Bon, j’ai des bonnes semaines en ce moment et pour ceux qui s’ennuient, une petite tranche de vie tout ce qu’il y a de plus authentique.
Dimanche, je suis parti à 14H20 de chez moi pour être chez mon père, qui a la bonne idée de loger dans un coin pommé dans l’Aude, vers 22H. Bah, oui mon fils m’emmène à la gare de la petite ville la plus proche de notre village pas top mais calme, de banlieue ouest Parisienne. Puis à St Lazarre tu prends le métro (ligne 14 pour les fétichistes) pour la gare de Lyon. Puis tu attends car habitué des transports en commun, tu as pris très large, histoire d’éviter de rater le départ, ce qui serait dommage.
Un Paris Valence en seconde, à côté d’une dame qui ne voit pas le problème à raconter sa vie au téléphone à sa bonne copine, à moins d’un mètre de ma pomme.
Le Valence Carcassonne s’annonçait plus tranquille, en première.
Bon ce fut la « première oneagain » : carré donc invité à une table de 4, jeu de dribbles constant pour allonger ses jambes avec le mec en face vétu de la tête au pied d'un survet de l'OL, un petit jeu de bluff pour l’accoudoir avec la fille à coté. Les sièges électriques étaient en panne, j’étais côté couloir donc makache bono pour l’accès à la prise électrique. J’ai payé 3€ pour le wifi, j’ai fini sur les téléchargements de mon téléphone, j’avais l’impression d’être sur du 54K avec le réseau Nongo.
Le lundi, boulot en télétravail, avant de faire 1h de voiture pour aller direction le service réanimation de l’hosto de Toulouse, voir ma mère avec autant de tuyaux branchés sur elle que j’ai de cables sur mon ampli homecinéma. La douleur, la fatigue et les médocs font qu’elle n’est qu’à moitié là, victimes de réelles hallucinations. A priori c’est classique. En revanche son humeur de dragon, je ne sais pas si ça l’est. Je rentre dans la chambre, je me fais engueuler. Elle peine littéralement à lever son verre jusqu’à ses lèvres tellement elle est faible mais pour nous pourrir, elle va courageusement chercher sa dernière once d’énergie.
Une des sources de son courroux est qu’elle n’a pas son téléphone pour communiquer et s’occuper quand elle n’est pas dans le gaz. Elle a bloqué sa SIM, trop d’erreurs de code au réveil, tu m’étonnes. Mon père qui se targue de connaitre la techno (il a un fichier Excel d’environ 400 lignes, pour ses logins et mdp) a pris le sujet.
Bon il a 77 ans. Impossible de retrouver la carte avec le numéro de PUK et il n’arrivait pas à se connecter au portail SFR de ma daronne. Il a appelé SFR, il est tombé sur un desk de BPO sans doute à Casa, la fille en face n’a pas réussi à résoudre le problème en suivant la procédure, au passage ils se sont rendus compte d’une erreur d’orthographe dans le nom et donc le mail de ma mère.. bref les 2 champions ont décidé de sucrer la ligne et d’en rouvrir une. Cela veut dire envoi d’une nouvelle carte SIM sous au mieux 3 jours... Ma mère va être ravie.
Bon j’ai ouvert le dossier.
1) J’arrive en farfouillant à monter sur son espace client : la ligne étant résiliée, plus de PUK, plus rien.
2) J’ai acheté ce matin avant de bosser une carte prépayée Orange , 150Go, un mois à partir de l’activation. Je me rends compte que le téléphone POCO est verrouillé. Il faut le code du téléphone pour le déverrouiller, carte SIM ou non.
3) J’essaie leur tablette comme autre device. Pas de fonction 4G.
4) On retrouve son vieux téléphone, je le recharge, je remets comme je peux la nano en format micro, ça force un peu mais ça passe.
5) Et là, je fais une procédure super longue d’activation, qui me demande tout sur ma vie et une copie recto verso de ma Carte d’identité. Je pense que c’est pour éviter le phénomène qu’on voit dans les feuilletons US, les fameux « burn », les téléphones pour malfrats. Evidemment mes photos sont trop bonnes et donc trop volumineuses pour l’upload.
6) Je crise.
7) Je me débrouille en envoyant les photos par whatsapp (par défaut cela réduit la définition) puis dans le menu média, je les DL (et oui, tu ne pas peux DL une photo que tu as toi-même envoyée depuis un message, même si tu te l’envoie à un groupe dont tu fais parti).

Et hop, Orange me dit, « c’est bon, le dossier est OK, vous aurez l’activation … dans 5 jours. On doit vérifier et on est encore sur de l’AS400 et de l’OpenVMS (je le sais par mon métier), c’est par Star Trek ici »
Enculés de vos morts.
Evidemment je me suis refait engueuler (comme mon père) par la mama dès mon entrée dans sa chambre today.
Le jour de la marmotte, je me sens Bill Murray.
Elle me redit que c’est injuste que ça lui soit arrivé, elle ne fume pas, fait de l’exercice régulier, ne mange pas trop de gras. Elle pensait, étant donné mon rythme de vie et mon stress, que ça m’arriverait à moi plutôt. Je nage dans le bonheur.
Je règle un psychodrame avec les infirmières puis je lui explique pour son téléphone. Elle n’arrive pas à manger (malgré lui avoir apporter toutes les douceurs qu’elle préfère) car elle a aussi un tuyau du nez jusqu’à la gorge pour la nourrir comme une oie. Pour vous faire comprendre, être simplement assis dans leur état est une torture nécessaire, un tout premier pas de rééducation, qui les épuise tellement ils sont faibles. Mais sur un sursaut, elle retrouve son code pour ouvrir son téléphone.
