OM : pourquoi le mercato avance au ralenti malgré les départsComment le Squad Ratio de l'UEFA dicte le tempo du Mercato de l'OM.
Entre les départs de Mason Greenwood, Pierre-Emerick Aubameyang et désormais celui de Nayef Aguerd qui semble se préciser, nombreux sont ceux qui se demandent pourquoi l’OM ne passe toujours pas à l’offensive sur le marché des transferts.
La question est légitime. À l’heure où j’écris ces lignes, Marseille n’a toujours pas enregistré la moindre recrue, une situation assez rare pour un club habitué à animer chaque mercato.
À première vue, on pourrait pourtant penser que les récentes ventes ont largement renfloué les caisses. Mais quand on s’intéresse aux mécanismes comptables qui se cachent derrière les transferts, l’histoire est bien différente. Les montants annoncés publiquement ne correspondent pas forcément à ce que le club peut réellement réinvestir.
En me basant sur une estimation des comptes de l’OM et sur les contraintes imposées par l’UEFA, j’arrive à une conclusion assez simple : malgré les départs déjà enregistrés, le club reste sous forte pression financière. Le prêt de Nayef Aguerd soulagerait clairement la situation, mais il ne règle pas tout. Pour retrouver une vraie marge de manœuvre et accélérer sur les arrivées, un nouveau départ important semble encore nécessaire.
Et si le prochain nom sur la liste était Geoffrey Kondogbia ?
I. Le premier “transfert perdu” de l’été marseillais est peut-être tout simplement l’absence de Ligue des Champions et des dizaines de millions d’euros qui l’accompagnent.
Depuis plusieurs semaines, le mercato marseillais donne l’impression d’être figé. Alors que les quelques rumeurs d’arrivées se multiplient, rien ne se concrétise réellement.
À mon sens, la principale explication n’est pas sportive mais financière. Entre une masse salariale encore élevée, le poids des amortissements liés aux transferts passés et les exigences du Fair-Play Financier, l’OM avance avec très peu de marge.
Les départs enregistrés cet été ont permis de réduire la pression, mais pas suffisamment pour ouvrir en grand les portes du recrutement. Le club reste extrêmement proche des seuils surveillés par l’UEFA, ce qui oblige les dirigeants à continuer d’alléger l’effectif avant d’envisager des investissements significatifs (ou des investissements tout court).
II. Le véritable sujet : le Squad Ratio de l’UEFA
Le dossier marseillais n’est pas d’abord un problème de liquidités ou de volonté d’investir. Le véritable sujet se trouve du côté du règlement financier de l’UEFA et de son fameux Squad Cost Ratio.
Pour rappel, ce ratio mesure la part des revenus du club consacrée à son effectif. Sont notamment intégrés les salaires, les amortissements des transferts et certaines commissions. À terme, ce ratio ne doit pas dépasser 70 % des revenus considérés par l’UEFA.
Et c’est là que la saison dernière laisse des traces.
L’OM a certes toujours l’Europe dans son calendrier, mais pas la compétition qui change réellement la dimension économique d’un club : la Ligue des Champions. Entre les primes UEFA, le market pool, les recettes de billetterie supplémentaires et les revenus commerciaux associés, la participation à la Ligue des Champions représente facilement plusieurs dizaines de millions d’euros de revenus additionnels par rapport à une campagne d’Europa League.
Dans mes estimations, l’écart de produits entre une saison de Ligue des Champions et une saison d’Europa League peut dépasser les 40 M€. C’est considérable.
Or le problème est simple : la structure de coûts de l’OM a longtemps été construite avec un effectif calibré pour les ambitions de la Ligue des Champions. Quand les revenus baissent de plusieurs dizaines de millions d’euros mais que la masse salariale et les amortissements restent quasiment identiques, le Squad Ratio se tend automatiquement.
Autrement dit, le club ne lutte pas contre un manque d’argent immédiat. Il lutte contre un problème de proportion entre ses revenus et le coût de son effectif.
III. Pourquoi les départs sont devenus indispensables
C’est précisément pour cette raison que les départs de Greenwood, Aubameyang, Traoré ou encore Aguerd sont si importants.
Chaque opération ne doit pas seulement être analysée à travers l’indemnité perçue. L’enjeu principal est souvent ailleurs : réduire le coût annuel de l’effectif.
