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"Le stage à Marbella ? Une semaine déterminante"
Adjoint du regretté Jean-Louis Gasset, lorsque l’Héraultais est venu au chevet d’un OM en crise voici deux ans, Ghislain Printant livre son regard sur la mission périlleuse qui attend Habib Beye.
Cette situation, la crise à l’OM, Ghislain Printant la connaît malheureusement sur le bout des doigts. Voici deux ans, quasiment jour pour jour, après une défaite à… Brest, Gennaro Gattuso prenait la porte, tandis que le regretté Jean-Louis Gasset était appelé à la rescousse pour "une mission de 100 jours". Aux côtés de l’Héraultais, disparu le 26 décembre 2026, Printant a su soigner une équipe malade, ramener du calme dans un contexte explosif et hisser le club en demi-finale de Ligue Europa.
Désormais spectateur de son ancien club, le Montpelliérain ne rate aucune miette des matches et de l’actualité olympienne, qu’il commente souvent sur ses réseaux sociaux. Pour La Provence, il a accepté de livrer ses souvenirs et son avis sur le travail confié à son successeur, Habib Beye.
Êtes-vous surpris et inquiété par la crise que traverse l’OM ?
C’est une équipe qui a été bâtie pour titiller le Paris-Saint-Germain… Il est normal qu’il y ait une grande déception en voyant la tournure des événements. Comme toute équipe qui perd de la confiance et de la stabilité, à tous les étages du club, le terrain en subit les conséquences. La tranquillité, la sérénité, ça n’a jamais été le point fort de Marseille. Il y a toujours des remous, même quand ça va très bien. À tout moment, on doit s’attendre à une petite révolution, ou une tempête. C’est dommage parce qu’il y avait de quoi poser de gros problèmes au PSG cette saison…
Voyez-vous des similitudes entre l’état de l’OM actuel et celui que vous avez récupéré il y a deux ans ?
C’est difficile à dire quand on n’est pas à l’intérieur. L’effectif a beaucoup changé, je connais peu de joueurs actuels. À notre époque, c’était surtout la mouvance des entraîneurs, de Marcelino à nous, en passant par Gattuso. Là, la crise est globale, ça tremble à tous les niveaux, notamment la direction. Cela complexifie la tâche d’Habib Beye. Déjà que ce n’est pas évident de remobiliser un groupe, de lui redonner calme et confiance, alors si tout le club souffre de ce problème…
Quelle est la solution pour soigner une équipe malade comme l’OM ?
La quête de stabilité va forcément passer par le stage à Marbella. Cette équipe qui ne se connaît pas totalement, avec les nouvelles têtes du mercato d’hiver, surtout le nouvel entraîneur, doit se découvrir. Ce sera une semaine déterminante pour la fin de saison. Il faudra poser les fondations, aller dans l’efficacité, la simplicité, pour amener de la confiance. Mais le meilleur antidote, on le connaît tous… c’est bien sûr la victoire.
Une chose que l’on avait réussi à faire contre le Shakhtar Donetsk (3-1), même si ça avait été tendu lors des dix premières minutes, avec un penalty concédé. Il faut réussir à trouver rapidement de la sérénité. Après, chacun a sa méthodologie. Il faut surtout arriver à déclencher ce petit quelque chose au fond des joueurs, toucher la corde sensible, différente pour chacun d’eux, afin d’obtenir une réaction positive. À Marseille, c’est plus dur qu’ailleurs. Il ne faut vraiment pas ressasser le passé, ce qui doit arriver, arrivera. Il faut se projeter, espérer que le meilleur est à venir.
Quel est l’intérêt de partir en stage en pleine saison ?
Pour avoir connu ce genre de situation, vous vous enlevez une certaine pression. Vous sortez de La Commanderie, vous laissez de côté vos habitudes, votre routine, vous oubliez un peu la pression et la ferveur qui va escorter ce match contre Lyon. Se retrouver tous ensemble, pouvoir travailler loin du tumulte marseillais, de la pression quotidienne que l’on peut ressentir en se rendant au centre Robert-Louis-Dreyfus… ça peut être un élément déclencheur.
Vous gardez toujours espoir pour la fin de saison olympienne ?
J’espère que Beye croit aveuglément en sa capacité à redresser la barre. Quand tu traverses une période comme celle-là, tu n’es plus maître de ton destin… L’OM va regarder jusqu’au bout les résultats de Lyon, même s’il remporte l’Olympico dimanche prochain. Ce n’est pas très confortable quand tu es en plein doute. Mais Marseille n’est pas la meilleure attaque de Ligue 1 par hasard (l’OM, 48 buts, s’est fait dépasser par le PSG, 52). Le nombre de buts inscrits cette année prouve qu’il y a un grand potentiel dans cette équipe. Marquer reste la chose la plus difficile dans le football.
Maintenant, il faut surtout trouver de la tranquillité. Problème, à Marseille elle est de nature très fragile, d’autant plus quand l’instabilité touche toutes les strates du club. Pour se redresser, se relancer, il faut que tout le monde, de la présidence au terrain, soit aligné sur le même objectif. Ce n’est pas forcément ce que dégage l’OM en ce moment.
Vous soulignez que l’OM inscrit beaucoup de buts, mais il en encaisse aussi énormément…
Il faut reconnaître qu’il y a un paquet de joueurs qui ne sont pas à leur niveau, pas du tout même. Ce ne sont pas ces garçons que l’OM a recrutés. Quand on voit le Gouiri de la fin de saison dernière, tout le monde le mettait sur le toit du monde… Gouiri est dépendant de ses partenaires, de ses capacités physiques aussi. Mais il n’est pas le seul, à toutes les lignes, il y a des déceptions, des cadres très loin de leur niveau. En revanche, si par bonheur l’OM vient à l’emporter contre Lyon dimanche prochain, la saison peut basculer. Dans ces situations de crise, où l’on doute de tout, une victoire de prestige, face à un concurrent direct, peut être le déclic.
Est-ce que le sursaut peut aussi passer par un changement d’équipe, relancer des joueurs qui jouaient moins avec le précédent coach ?
Il faut concerner tout le monde, ça oui. C’est impératif pour s’en sortir dans ce type de situation. C’est une sensation, cela passe par des petites discussions. Ce n’est pas la peine de s’étendre. Pour nous, c’était encore plus compliqué qu’aujourd’hui. Outre les deux compétitions, le championnat et la Ligue Europa, il y avait des joueurs qui n’étaient pas qualifiés en coupe d’Europe, d’autres blessés ou suspendus… C’était un vrai casse-tête.
Là, sauf mauvaise surprise, Habib Beye aura un groupe au complet pour affronter Lyon. À lui de ne pas se tromper sur les joueurs qu’il va choisir. Surtout, il doit faire comprendre à chacun qu’il est avec lui.
La Provence