ASM – OM : un jour sans fin

Clic ! Le radio-réveil vient d’afficher six heures et se met à diffuser à tue-tête « I got you, babe » de Sonny & Cher, tandis que l’annonceur beugle : « C’est jour de match ! » avec un entrain forcé. Je me réveille en sursaut d’un cauchemar moite avec une terrible impression de déjà vu… au moins trente-trois fois cette saison.

1« Babe, I got you, babe… »

Tant vont les cruches à l’OM qu’à la fin le club se brise

Dès lors, tout me revient. L’euphorie initiale, puis « l’entraîneur-boulet », les joueurs « Lapins Crétins » à crêtes et les mercenaires sans honneur. L’espoir un peu vain de voir un match, un vrai. Le triste spectacle, le goût amer du résultat décevant, la manière indigne à chaque fois et le désespoir qui s’ensuit. Tout cela se répète à l’infini, semble-t-il. J’ai déjà vécu ça trente-trois fois !

La situation dans toute son horreur imprègne mon esprit et le désespoir m’envahit. Va-t-on devoir revivre cette même journée encore et encore, en sachant déjà à l’avance comment TOUT va se dérouler ? Sur quel miracle peut-on compter pour sortir de l’ornière ?

Un changement d’entraîneur ? Vu ce qui est à notre portée sur le marché… Un burn out dû à trop de nuits passées sur Football Manager qui forcerait le président à prendre un repos bien mérité aux Seychelles en laissant son fauteuil à quelqu’un de plus avisé ? Mais nous ne sommes pas en période de mercato. Une vente aux Saoudiens ? Tout me paraît brusquement préférable à notre sort actuel.

florian-thauvin-a-rejoint-le-club-de-son« Hein ? Je porte encore ce maillot ? Mais c’est pas possible, j’étais en Angleterre ! »

On a pourtant tenté bien des choses pour casser le mécanisme infernal qui nous fait hoqueter sur le sillon de notre disque rayé. Mais jusqu’ici rien n’y a fait. Ni le retour du fils prodigue – attention, je dis bien « prodigue », pas « prodige », hein, ne pas confondre – pour renverser le cours des choses et reprendre où nous en étions l’an dernier, ni les coups de gueule des supporteurs qui nous ramènent quelques années en arrière.

Le club entier semble pris dans une spirale temporelle diabolique.

Formation_sansfin« J’ai comme une sale nausée, là, pas vous les gars ? »

Même temps, autres mœurs

Comme tous les matins, je me pose avec mon café devant l’ordi, connecté au forum avant de me préparer pour le boulot. Je sais déjà ce que je vais y lire. En même temps, ça n’a rien de surnaturel : on en est à répéter les mêmes constats en boucle depuis longtemps maintenant et à s’arracher virtuellement les cheveux, pour ceux qui en ont encore.

Pourtant oui, il y a bien une différence ! La dernière fois, on jouait Bordeaux, la fois d’avant encore, Bastia. Et là, c’est Monaco qu’on affronte. Il y a donc bien d’infimes variations. Ce qui prouve qu’il doit être possible de changer les choses.

Or, le caractère répétitif permet au moins d’anticiper les événements. Et pourtant…

On savait depuis longtemps que Gignac allait partir et que l’on n’avait que Michy et son inexpérience en pointe. Et on n’a pas cherché à l’avance une solution de repli ou de complément.
On savait qu’on n’avait que des tricoteurs sans cervelle ni collectif devant et on n’a fait qu’en rajouter.
On savait que le départ de Payet laissait notre milieu orphelin, mais nada !
On savait qu’on manquait cruellement d’intelligence et de maturité dans cette équipe et on n’y a pas remédié !

Encore heureux que ni Nkoulou ni Mandanda n’aient trouvé preneur à la trêve…

Donc, s’il est possible de changer des choses, mais que rien ne change, c’est que quelqu’un a quelque chose à gagner au statu quo et à l’immobilisme, CQFD.

Je prends ma douche, m’habille et avant de partir, laisse passer dix secondes pour éviter mon voisin qui rentre sa poubelle et que je renversais au début. C’est le premier changement réussi. Je file vers l’autoroute en évitant la route principale, car je sais déjà qu’un accident y a créé un bouchon monstre dans lequel je m’embourbais ensuite systématiquement.

Je pense à appeler ma femme pour lui dire que je l’aime. Sans cela, j’aurais découvert le soir qu’elle s’était suicidée au gaz, désespérée de me voir la négliger pour débattre de l’OM sur MassaliaLive.com toute la sainte journée avec les copains (virtuels). C’est sympa, le forum, vous devriez essayer.

Au boulot, je sais déjà quelles tâches m’attendent et j’ai appris peu à peu à réparer tous les torts que j’avais pu causer AVANT qu’ils ne se produisent. Je suis quasiment devenu un saint. Tout le monde m’adore désormais. Mon karma est au beau fixe.

Et pourtant, pour ce qui est de l’OM, je sais que rien n’a changé et que le match ressemblera action pour action aux précédents. Cela n’a donc rien à voir avec moi.

Je profite d’une pause pour réfléchir à l’adversaire du match de ce soir… Peut-être le salut viendra-t-il de là ?