En supprimant des salaires importants et certains amortissements, l’OM fait progressivement redescendre son Squad Ratio. C’est cette mécanique qui explique la prudence observée depuis le début du mercato.
Vu sous cet angle, l’objectif prioritaire des dirigeants n’est pas forcément d’encaisser le plus gros montant possible sur une vente. L’objectif est surtout de libérer suffisamment de charges pour retrouver une marge de manœuvre réglementaire.
Car même avec plusieurs départs déjà enregistrés, l’OM reste proche des seuils surveillés par l’UEFA. Tant que cette marge ne sera pas plus confortable, chaque nouvelle recrue devra être compensée par des économies ailleurs.
C’est finalement tout le paradoxe du mercato olympien.
Vu de l’extérieur, l’OM a vendu plusieurs joueurs majeurs et semble disposer de moyens pour recruter.
Vu à travers le filtre du règlement financier de l’UEFA, la lecture est différente : le club tente d’abord de reconstruire un équilibre entre ses revenus et le coût de son effectif après une saison sans Ligue des Champions.
Et c’est probablement ce qui explique mieux que n’importe quelle rumeur pourquoi, au 1er août, Marseille reste aussi calme sur le marché des arrivées.
IV. Radiographie d’un déficit de gestion structurel
Pour comprendre l’extrême prudence de la direction marseillaise, il faut se pencher sur le compte de résultat hors transferts (hors mutations) :
Des produits (recettes) insuffisants : 222 M€ Privé de la très lucrative Ligue des Champions, l’OM doit composer avec seulement 18 M€ de droits TV de Ligue 1 (en baisse historique) et 27 M€ de droits UEFA. La billetterie (40 M€) et les sponsors (74 M€) saturent, sans pouvoir compenser le manque à gagner européen.
Des charges écrasantes : 260,8 M€ Le club traîne, après les 3 départs de juillet, une masse salariale chargée de 118,7 M€ et subit le poids des amortissements des transferts passés (49,1 M€).
Les chiffres permettent de mieux comprendre la prudence actuelle du club : Avant même d’acheter le moindre joueur, et après les 3 ventes ci-dessus plus haut, l’OM accuse un déficit opérationnel de -38,8 M€. Une fois l’amende UEFA (-10 M€) et le résultat financier intégrés, le Résultat Net de Gestion plonge à -43,3 M€.
Et quand on parle vraiment de LA chose qui rythme le mercato de l’OM, on comprend mieux : Le Squad Cost Ratio (Coût de l’effectif / Produits de gestion), qui culminait à 90,1 % redescend à un niveau d’alerte de 75,6 %
V. Comment les départs allègent le coût de l’effectif : l’équation “Salaire + Amortissement”
Pour assainir cette situation et faire baisser le coût global de son effectif (Squad Cost), l’OM s’appuie sur une règle comptable stricte : lors d’un départ (vente ou prêt), le club économise simultanément le salaire chargé du joueur et son amortissement annuel.
En analysant les fiches financières individuelles des joueurs concernés, on comprend l’impact massif de ces départs sur le budget annuel de l’OM :
Mason Greenwood :
- Salaire : 5,46 M€ ➔ Masse salariale chargée (x1,80) : 9,83 M€
- Amortissement annuel économisé : 6,00 M€
- Gain budgétaire total pour l’OM : 15,83 M€ / an
Pierre-Emerick Aubameyang :
- Salaire : 4,20 M€ ➔ Masse salariale chargée (x1,80) : 7,56 M€
- Amortissement annuel : 0 M€ (arrivé libre)
- Gain budgétaire total pour l’OM : 7,56 M€ / an
Hamed Junior Traoré (prêté au Genoa) :
- Salaire (pris en charge à 100 %) : 3,96 M€ ➔ Économie de masse salariale chargée : 7,13 M€
- Indemnité de prêt perçue : 2,00 M€ (l’amortissement de 2,67 M€ restant à la charge comptable de l’OM)
- Gain budgétaire direct pour l’OM : 9,13 M€
Le coup d’accélérateur : Le départ de Nayef Aguerd
À ces trois premiers dossiers s’ajouterai désormais le prêt de Nayef Aguerd vers l’étranger. Cette opération va, peut-être, permettre d’enregistrer les premières recrues :
Nayef Aguerd (Prêté à l’étranger) :
- Salaire (pris en charge à 100 %) :4,8 M€ ➔ Économie de masse salariale chargée : 8,60 M€
- Indemnité de prêt perçue : +4,00 M€ immédiats (avec option d’achat obligatoire à 11 M€). Ces 4 M€ permettent de quasi “netter” et couvrir son amortissement annuel restant dans les comptes de l’OM.
