Depuis son arrivée à l'automne 2023, quasiment tous les dirigeants présents au club à cette époque sont partis. Pas Benatia, qui a su faire le vide et s'entourer de fidèles qui lui doivent tout.
"Moi je ne suis pas politique, vous me connaissez". Dans les couloirs du stade Geoffrey-Guichard, avant un 32e de finale de coupe de France, Medhi Benatia fait le show devant une demi-douzaine de journalistes conquis. Cela fait sourire de la part d'un redoutable tacticien, du jeu et des coulisses. Fin décembre 2024, 13 mois après son arrivée, alors qu'il n'est même pas encore officiellement directeur du football, il y a comme un vide autour de lui : Stéphane Tessier, dont la mission première était de tenir les comptes de Frank McCourt et qui était un obstacle pour les futurs mercatos, a quitté le club. Les deux têtes pensantes qui ont reconstruit le centre de formation (Marco Otero mis à pied, Yann Danielou résilié) sont en instance de départ ou déjà partis. Cécilia Barontini, ancienne DRH devenue directrice générale et directrice de "13e Homme", a été écartée. Jean-Pierre Papin, entraîneur de la réserve et sauvé par son statut de légende du club, a failli être débranché.
"Il a parlé à l'oreille de Pablo pendant deux ans"
Bref, le turnover, initié par le duo Longoria-Benatia, est déjà intense et n'est pas terminé. Peu à peu, même s'il s'en est défendu à plusieurs reprises, le Franco-Marocain a fait le ménage et placé des pions partout, de l'administratif jusqu'au staff de De Zerbi. Ali Zarrak (nous y reviendrons), Aziz Mady Mogne, Bouabdellah Tahri, Thomas Heurtaux (surnommé "l'œil de Moscou" par certains), Federico Balzaretti, Halim Belghazi, Bel-Abbes Bouaissi... Proches avant ou pas du tout, ces salariés font ou ont fait partie de son premier cercle.
Avec son président, c'est d'abord la lune de miel. "Indépendamment de mon amour pour l'OM, je suis venu pour Pablo. Le jour où Pablo part, je m'en vais", dira-t-il d'ailleurs dans une interview à La Provence. L'Espagnol, comme beaucoup fasciné par l'énergie et le charisme du directeur sportif qu'il avait nommé en pleine tempête alors qu'il n'avait aucune expérience au poste, est matrixé.
"Il a parlé à l'oreille de Longoria pendant deux ans et tout ce qu'il a pu dire, l'autre l'a exécuté. Il lui disait constamment : 'Pablo, tu es d'accord avec moi, à la Juve, ça ne se passerait pas ?' Il lui a mis cette musique dans la tête, et Pablo ne s'est pas rendu compte qu'il se faisait influencer. Jusqu'au jour où il a parlé à l'oreille de McCourt...", décrypte un ancien collaborateur.
"Tessier a pris sa voiture et il est rentré chez lui..."
"Pablo regardait Medhi comme si c'était Dieu. Il en est arrivé à prendre pour parole d'Evangile tout ce qu'il disait. Le mimétisme était saisissant", poursuit une autre source. Stéphane Tessier, à la base proche de l'Espagnol, jette l'éponge en voyant un front commun Longoria-Benatia contre lui, et après, aussi, un cambriolage à son domicile non élucidé. "Il a pris sa voiture et il est rentré chez lui...".
Fabrizio Ravanelli, qui a le vent en poupe depuis son arrivée comme conseiller du président et entretient de bonnes relations avec De Zerbi, commence à être cornerisé, entre autres épisodes, à la suite d'un article de l'AFP qui le mettait un peu trop en valeur au goût de l'ex-défenseur, sur le même plan que Longoria, "RDZ" et lui-même. L'enfant d'Evry déverse alors sa colère dans un groupe Whatsapp comme il le fait parfois. Ce que nie l'OM.