Timeo Monacos et dona ferentes *

Monaco, donc. L’équipe de maçons du rocher.

« Je ne parlerai pas de l’absence totale de fonds de jeu de notre formation qui a évolué sans cohésion ni cohérence pendant quatre-vingt-dix minutes, ne devant qu’à un beau geste technique de Farès Balhouli de réduire le score dans le temps additionnel. Et qui paraissait perdue sur la pelouse. Voire éperdue d’ennui. Pas prête en tout cas à mourir pour nos couleurs. Je ne parlerai pas non plus des choix discutables de Leonardo Jardim, par exemple, lors des remplacements… pourquoi a-t-on vendu tous nos meilleurs éléments l’été passé ? Pourquoi a-t-on décidé de spéculer sur une flopée de jeunes joueurs prometteurs, certes, mais encore imberbes… En un mot, pourquoi l’enjeu sportif a-t-il été phagocyté par l’intérêt économique ? À quoi sert d’assurer une prospérité financière, si l’on saborde l’esprit de conquête et le goût de la victoire ? »

Voilà un texte qui, à quelques noms près, nous semble bien familier, non ? Eh bien je l’ai trouvé sur un site de supporters de l’ASM sous la plume de Norbert Siri, supporteur marri des Rouges et Blancs. Notre frère en souffrance, apparemment.

Il semblerait qu’avant même le contact, les problématiques de notre club aient contaminé le sien. Sauf qu’eux luttent pour le podium, nous pour le maintien. On mène les combats que l’on mérite… Jardim essaye bien de construire, mais on lui retire les briques de la brouette au fur et à mesure et il doit faire avec des matériaux frelatés.

« Accroche-toi au pinceau, je t’enlève l’échelle », disait le fou.

B6nG7_kIYAABAAW« Lui, au moins, il parle français, Monsieur ! »

Dépassée par le retour lyonnais, fessée violemment par le LOSC lors de la journée précédente, l’équipe de la Principauté à qui la deuxième place paraissait promise il y a peu encore, semble aujourd’hui au bord de la crise. Sportive, du moins. Pour la crise de nerfs ou financière, il y a encore de la marge.

Peut-on espérer que cette formation soit la victime expiatoire dont le sacrifice permettrait à l’OM de se remettre sur les bons rails de cette fin de saison ?

Oui, parce que : je ne vois pas trop…

Non, car : là, il y a l’embarras du choix. Les joueurs, l’entraîneur… reportez-vous à n’importe lequel de nos comptes-rendus de match des derniers mois.

Avec tout ça, la journée est passée comme un cauchemar et me voilà devant la télé à vitupérer devant le piètre spectacle proposé et la stupidité chronique de nos joueurs. Puis à me retenir de pleurer ou de devenir violent, je ne sais plus trop. On a beau l’avoir vécu cent fois, on ne s’y habitue pas, jamais. Un petit Lexomil pour se calmer les nerfs et au dodo…

Ô temps ! Suspends ton vol

un-jour-sans-fin« Don’t worry, be happy…»

Clic ! Le radio-réveil vient d’afficher six heures et se met à diffuser à tue-tête « I got you,  babe » de Sonny & Cher, tandis que l’annonceur beugle : « C’est jour de match ! » avec un entrain forcé. Je me réveille en sursaut d’un cauchemar moite avec une terrible impression de déjà vu… au moins trente-quatre fois cette saison.

Dès lors, tout me revient. Et je souris !

Ce n’était que ça : un cauchemar qui appartient déjà au passé ! Désormais, je SAIS que rien ne sera plus pareil, car la solution est en moi et y a toujours été. La journée peut se passer de la même façon, mais ce soir, à l’heure du match, j’ai piscine. Ou ciné. Ou restau. Ou un repas entre potes. Ou n’importe quoi dans la vraie vie, avec des amis bien réels, loin du stade ou de la télé.

Aussi, laisserai-je la bande d’incapables actuels qui saignent le club à leurs problèmes de parasites et à leurs guerres de position au centre de rien du tout. Vous ne plomberez plus jamais une seule de mes soirées, n’exercerez plus votre influence néfaste sur mon humeur et ma vie. Ce monde du football moderne sans autre valeur que l’argent et la frime n’est plus le mien. Je vous exècre et vous méprise. Demain, déjà, vous m’indifférerez.

Hein, quoi ? Le club est en vente ? Ah, bon ? Qui, quoi, quand, comment, où ? Mais où est donc Ornicar ?
Je veux tout savoir… et merde !

* « Je crains les Monégasques, et les cadeaux qu’ils apportent  »

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A propos de selfmade footix


Artiste sur le terrain, viril mais correct dans la vie. Ou le contraire, ça dépend. Amoureux de la vie, de l'amour, du beau jeu et de l'amour du beau jeu. Accro aux parenthèses et autres digressions. Loisir : Lapins crétins spotting sur les pelouses de France et de Navarre.
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3 Réponses pour ASM – OM : un jour sans fin

  1. Très bon 😉

    ps:
    Parapgraphe « Même temps, autres moeurs »
    « C’est la premier changement réussi » -> le 😉

  2. Eh bien ! Plaisant à lire et bien écrit ! Bravo SMF !

  3. Ne passez pas à côté de ce petit bijou d’article !