- Gain budgétaire direct pour l’OM : 12,2 M€
En cumulant ces opérations, l’OM réduirait la voilure de ses coûts d’effectif d’environ 46 M€. Cet effort considérable a permis de ramener le Squad Cost Ratio (Coût de l’effectif / Produits de gestion), qui culminait à un niveau d’alerte rouge de 75,6 %, à un niveau bien plus respirable de 68,5 % . L’OM quitte la zone de “Risque de sanction” pour entrer en phase de simple “Vigilance“.
VI. Pourquoi le dossier Kondogbia pourrait débloquer la fin du mercato
Si le départ d’Aguerd permettrait d’éviter la foudre du Fair-Play Financier, le problème de l’OM reste entier pour la suite du mercato.
À 68,5 %, le club est extrêmement proche du plafond réglementaire de l’UEFA (fixé à 70 %). Cela signifie que Stéphane Richard et Grégory Lorensi ne disposent que de 1,5 % de marge de manœuvre soit à peine 4 M€ de budget global disponible, combiné entre salaire chargé et amortissement. C’est maigre.
[SEUIL MAXIMUM UEFA] ————————————- 70,0 %
[SITUATION OM APRES DEPART AGUERD] ———— 68,5 % (Vigilance)
[MARGE FINANCIÈRE ACTUELLE] ————————-1,5 % (Soit ~4 M€)
Avec 4 M€ de marge, il est impossible pour l’OM de finaliser l’arrivée d’une recrue de premier plan (indemnité de transfert + salaire) sans franchir à nouveau la ligne rouge et risquer d’être bloqué par l’UEFA. Les recrues à ce stade seront surement libre ou en prêt.
À ce stade, difficile d’imaginer une recrue significative sans un nouveau départ majeur. Geoffrey Kondogbia apparaît comme l’un des candidats les plus naturels d’un point de vue financier. Même en partant libre.
Le milieu de terrain centrafricain possède l’un des salaires les plus importants du club (Top 5 salaire). En se libérant de son contrat, l’OM réaliserait une économie colossale :
Un allègement immédiat de quasi 10 M€ d’un seul coup sur sa masse salariale chargée.
Un allègement de 2M€ d’amortissement.
Impact sur le Squad Ratio : 5,2% , soit quasi 12M€ disponible dans le respect du Squad Ratio de l’UEFA.
Ce départ libérerait instantanément l’espace financier nécessaire pour faire plonger le Squad Cost Ratio aux alentours des 63 %. C’est cette seule et unique clé qui permettra d’activer les feux verts financiers, et de lancer, avec un mois de retard historique, la phase active des arrivées de ce mercato d’été.
Ps : j’ai pris l’exemple de Kondogbia car c’est un fusible facile pour jouer avec ce ratio mais les candidats sont nombreux..
VII. Et Rulli ?
En continuant d’écrire ces lignes, Rulli se dirigeraient avec insistance vers Manchester City pour devenir la doublure de Donnaruma. On peut refaire le même exercice pour voir la marge de manoeuvre que cela donnerait.
Geronimo Rulli :
- Salaire : 2,8 M€ ➔ Masse salariale chargée (x1,80) : 5,04 M€
- Amortissement annuel : 1,33 M€
- Gain budgétaire total pour l’OM : 6,37 M€ / an
- Impact sur le Squad Ratio : 2,8%
En clair, cet été, le mercato marseillais se joue peut-être moins sur les indemnités de transfert que sur quelques points de Squad Ratio. Et tant que l’OM n’aura pas recréé suffisamment de marge face au plafond fixé par l’UEFA, chaque arrivée devra probablement être précédée d’un départ.
Jean-Aide Publicationhttps://jeanaide.substack.com/p/om-pour ... irect=true