C'était peu de temps avant le déplacement à Auxerre, le 22 février 2025, durant lequel le président se ridiculise dans les tribunes puis dans les couloirs, hurlant à la corruption. Benatia, suspendu, n'est pas autorisé à parler aux médias et laisse faire. Après avoir tant de fois crié au loup en matière d'arbitrage, ce n'est plus à lui de se mouiller. Puisque Ravanelli est si important, qu'il y aille ! L'intervention médiatique de l'Italien n'est pas très heureuse, mais qu'importe : "Bena" laisse Longoria gérer ses bêtises et passe les jours suivants à Dubaï, loin de Marseille et des embrouilles, avec Benjamin Arnaud. L'OM est humilié par la séquence et sa défaite 3-0 à Auxerre, mais tout le monde n'a pas perdu ce soir-là.
"Benjamin Arnaud, c'est son gars sûr dans l'administratif"
"Son objectif, c'est d'avoir à côté de lui des gens dont il pourra faire ce qu'il veut. Benjamin Arnaud, par exemple, c'est son gars sûr dans l'administratif", analyse une source. Le secrétaire général s'implique sur pas mal de transferts et est proche de l'agence Classico Sport, qui est parfois introduite par l'OM dans les transferts (Merlin, Brassier, Rongier, Timber, notamment, sans compter l'arrivée de Beye qu'elle représente au quotidien), même si les relations entre les deux entités sont au beau fixe depuis des années, en témoignent les transferts de Jordan Amavi ou d'Iliman Ndiaye.
"Personne n'ose dire un mot"
En interne, on est avec Benatia, comme Arnaud, ou contre le directeur du football, et il vaut mieux ne pas rester très longtemps dans le camp adverse si l'on veut avoir un futur au club. Alban Juster peut en témoigner. Avant d'être considéré comme "Benatia-compatible" et d'être nommé par intérim à la présidence jusqu'en fin de saison, il n'a pas toujours été sous le charme de l'ex-international marocain. Directeur général en charge des finances, il fut même, selon nos sources, à deux doigts de jeter l'éponge, usé psychologiquement par les rapports avec celui qui n'était alors que conseiller de Pablo Longoria. Une version que le club nie toutefois.
"Il y a un climat de peur à l'OM, tout le monde est effrayé par Benatia, tout est surveillé à la seconde près. S'il vous trouve mauvais, il vous met à la porte. Si vous avez une opinion, il vous met à la porte. Personne n'ose parler. Aucun des joueurs, entraîneurs, assistants ou assistants des assistants n'ose dire un mot, car ils sont tous dépendants. Et lui dit quelque chose un jour, autre chose le lendemain", juge un proche du vestiaire.
Zarrak, le cas épineux
Selon le récit sorti dans les médias, Ali Zarrak est une recrue de Stéphane Tessier, ce qu'il a plusieurs fois nié en privé. Ce dernier nous a d'ailleurs confirmé avoir été absolument contre son arrivée. Où se situe la vérité ? Peu importe, finalement, car l'ancien proche de Bouna Sarr est devenu le brutal homme de main de "MB", multipliant les écarts de comportement, les esclandres, les paroles déplacées, aussi bien à l'intérieur du club qu'à l'extérieur ou au Vélodrome. Certains jeunes de la Pro 2, qu'il dirige, sont humiliés, une double enquête pour harcèlement moral sur plusieurs salariés a d'ailleurs été diligentée ces derniers mois.
En marge du fantasque Zarrak, dont le nom sort à cette époque dans la presse après un accrochage avec Chancel Mbemba, l'été 2024 est très tendu dans les bureaux de La Commanderie. Pour pallier le départ de Stéphane Tessier à la direction générale, Pablo Longoria, qui se fracasse la main en tapant du poing sur la table, a constitué un binôme formé par Cécilia Barontini et Alban Juster.
