Ethan Nwaneri et Myles Lewis-Skelly, les copains d'abord
Ethan Nwaneri et Myles Lewis-Skelly, nouvelles pépites d'Arsenal, super potes depuis toujours, ont profité de nombreuses blessures cette saison pour s'installer dans le onze de Mikel Arteta. Du côté d'Arsenal, tous ceux qui ont connu ces deux joueurs précoces saluent leur amour du jeu et leur travail acharné.
"Avec Myles, on est meilleurs amis depuis qu'on a six ans et maintenant on est ensemble en équipe première. C'est dingue, non ?" Au cours d'une saison marquée par les blessures, deux gamins de l'academy d'Arsenal apportent un peu de lumière dans le nord de Londres. Myles Lewis-Skelly (18 ans) et Ethan Nwaneri (17) ne sont plus que des promesses. Ils sont devenus des atouts majeurs. "Quand on voit leur comportement naturel sur le terrain, il faut les laisser faire. Notre job est de les protéger, mais aussi d'enlever le frein à main. S'ils sont prêts à aller à ce rythme, pourquoi les arrêter, même à leur âge ?" s'est récemment réjoui Mikel Arteta.
Julien Gray était coach chez les U16 puis U18 de 2019 à 2024. "J'en avais beaucoup entendu parler. A la fin de la première séance, j'ai compris pourquoi tout le monde était si élogieux. Plus je passais du temps avec eux, plus ils me faisaient grosse impression."
Depuis 12 ans, Myles et Ethan font tout à deux. Ils ont rejoint Arsenal en U9, à 8 ans. Au centre d'entraînement, ils se baladent ensemble, dans l'avion, ils sont assis à côté. En Hongrie, à l'Euro U17 en 2023, ils préparaient l'équivalent du brevet le soir à l'hôtel. Ils ont toujours habité à proximité, dans le quartier d'Islington. The Telegraph raconte que quand il n'y avait pas entraînement à Arsenal, Myles enfourchait son vélo pour être coaché par le papa d'Ethan. Après le carton rouge de Lewis-Skelly contre Wolverhampton (a posteriori annulé), The Sun rapporte que Nwaneri, remplacé à la pause, est resté dans le vestiaire regarder la deuxième période avec son pote. Arteta parle souvent de cette "chance de pouvoir compter l'un sur l'autre."
Depuis toujours, ces liens se ressentent sur le terrain. "Je me souviens d'un match, ils faisaient des une-deux entre toute l'équipe adverse. Cette connexion était visible dans la manière de combiner, de prendre les choses en main. Myles avait dribblé tout le monde, servi Ethan qui avait marqué. Ils étaient sur la même longueur d'onde", s'amuse Julien Gray. Ils ont gravi les échelons, souvent surclassés : à 12-13 ans en U16, 14 en U18, 15-16 les U21. "Entre les U16 et les U18, j'ai constaté un grand changement dans ce nouvel environnement autour de l'équipe première. Ils s'entraînaient le matin et puis partaient à l'école. J'ai vu leur caractère ressortir. Cette faim, ce désir d'apprendre était incroyable. Ils pouvaient être eux-mêmes et acceptés comme tel. Et parce qu'ils étaient bons, ils ont gagné en assurance. C'est une rivalité positive, ils se poussent constamment. Dans l'adversité, ils se soutiennent."
Ethan a pris une longueur d'avance, devenant à 15 ans et 181 jours, en septembre 2022 contre Brentford, le plus jeune joueur de l'histoire à fouler une pelouse de Premier League. Bien sûr, leur développement n'a pas été parallèle au millimètre. Parfois, Nwaneri était un peu en avance et pouvait aider son pote quand il le rejoignait. Le staff a mis sur pied une formation sur mesure. Adam Birchall, actuel entraîneur U18 d'Arsenal, les a coachés pendant six ans. "Ils sont acharnés. Leur talent était évident mais ça n'a pas toujours été facile pour eux. Ça ne doit pas l'être d'ailleurs, il ne peut y avoir un chemin parfait vers le succès. Il faut être capable d'adopter une stratégie de réponse face aux défis."
