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Beye, tout et son contraire
La Provence
Le coach de l'OM semble incapable d'appliquer sur le terrain le discours qu'il déroule en permanence devant les médias, alors que les paris tentés samedi à Lorient ont été désastreux.
La séquence laisse perplexe. À une vingtaine de minutes du coup d’envoi, alors que ses joueurs s’échauffaient derrière lui, Habib Beye s’est présenté sur le plateau installé en bord terrain par le diffuseur, comme l’oblige le dispositif TV. Son homologue Olivier Pantaloni s’est d’ailleurs prêté au même exercice quelques instants plus tôt. Entouré de la Marseillaise Louisa Necib ou de Luis Fernandez, le coach de l’OM s’est penché sur le match à venir, puis il a digressé, livrant une analyse, comme la veille en conférence de presse, du quart de finale de Ligue des champions entre le Bayern Munich et le Real Madrid. Inspiré par le jeu "déstructuré, restructuré" des deux équipes, il a confié son souhait de pratiquer le même. À se demander qui était le consultant le temps d’un instant.
"J'assume mes erreurs"
La démonstration n’a rien de problématique. Comme il sait l’être micro à la main, l’ancien international sénégalais, est brillant quand il s’agit d’analyser du football et d’expliquer ce qu’il veut mettre en place pour l’OM. Mais quand une telle séquence, quelques minutes avant une rencontre, est suivie d’une humiliante défaite à Lorient (2-0) où les Marseillais n’ont strictement rien montré, où tous les choix ont été désastreux, celle-ci prend un autre sens. C’est tout le problème d’Habib Beye, incapable d’appliquer à son équipe les discours qu’il aime dérouler à longueur de temps.
La veille déjà, interrogé sur ses préceptes de jeu, il avait insisté sur l’importance d’avoir "une équipe protagoniste", sur la "volonté d’aller chercher haut l’adversaire et de presser". Un minimum que n’ont pas fait les siens en Bretagne. Sans parler de "ce curseur entre équilibre et folie" qu’il recherche, de cette "verticalité" dont il veut faire sienne ou de "l’incertitude dans le jeu" pour déstabiliser l’adversaire. À Lorient, par ses choix, c’est surtout ses propres joueurs qu’il a réussi à décontenancer. En alignant un 3-4-3 offensif avec deux pistons (Traoré et Paixao) censés alimenter le trio d’attaque Gouiri-Greenwood-Aubameyang, il a eu tout faux. Il a aussi donné l’impression d’avoir déjà perdu le fil d’une mission commencée il y a deux mois à peine. Illustration : alors qu’il a loué 24 heures plus tôt le travail réalisé par son groupe la semaine à Marbella (Espagne), il a estimé dans la foulée de la défaite qu’il ne fallait "pas prendre en compte le stage".
"J’assume mes erreurs dans mes choix, mais j’espère que mes joueurs sauront aussi ce qu’ils ont fait", a-t-il livré en conférence de presse dans la foulée de la prestation cataclysmique des siens. Quelques minutes plus tôt, le directeur sportif Medhi Benatia, qui l’a choisi, avait fait allusion à son coach dans le même registre : "Je n’ai pas de doute que le staff va dire que c’est de sa faute, c’est à la mode, je ne peux pas lui en vouloir. Tous les coaches étaient comme ça, Roberto faisait pareil, il aimait bien couvrir les joueurs. C’est bien de les couvrir, moi aussi je les aime beaucoup, ce sont des super mecs mais les prestations ne sont pas dignes d’un club comme l’OM." L’intuition était la bonne. Des phrases comme "les choix que j’ai faits ne sont pas les bons ce soir" ou "c’est normal qu’on remette en question mes choix" ont été prononcées.
Alors qu’il présente un bilan très moyen depuis son arrivée (quatre victoires, quatre défaites et l’élimination en coupe de France aux tirs au but contre Toulouse), Habib Beye semble ne pas avoir beaucoup d’options dans les leviers à sa disposition. Benatia a activé celui du travail avec la promesse de "bosser" pendant quatre semaines, quand l’entraîneur a esquissé un changement de politique dans ses choix, où le statut pourrait ne plus beaucoup compter pour les quatre derniers matches.
Un avenir lié à la C1
"Certains leaders doivent être des leaders positifs et constants, pas uniquement quand c’est facile. Mes prochains choix seront faits en fonction de ça. Si on doit aller jouer avec des jeunes, on ira avec des jeunes, parce que c’est une question d’état d’esprit. Il est hors de question de revoir ce visage et de revoir mon équipe à ce niveau-là." Si une qualification pour la prochaine C1 est vitale à l’OM, elle l’est également pour Beye, dont l’avenir dépend en grande partie de la validation de cet objectif. En Bretagne, il l’a rappelé, conscient de sa propre fragilité. "Ce sera un échec pour le club, un échec pour les joueurs et un échec pour moi."