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Nnadi, petit taureau
La dernière recrue du mercato, débarquée à la surprise générale en début de semaine, est un joueur aussi discret dans le vestiaire qu’agressif sur le terrain. Le récupérateur de poche pourrait rendre de fiers services à l’OM.
Au royaume du "claquettes-chaussettes", Tochukwu Nnadi a débarqué, lui, en "capuche-casquette". Tiré du lit au milieu de la nuit ce lundi, direction l’aéroport de Bruxelles, puis Marseille via les airs, le Nigérian bravait sommeil et froidure, en se pliant au protocole. Séance photos sur le tapis bleu, écharpe tendue, autographes et premiers mots provençaux… Sous ses airs décontractés, le "très discret" jeune homme (22 ans) cherchait à se dissimuler sous ses couvre-chefs.
"J’ai retrouvé le Nnadi tout timide, fermé, qui ne sait pas vraiment où il a mis les pieds", en plaisante Thomas Gornouec, préparateur physique du Nigéria, avec lequel il a décroché la médaille de bronze à la CAN-2025. Mais ce "garçon de peu de mots" sait parfaitement les choisir pour marquer les esprits. "Je veux remettre l’OM à la place qu’il mérite", a lâché sans ciller, en anglais, le natif d’Owerri, débordant d’assurance… loin du portrait dressé par ses proches. "Si son sourire est communicatif, il est plutôt réservé dans le vestiaire. Je trouve qu’il a encore besoin de prendre confiance en lui, pour s’affirmer davantage, note celui qui l’a personnellement supervisé à Zulte Waregem, avant qu’il n’intègre les Super Eagles. Par contre, sur le terrain, il met tout le monde d’accord."
Et c’est bien là, l’essentiel. Là, que l’OM attend au tournant cet inconnu au bataillon, pour l’immense majorité des supporters marseillais, qui a découvert son existence… voici moins d’une semaine. Qu’attendre de ce néo-international (2 sélections) au parcours sinueux, du Nigéria à la Bonne Mère, avec Dubaï, Plovdiv (Bulgarie) et la Flandre en escales ? "Il évolue plutôt en six ou relayeur. Il est petit (1,76 m), assez trapu. C’est un garçon qui joue très simple, tout en étant très explosif sur les dix premiers mètres. Il va gratter énormément de ballons dans les pieds adverses. Il mériterait de prendre un peu plus d’initiatives avec le cuir, mais ça viendra avec l’âge", décrit l’adjoint d’Eric Chelle, qui n’a pas été surpris de voir l’OM foncer sur lui, même s’il lui imaginait plutôt "un avenir en Premier League" cet hiver (West Ham le scrutait avec attention). "C’est un profil qui correspond aux besoins de l’OM. Pour rétablir l’équilibre d’une équipe, pour le contre-pressing, c’est le joueur idéal. On sait que l’OM souffre à la récupération et a besoin de retrouver de la sérénité. S’il est mis en confiance, ce qui est parfois compliqué dans l’environnement marseillais, il peut être ce chaînon manquant."
"Que je me trompe en faisant entrer Nadir au lieu de Nnadi…"
Charge à Roberto De Zerbi de lui offrir ce luxe, sans s’emmêler les pinceaux. "Il ne manquerait plus que ça… Que je me trompe en faisant entrer (Bilal) Nadir au lieu de Nnadi", s’est marré le Lombard, qui veille aussi à ne pas trébucher sur (Tadjidine) Mmadi. Si les orthophonistes olympiens remplissent leur mission, Tochukwu Nnadi devrait postuler naturellement dans ce milieu en chantier depuis l’été. Hormis Pierre-Emile Hojbjerg, personne ne s’y est encore imposé. Et, bien qu’indispensable aux yeux de "Roby", le Danois n’est pas la sentinelle dont l’OM est orphelin. Ce garant de l’équilibre, un ratisseur sans relâche.
"Il est prêt à jouer dans cette équipe, même si la pression et l’envergure de l’OM ne sont pas les mêmes qu’à Zulte Waregem. Je l’ai vu débarquer en sélection, avec des stars (Osimhen, Lookman)… il fallait faire sa place ! Il ne s’est jamais posé de question, il était là pour faire son job. Simplement. Dès le premier jour, il s’est parfaitement fondu dans le moule. Il ne ressent pas de pression particulière, car il ne réfléchit pas trop. C’est un joueur de devoir. On lui donne des consignes, il les applique sans broncher", explique Thomas Gornouec, en rappelant la concurrence féroce avec laquelle il doit composer en sélection (Ndidi, Iwobi, Onyedika, Onyeka).
"Il emmène tout le monde derrière lui"
Et le préparateur physique d’ajouter, sur sa grande force mais aussi faiblesse, qui pourrait lui jouer, dans cette Ligue 1 tatillonne, de mauvais tours : "Si l’on devait décrire son jeu en un mot, ce serait agressivité. Il est très agressif sur le terrain, et prend donc beaucoup de cartons. C’est son défaut, même s’il a progressé cette saison ("seulement" 7 avertissements et 1 exclusion en 19 apparitions, ndlr), il doit encore se canaliser. Mais cette hargne est importante pour l’équipe. Ainsi, il emmène tout le monde derrière lui. C’est une locomotive." À condition que le petit taureau cesse de voir rouge.