd'hui, même si son amour de Marseille, et de l'OM, est connu de longue date. Dès ses premières heures au club, il n'a pas caché qu'il découvrait le milieu du foot et ses codes. « Je trouve que c'est une belle preuve d'humilité, apprécie Genesio. Il est brillant intellectuellement, c'est toujours intéressant et agréable de parler avec lui de la vie du club, mais on évoque plein d'autres sujets. Il considère que son rôle n'est pas de décider à la place du sportif, mais ça ne veut pas dire qu'il n'a pas d'idées, même sur le jeu. Je le trouve très judicieux dans ses remarques. »
Pendant le mercato, Richard faisait partie d'un groupe WhatsApp avec le directeur sportif Grégory Lorenzi, le secrétaire général Benjamin Arnaud et le directeur financier Alban Juster. Très souvent, il leur posait des questions, se renseignait sur certaines pratiques, en ne craignant jamais d'exposer ses lacunes. « Il ne met pas son amour propre là-dessus. Dire qu'il ne sait pas, c'est une façon de se protéger, de dire que ce n'est pas la peine de lui taper dessus, se souvient Crozier, qui l'a vu adopter la même attitude chez Orange. Surtout, c'est une façon pour lui d'apprendre plus vite. Parce que vous obligez votre interlocuteur à vous apprendre. Le message qu'il envoie aussi en creux, c'est : "Aujourd'hui, je ne sais pas, mais demain, je saurai". Dire qu'on ne sait pas, ça a des tas d'avantages. »
Cela peut aussi alimenter des critiques, laisser croire qu'on n'est pas à la bonne place parce qu'on a besoin de temps, alors que l'urgence est là. « Par le passé, on me l'a parfois reproché. Avec l'âge, on est plus à l'aise avec ça, confie Richard, 65 ans. Ça dépend de la conception que vous avez de votre rôle, moi c'est de ne pas marcher sur les pieds du sportif. Je ne veux pas être le président dans le vestiaire avant et après le match. J'ai suffisamment d'autres choses à faire pour respecter le rôle des uns et des autres. » Il s'est plusieurs fois exprimé face au groupe, toujours à froid, sans entrer dans des considérations techniques. Il n'a mené qu'un entretien individuel, avec Pierre-Emile Höjbjerg, à qui il devait expliquer pourquoi le propriétaire lui avait retiré le brassard, pour sanctionner son refus de rejoindre Newcastle.
Tous les soirs, il joue du piano
Un des moments chauds de son été, lancé par une audition devant la DNCG qui n'a pas été un succès. Sa décontraction avait alors pu être assimilée à de la nonchalance, et il jure en privé qu'on ne l'y reprendra plus. Il a appris, comme il a appris à faire attention à tout, son comportement en tribunes ou des interviews qui lui semblaient anodines. Apparu sur BFM Business pour parler de dirigeants d'Apple au dernier jour du mercato, il a pris la marée sur les réseaux sociaux, où les supporters rêvaient plutôt d'une recrue.
« J'étais étonné. On doit être réactif, on faisait plusieurs points par jour sur le mercato, mais ça n'empêchait pas de faire une vidéo », estime-t-il, conscient de devoir composer avec une nouvelle exposition, dont il se détache en jouant du piano tous les soirs chez lui. « Il a suffisamment de recul et de sang-froid pour prendre ça avec beaucoup de lucidité, note Genesio, qui a aimé le soutien présidentiel quand il a voulu garder Igor Paixao. Souvent, on associe les gens calmes à des gens qui ne prennent pas de décision. C'est complètement l'inverse. Il sait quelles décisions prendre pour que le club redevienne ce qu'il a été. » Richard sait aussi que ce sera fastidieux, et c'est une autre raison de ne pas s'énerver.