Jouer dans un groupe plus âgé, partir en tournée, ne pas toujours gagner… Le coach pointe un match contre le Barça au Japon, dans lequel son équipe avait ouvert le score, avant de perdre. "Je me souviens à quel point ils étaient touchés. Ils veulent constamment gagner et avoir un impact. Il s'agit aussi d'appréhender ces moments."
Julian Gray relate un souvenir similaire, dans un contexte où Nwaneri s'entraînait aussi avec les pros. "Une fois, à l'extérieur, on ne faisait pas notre meilleur match. Myles a récupéré la balle et puis Ethan a scoré. On gagne, mais il était agacé. 'Ils ne voient pas mes appels, je ne touche pas assez la balle comme avec l'équipe première'. Je lui ai dit de ne pas perdre de vue que ce sont des joueurs d'un niveau plus élevé. 'Tu veux la balle entre les lignes, fais ces déplacements, tiens ces positions même si tu ne la reçois pas. Je sais, c'est frustrant, mais c'est ce qu'ils attendent de toi. Il faut prendre ces habitudes : pour l'instant, les joueurs ne peuvent pas te trouver, plus tu montes, plus ce sera facile.' Et il l'a intégré de suite."
Cette année, les circonstances ont été favorables. Lewis-Skelly a fait ses débuts en Premier League contre Manchester City (2-2) en septembre. Ironie de l'histoire, il a récolté un jaune avant d'entrer en jeu, a priori pour avoir dit à David Raya de rester au sol. A la fin, Erling Haaland indiquait à Arteta de "rester humble" et, dans un langage fleuri, demandait à "MLS" qui il y était. En réponse, il y a quelques semaines, après son but contre les Cityzens (5-1), le joueur a célébré à la façon du Norvégien, en "méditant". Contre Monaco (3-0), il est ensuite devenu le plus jeune joueur d'Arsenal titulaire en C1 depuis 2011 et le plus juvénile à démarrer un North London Derby depuis Cesc Fabregas en 2004.
D'ailleurs, juste avant d'être remplacé, il avait chambré les Spurs (2-1) sur un corner en haranguant la foule. Après la rencontre, il expliquait : "Je n'ai peur de personne, je veux être le meilleur et pour ça, je dois affronter les meilleurs. Je devais faire le show pour ma grand-mère en tribunes !" C'est sûrement ce qui distingue les frangins. Julian Gray parle en connaissance de cause. "Myles est plus extraverti, bruyant. Ethan, c'est l'inverse, il est silencieux, mais s'il a quelque chose à dire, il le fait. Quand il se sent à l'aise, il s'exprime, comme sur le terrain."
Si Lewis-Skelly a récemment connu un de ses premiers revers en pro, l'expulsion contre West Ham (0-2), il n'est plus qu'un jeune de rotation. Au départ, il a profité des absences de Riccardo Calafiori, Takehiro Tomiyasu ou Oleksandr Zinchenko pour obtenir du temps de jeu à gauche, lui le milieu défensif de formation. Aujourd'hui, il enchaine à ce poste. "J'apprécie ce challenge de me confronter à différents types d'ailiers, ce côté analytique. Mais par rapport à notre style de jeu, un latéral et un milieu peuvent être assez similaires", expliquait-il.
Dans ce rôle "intérieur", il se distingue par sa capacité à conserver le ballon sous pression et remonter le terrain en passant les adversaires avec aisance. Julian Gray analyse : "Depuis qu'il est jeune, c'est un des meilleurs pour recevoir la balle dos au jeu. On ne dirait pas qu'il va vite car il bouge à son rythme, mais il sait parfaitement ouvrir le jeu, il est très puissant."
Tout est allé très vite pour Lewis-Skelly. D'après The Evening Standard, à 11 ans, des agents ont contacté ses parents, un an après, il avait des propositions de sponsors. A 14 ans (au lieu de 16), Arsenal voulait lui offrir un contrat stagiaire, mais ses parents ont refusé pour suivre un cap. Sa maman, Marcia, qui a créé une plateforme pour accompagner les parents de footballeurs, a toujours insisté sur sa scolarité. Comme Nwaneri, Lewis-Skelly, qui adore l'écriture et les langues - sa prof d'espagnol vient jusqu'au centre d'entraînement -, prépare son bac avec un planning personnalisé. Grâce à son attitude, le club lui a récemment confié un rôle de mentor auprès de Max Dowman, autre crack de 15 ans. Adam Birchall, leur coach U18, applaudit : "On les a traités de la même manière que les autres, ça leur a permis de garder les pieds sur terre, grandir en tant que personne, dans les valeurs. Leurs parents ont été exceptionnels, ils ne voulaient pas qu'ils soient gérés différemment."
