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Le football fait sa rentrée sous la pression de la justice (1/2) : enquête ouverte contre Nasser al-Khelaïfi pour prise illégale d'intérêts
Selon nos informations, une enquête préliminaire visant Nasser al-Khelaïfi a été ouverte par le parquet de Paris pour prise illégale d'intérêts.
La réforme houleuse et très politique de la gouvernance du football français, et l'appel d'offres qui pourrait être lancé prochainement par la Ligue pour la diffusion du Championnat sur la période 2029-2034, vont-ils être percutés par un calendrier moins prévisible, celui des magistrats ? Selon nos informations, le président du Paris-SG Nasser al-Khelaïfi est désormais mis en cause dans le cadre d'une enquête préliminaire pour prise illégale d'intérêts ouverte après un signalement d'Anticor. Les investigations ont été confiées à la Brigade financière anticorruption (BFAC). Le parquet de Paris n'a pas répondu à nos sollicitations.
Al-Khelaïfi est soupçonné d'avoir joué, à l'été 2024, de ses différentes casquettes - président du PSG, président de beIN Media Group et membre du conseil d'administration de la LFP - pour « tenter d'influer sur la décision du conseil d'administration de la Ligue en faveur de la société qu'il préside », selon le signalement d'Anticor. À l'époque, Vincent Labrune mène les discussions sur la vente des droits télé de la Ligue 1, et le président de la LFP escompte 700 M€ pour les seuls droits domestiques. Mais les négociations capotent.
Deux solutions sont mises sur la table : la création par la LFP d'une chaîne dédiée, éventuellement diffusée par la plateforme Max, ou un deal avec DAZN, qui retransmettrait 8 matches par journée de Championnat contre 400 M€ par an, beIN diffusant la dernière rencontre pour environ 100 M€. C'est cette dernière option qui a été choisie le 14 juillet 2024, en réunion des présidents de Ligue 1, à l'occasion d'âpres débats dont la teneur ne sera révélée que six mois plus tard, par L'Équipe et France 2.
L'entourage d'Al-Khelaïfi dénonce une plainte « absurde »
On y entend Al-Khelaïfi et Textor s'échanger des insultes devenues célèbres (« Nasser, tyran », « John, cow-boy »), mais les discussions révèlent surtout les jeux de pouvoir internes. Dès le début de la réunion, Jean-Pierre Caillot, le président de Reims, remercie « Nasser, non pas Nasser notre ami président du Paris-Saint-Germain, mais Nasser président de beIN », pour avoir fait une proposition complémentaire à celle de DAZN.
On connaît la suite : DAZN se retirera à la fin de la saison 2024-2025, faute d'avoir trouvé son modèle économique. Très remonté, l'entourage d'Al-Khelaïfi, qui jugeait déjà cette plainte « absurde » au moment de son dépôt, campe aujourd'hui sur ses positions. Il affirme que ce sont les clubs et les représentants de la Ligue qui ont insisté pour que beIN finance la diffusion de ce match. Et rappelle que « NAK » n'exerce « aucune responsabilité opérationnelle ou exécutive » dans beIN. Une source dans son entourage précise enfin qu'Al-Khelaïfi ne fera pas partie du futur conseil d'administration de la société de clubs, et qu'il s'est déporté de presque toutes les réunions du CA sur l'année écoulée. Sollicité, Me Renaud Semerdjian, avocat d'Al-Khelaïfi, a décliné tout commentaire.
Des conflits d'intérêts à la loupe
La loi Sport votée cet été prévoit de nouvelles incompatibilités. Les membres du conseil d'administration de la future société de clubs ne pourront pas avoir des fonctions ou des intérêts dans une entreprise de diffusion audiovisuelle. Cette clause empêche de facto Nasser al-Khelaïfi d'y siéger s'il ne renonce pas à certaines de ses fonctions. Le patron du Paris-SG, comme 160 autres personnes, membres du comex de la FFF, du CA et des commissions de discipline de la LFP, ou encore de la DNCG, ont dû fournir en 2025 au conseil national de l'éthique (CNE) de la FFF une déclaration d'intérêts. « La plupart n'ont entraîné aucune remarque, précise Frédéric Thiriez, président de la CNE. On a fait 15 recommandations individuelles. Nasser al-Khelaïfi faisait partie de ces cas. (...) Les déclarations d'intérêts comme les recommandations que nous avons faites sont confidentielles. »
À l'hiver 2026, bis repetita. C'est désormais Nicolas De Tavernost, devenu patron de LFP Media, qui pointe les « conflits d'intérêts » potentiels d'Al-Khelaïfi. À l'époque, De Tavernost anticipe déjà le creux du prochain été sur Ligue 1+ (la chaîne lancée par LFP Media en l'absence de diffuseur), les longues semaines de mai et de juillet entre la fin et la reprise du Championnat. Il tente un coup : décrocher la diffusion de l'intégralité des 104 matches de la Coupe du monde 2026 (à côté des 54 matches en clair déjà obtenus par M6 pour environ 120 M€). beIN ne s'étant pas manifesté, De Tavernost pense avoir une fenêtre de discussion avec la FIFA et négocie de gré à gré.