La première s'oppose au recrutement de Mason Greenwood, qui signera toutefois à l'OM, et de Youcef Atal, condamné six mois plus tôt par le tribunal correctionnel de Nice à huit mois de prison avec sursis et 45000€ d'amende pour avoir relayé une vidéo antisémite après les attentats du 7 octobre 2023. Elle dénonce aussi la conduite d'Ali Zarrak. Une vision qui l'oppose à Medhi Benatia, au point que leur antagonisme remonte jusqu'à Barry Cohen, alors président du conseil de surveillance (jusqu'à l'automne, où il sera remplacé par Jeff Ingram), et Shéhérazade Semsar-de-Bosséson, présidente de McCourt Global qui commence à découvrir l'univers olympien.
Échanges houleux et main courante
La tension est maximale entre l'ex-joueur du Bayern Munich et la jeune dirigeante qui, après plusieurs semaines de conflits ponctuées par un échange houleux avec lui dans le bureau de Longoria, aurait, selon nos informations, déposé une main courante auprès de la police.
C'est à cette période-là, aussi, que le domicile de Jean-Pierre Papin, à Cabriès, est placé sous surveillance à la suite d'un incident qu'il a lui-même raconté dans La Provence, le 31 octobre 2024. "Une moto avec deux mecs dessus s'est arrêtée et ils m'ont demandé de me casser d'ici", confiait le Ballon d'Or, alors entraîneur de la réserve, en désaccord complet avec Zarrak, responsable de la Pro2. Un lien ? "Je ne sais pas, je ne me permettrais pas de le dire ni de le penser", tempérait "JPP".
Benatia n'est, à cette époque, pas encore nommé directeur du football. Et la question se pose, de l'autre côté de l'Atlantique, de poursuivre ou non la collaboration. Mais grâce à ses compétences de directeur sportif et son habileté politique, "MB" reste dans le game. Un peu plus d'un an plus tard, c'est Longoria, l'homme qui lui a tendu la main et tant fait confiance, qui est débarqué.
Si Medhi Benatia n'a pas répondu personnellement à nos sollicitations, l'OM nous a en revanche apporté des précisions concernant son rôle. "Il n'intervient sur aucun dossier non relatif au sportif, et en aucun cas sur tous les autres volets de gestion du club. Des collaborateurs ont été recrutés pour travailler à ses côtés, comme chaque directeur sportif le fait dans chaque club de football. Ces quelques collaborateurs ont été recrutés pour leur professionnalisme et leur niveau d'exigence. Salariés de l'OM, il est très fortement probable que nombre de ces collaborateurs restent après le départ de Medhi Benatia", a précisé le club avant de rajouter qu'il n'y a eu "aucun changement notoire (au niveau de sa mission) depuis le départ de Pablo Longoria".
Concernant Ali Zarrak, le club nous a indiqué : "Il a fait l'objet d'une enquête interne menée par un organisme extérieur indépendant suite à une dénonciation d'un collaborateur. Cette enquête n'a pas abouti à l'identification de faute. De plus, il remplit parfaitement sa mission. Il a notamment contribué à l'arrivée de jeunes joueurs très prometteurs à l'OM."
Au sujet du voyage de Medhi Benatia et Benjamin Arnaud à Dubaï juste après Auxerre, le club marseillais insiste sur le fait que c'était un "voyage personnel prévu de longue date" et ajoute: "Leurs congés respectifs ont été largement perturbés par la gestion de 'l'après-Auxerre'. Ils sont restés très proches du club et très impliqués pour ce dernier, malgré la distance."
Enfin, l'OM explique à propos des liens avec l'agence Classico : "Comme le prévoit la loi, un agent peut intervenir en tant qu'agent 'joueur' (négociation de la rémunération du joueur) ou alors en tant qu'agent 'club' (pour négocier la mutation pour le compte de l'OM avec un autre club, que cela soit à l'acquisition ou à la vente). Classico est intervenu sur trois transferts en tant qu'agent club sur les cinq dernières saisons sans représenter le joueur dans le cadre de ces transactions. Quand le club utilise le service d'un agent pour faire un transfert, c'est toujours dans l'intérêt supérieur du club."
https://www.laprovence.com/article/om/1 ... -politique