Julian Gray se montre également très élogieux : "On a travaillé très étroitement pour construire une relation solide avec les parents. Ils m'ont souvent dit que tout ce qu'ils voulaient, c'était le bonheur de leurs enfants. Le père d'Ethan m'a raconté que ça avait changé sa vie, il habite toujours dans le quartier d'Arsenal et les gens l'arrêtent dans la rue. Ils ont fait beaucoup pour gérer cette hype, sans pression. A leur âge, il faut imaginer l'attention des médias, les records de précocité… Ils n'étaient pas préparés à la gloire, mais ils l'ont si bien géré."
Parce qu'à Nwaneri non plus, on ne lui parle pas d'âge. "J'ai eu la chance de coacher Phil Foden, Jadon Sancho et Cole Palmer. Pour moi, il est du même acabit", martelait Dan Micciche dans The Evening Standard. C'est aussi à la faveur de nombreuses absences (Saka, Martinelli, Jesus, Havertz) qu'il a des opportunités. Aligné à droite, il a été élu homme du match en C1 contre Gérone (2-1) et buteur contre Manchester City (5-1), avec sa frappe "signature" : "Son but, quand il repique dans l'axe et enroule second poteau, je l'ai vu tellement de fois, sourit Julian Gray. Il a cette maîtrise du ballon proche de lui. Il se balade entre les joueurs, tu crois que tu l'as bloqué et il s'en sort toujours. Il sait décrocher, recevoir sous pression, jouer en relais, faire des appels en profondeur… Avoir des joueurs meilleurs que lui autour ne peut que l'aider." Dan Micciche abondait en ce sens : "Les coachs ont travaillé sur ses atouts. Il a gardé sa manière de conduire la balle, de s'exprimer. La priorité était de challenger ses points forts et d'en faire des 'super forces'."
Arteta loue la confiance qu'ont en lui ses partenaires, même à 17 ans. Les supporters ont souvent espéré le voir davantage, notamment en l'absence de Martin Odegaard, le capitaine qui leur sert de guide, ayant connu une trajectoire similaire. Nwaneri a démarré dix rencontres cette saison, pour sept buts, dont le premier en PL contre Nottingham Forest (3-0) en novembre.
Pour Arsenal, après Emile Smith Rowe, Alex Iwobi, Reiss Nelson et surtout Bukayo Saka, ce sont deux nouvelles pépites maison. Dès 14-15 ans, les joueurs de l'équipe première sont une source d'inspiration pour Myles et Ethan. Ils veulent reproduire leurs gestes, ils demandent des compilations. "Ils veulent toujours plus d'infos", glissait Arteta. Pour Julian Gray, cet amour du jeu est primordial : "Ils ne sont jamais rassasiés, courageux, peu importe le challenge devant eux, ils foncent. Je n'ai jamais senti qu'ils n'étaient pas à leur place. Ils revenaient de chez les pros et me disaient : 'J'ai vu ça, lui a fait telle chose, on peut bosser dessus ?' Ils voulaient ajouter ces facettes à leur jeu et les maîtriser à 100%. On cherchait à les pousser et surtout, ça venait d'eux ! 'Qu'est-ce que je peux faire de plus, coach ?' Ils visionnaient leurs matchs, les séances, posaient un tas de questions avec les analystes et partaient dessus direct. C'était dingue."
Pour les amis de toujours, pas de doute, l'avenir s'annonce radieux. Julian Gray, dithyrambique, conclut : "Ces enfants sont exceptionnels, gentils, respectueux. Je parle à Ethan de temps en temps, il me répond toujours. Lui et Myles n'ont pas changé, même dans un monde de superstars. Ils ont toujours cet enthousiasme. Je n'avais aucun doute sur le fait qu'ils puissent jouer à ce niveau. Ils ont un QI foot très élevé. Il fallait juste qu'ils en aient l'opportunité." En tout cas, des murmures suggèrent que Thomas Tuchel, sélectionneur de l'Angleterre, surveille leur situation…
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