De Tavernost dénonce un « manque de confiance structurel, notamment du côté de l'actionnaire du PSG »
En janvier, les deux parties sont d'accord pour environ 20 M€ et ne reste plus qu'à faire valider le contrat par les instances de la Ligue, une étape purement « formelle », pense De Tavernost. Al-Khelaïfi est mis dans la confidence et manifeste son soutien au patron de LFP Media dans un mail. Mais le 11 février, beIN annonce à la surprise générale un accord avec la FIFA, coiffant Ligue 1+ sur le poteau.
Colère de De Tavernost, qui dénonce une « rupture abusive de pourparlers » et propose aussitôt de lancer une action judiciaire contre la FIFA de Gianni Infantino. Une solution rejetée le 12 février 2026, en conseil d'administration. Le patron de LFP Media annonce sa démission dans la foulée et dénonce un « manque de confiance structurel, notamment du côté de l'actionnaire du PSG ». Intervenant en conseil d'administration, Victoriano Melero, directeur général du PSG, réfutera « catégoriquement » « toute implication du PSG dans l'attribution des droits (de la Coupe du monde) à beIN ».
Avant de partir et d'entamer une nouvelle carrière à la tête du Stade Rennais, De Tavernost prendra le soin d'écrire un courrier désabusé au secrétaire général de la FIFA : « Nous regrettons vivement les développements qui vous ont conduit à négocier avec un concurrent de Ligue 1+, en rupture avec la dynamique constructive initiale. Ligue 1+ n'a d'ailleurs pas même été invitée à formuler une nouvelle offre suite à ces négociations plus que tardives. » Et De Tavernost de conclure : « Au-delà de notre cas particulier, le monde des affaires suppose un minimum de crédibilité, de loyauté et de respect des engagements. »
La suite ce dimanche
Retrouvez le deuxième volet de notre enquête dimanche matin sur notre site. Le dossier sera aussi disponible en intégralité dans le journal et en PDF ce dimanche.
Selon nos informations, une enquête préliminaire visant Nasser al-Khelaïfi a été ouverte par le parquet de Paris pour prise illégale d'intérêts.
La réforme houleuse et très politique de la gouvernance du football français, et l'appel d'offres qui pourrait être lancé prochainement par la Ligue pour la diffusion du Championnat sur la période 2029-2034, vont-ils être percutés par un calendrier moins prévisible, celui des magistrats ? Selon nos informations, le président du Paris-SG Nasser al-Khelaïfi est désormais mis en cause dans le cadre d'une enquête préliminaire pour prise illégale d'intérêts ouverte après un signalement d'Anticor. Les investigations ont été confiées à la Brigade financière anticorruption (BFAC). Le parquet de Paris n'a pas répondu à nos sollicitations.
Al-Khelaïfi est soupçonné d'avoir joué, à l'été 2024, de ses différentes casquettes - président du PSG, président de beIN Media Group et membre du conseil d'administration de la LFP - pour « tenter d'influer sur la décision du conseil d'administration de la Ligue en faveur de la société qu'il préside », selon le signalement d'Anticor. À l'époque, Vincent Labrune mène les discussions sur la vente des droits télé de la Ligue 1, et le président de la LFP escompte 700 M€ pour les seuls droits domestiques. Mais les négociations capotent.
Deux solutions sont mises sur la table : la création par la LFP d'une chaîne dédiée, éventuellement diffusée par la plateforme Max, ou un deal avec DAZN, qui retransmettrait 8 matches par journée de Championnat contre 400 M€ par an, beIN diffusant la dernière rencontre pour environ 100 M€. C'est cette dernière option qui a été choisie le 14 juillet 2024, en réunion des présidents de Ligue 1, à l'occasion d'âpres débats dont la teneur ne sera révélée que six mois plus tard, par L'Équipe et France 2.
L'entourage d'Al-Khelaïfi dénonce une plainte « absurde »
On y entend Al-Khelaïfi et Textor s'échanger des insultes devenues célèbres (« Nasser, tyran », « John, cow-boy »), mais les discussions révèlent surtout les jeux de pouvoir internes. Dès le début de la réunion, Jean-Pierre Caillot, le président de Reims, remercie « Nasser, non pas Nasser notre ami président du Paris-Saint-Germain, mais Nasser président de beIN », pour avoir fait une proposition complémentaire à celle de DAZN.