Good car si elle ne le retrouvait pas, nouvelle SIM ou pas, fallait remettre les réglages d’usine et sucrer tout ce qu’il y a sur son téléphone. Evidemment je m’abstiens de lui dire que si mon père était passé par moi, son téléphone marcherait dès maintenant. Mais la résiliation de la ligne rend inutile le PUK retrouvé et le pauvre morfle, je ne vais pas le jeter sous les roues du camion.
Elle n’en peut plus, demande à être remise au lit. On doit sortir, il faut 7 ou 8 personnes tellement c’est un enfer pour une personne opérée une semaine plus tôt à cœur ouvert. Et ça dure. Et je me rends compte que je vais rater mon train. Mon père qui a des problèmes de hanche prend de l’avance et j’attends face à la porte pour lui dire au revoir. Les infirmières me parlent comme à une merde ou un débile, c’est selon, tour à tour car « j’attends pas au bon endroit ».
J’arrive à lui dire au revoir en 4 secondes chronos, je cours pour rejoindre le parking fort éloigné, on part dans les embouteillages direction la gare.
Mon père craint qu’on n’y soit pas à temps mais si, on prend des rues résidentielles et ça le fait. Sauf que le GPS m’indique la gare du mauvais côté de la berge du canal du midi, je dois courir une nouvelle fois pour re traverser, ce qui n’est pas raisonnable à mon grand age, un sac sur le dos et une valise à la main. Evidemment ma fille m’appelle 3 fois, ma femme qui était supposée la récupérer en voiture n’arrive pas et n’a pas son téléphone, oublié à la maison (on s’est bien trouvé).
Heureusement, j’arrive à temps et j’ai bien de nouveau une bonne place de merde face à un monsieur aussi enjoué que la fille de Jack Lang ce WE et au top, j’ai aussi le bébé qui pleure pas loin. Les cris de choupinets ne sont pas bien filtrés par mon nouveau casque audio (j’ai oublié, crevé, l’ancien la semaine dernière à l’aéroport, quand j’ai du rentrer cette fois en avion faute de train).
Et là, j’ai fait ma spéciale. A 20H, un peu vaseux, je me lève pour aller manger un truc à la voiture resto. Une dame est devant la porte du wagon, « elle ne s’ouvre pas ». Je la regarde confiant, je vois que la porte est entrouverte. C’est qu’une femme, je vais y arriver tranquillou, en appuyant plus fort sur le bouton ou en tirant comme un ane sur la porte.
Dans le cul lulu. Bon, je ne veux pas perdre la face et je décide de chercher et appuyer sur la fameuse la commande d’ouverture pneumatique des portes « inter-circulations » (étudiant, j’ai bossé dans les wagons lits, j’ai le vocabulaire). Et là, j’ai les fils qui se touchent. Je tire le signal d’alarme.
Je regarde la dame, je re regarde le signal d’alarme, j’entends un signal sonore… Pas bon ça les gars.
Le ralentissement du train jusqu’à son arrêt complet lève le dernier doute.
Oups. I did it again.
Je verbalise pour la dame, « je fais me faire taper sur les doigts, j’ai fait n’importe quoi ». La porte restant fermée, on attend le contrôleur, qui se trouve être une contrôleuse. Je fais profil bas, j’explique en 2 mots la situation et ma bêtise. « Vous savez combien ça coute tirer un signal d’alarme injustifié me demande t-elle ? » . « Non » (j’ai vérifié depuis, 3750 €).
Elle débloque la porte (une bouteille laissée par terre par un être non civilisé en était responsable) et essaie de désarmer, en vain, le signal d’alarme. Elle commence à appeler son collègue au téléphone, un peu honteuse. Je joue alors la carte Mac Gyver : mixer le charme et la débrouillardise. J’ajoute ma touche, un soupçon de corporatisme. Je regarde et dis : « oui, la tige carrée n’est pas bien en face, vous voulez bien me prêter votre « carré » (la clé magique des chemineaux, une sorte de clé à pipe) que j’essaie svp ? Elle accepte et bim bam, déverrouillé. « Oui j’ai été « roulant » quand j’étais plus jeune »
Je la suis jusqu’au poste d’appel, elle signale la fausse alerte et qu’on peut repartir. Je lui demande « j’ai une amende alors ? ». Elle me dit « mais non c’est bon » avec un franc sourire. Par contre, j’ai fait tout ça pour rien, y’a pas de wagon resto dans ce Ouigo, pas grave je vais manger mes doigts.
Je suis encore dedans, j’arrive à 23H21 à Montparnasse. Je vais enchainer sur un métro, le RER jusqu’à Poissy (plus de train vers ma banlieue à cette heure) pour que mon éternelle fiancée vienne me chercher vers minuit et des brouettes, pour faire 15mn de voiture.
Demain je pars à 7H30 direction le siège de la boite à Levallois, j’anime un kick off très chaud devant 40 personnes peu coopératives, mon chef Italien veut qu’on trouve 30 minutes pour faire un 1to1 de 30mn. Super, le PDG de la boite m’a lui aussi convoqué dans le lobby d’un hotel huppé rue de la Boétie pour un 1to1 d’une heure à 18H30, alors qu’on ne s’est pas parlé depuis 3 mois.
J’en ai plein le cul.