On connaît la suite : DAZN se retirera à la fin de la saison 2024-2025, faute d'avoir trouvé son modèle économique. Très remonté, l'entourage d'Al-Khelaïfi, qui jugeait déjà cette plainte « absurde » au moment de son dépôt, campe aujourd'hui sur ses positions. Il affirme que ce sont les clubs et les représentants de la Ligue qui ont insisté pour que beIN finance la diffusion de ce match. Et rappelle que « NAK » n'exerce « aucune responsabilité opérationnelle ou exécutive » dans beIN. Une source dans son entourage précise enfin qu'Al-Khelaïfi ne fera pas partie du futur conseil d'administration de la société de clubs, et qu'il s'est déporté de presque toutes les réunions du CA sur l'année écoulée. Sollicité, Me Renaud Semerdjian, avocat d'Al-Khelaïfi, a décliné tout commentaire.
Des conflits d'intérêts à la loupe
La loi Sport votée cet été prévoit de nouvelles incompatibilités. Les membres du conseil d'administration de la future société de clubs ne pourront pas avoir des fonctions ou des intérêts dans une entreprise de diffusion audiovisuelle. Cette clause empêche de facto Nasser al-Khelaïfi d'y siéger s'il ne renonce pas à certaines de ses fonctions. Le patron du Paris-SG, comme 160 autres personnes, membres du comex de la FFF, du CA et des commissions de discipline de la LFP, ou encore de la DNCG, ont dû fournir en 2025 au conseil national de l'éthique (CNE) de la FFF une déclaration d'intérêts. « La plupart n'ont entraîné aucune remarque, précise Frédéric Thiriez, président de la CNE. On a fait 15 recommandations individuelles. Nasser al-Khelaïfi faisait partie de ces cas. (...) Les déclarations d'intérêts comme les recommandations que nous avons faites sont confidentielles. »
À l'hiver 2026, bis repetita. C'est désormais Nicolas De Tavernost, devenu patron de LFP Media, qui pointe les « conflits d'intérêts » potentiels d'Al-Khelaïfi. À l'époque, De Tavernost anticipe déjà le creux du prochain été sur Ligue 1+ (la chaîne lancée par LFP Media en l'absence de diffuseur), les longues semaines de mai et de juillet entre la fin et la reprise du Championnat. Il tente un coup : décrocher la diffusion de l'intégralité des 104 matches de la Coupe du monde 2026 (à côté des 54 matches en clair déjà obtenus par M6 pour environ 120 M€). beIN ne s'étant pas manifesté, De Tavernost pense avoir une fenêtre de discussion avec la FIFA et négocie de gré à gré.
De Tavernost dénonce un « manque de confiance structurel, notamment du côté de l'actionnaire du PSG »
En janvier, les deux parties sont d'accord pour environ 20 M€ et ne reste plus qu'à faire valider le contrat par les instances de la Ligue, une étape purement « formelle », pense De Tavernost. Al-Khelaïfi est mis dans la confidence et manifeste son soutien au patron de LFP Media dans un mail. Mais le 11 février, beIN annonce à la surprise générale un accord avec la FIFA, coiffant Ligue 1+ sur le poteau.
Colère de De Tavernost, qui dénonce une « rupture abusive de pourparlers » et propose aussitôt de lancer une action judiciaire contre la FIFA de Gianni Infantino. Une solution rejetée le 12 février 2026, en conseil d'administration. Le patron de LFP Media annonce sa démission dans la foulée et dénonce un « manque de confiance structurel, notamment du côté de l'actionnaire du PSG ». Intervenant en conseil d'administration, Victoriano Melero, directeur général du PSG, réfutera « catégoriquement » « toute implication du PSG dans l'attribution des droits (de la Coupe du monde) à beIN ».
Avant de partir et d'entamer une nouvelle carrière à la tête du Stade Rennais, De Tavernost prendra le soin d'écrire un courrier désabusé au secrétaire général de la FIFA : « Nous regrettons vivement les développements qui vous ont conduit à négocier avec un concurrent de Ligue 1+, en rupture avec la dynamique constructive initiale. Ligue 1+ n'a d'ailleurs pas même été invitée à formuler une nouvelle offre suite à ces négociations plus que tardives. » Et De Tavernost de conclure : « Au-delà de notre cas particulier, le monde des affaires suppose un minimum de crédibilité, de loyauté et de respect des engagements. »
La suite ce dimanche
Retrouvez le deuxième volet de notre enquête dimanche matin sur notre site. Le dossier sera aussi disponible en intégralité dans le journal et en PDF ce dimanche.
https://www.lequipe.fr/Football/Article ... ts/1719755








