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Olympique de Marseille : depuis six mois, plus rien n’est classique
FOOTBALL. L’OM, qui accumule les défaites, reçoit le PSG (20 h 45) dans un contexte de crise financière et d’inquiétude des supporters. Cerné par les instances, Frank McCourt a décrété une diète nécessaire mais périlleuse.
Près des plages du Prado, l’ambiance est aux sueurs froides dans les locaux du nouveau siège de l’OM. Entre le 1er mars, date de la révélation dans le JDD de l'organigramme intérimaire qui allait boucler une saison chaotique, et le 1er septembre, celle de la fin d’un mercato à onze départs et zéro arrivée, une première dans son histoire centenaire, le club provençal a vécu une séquence dont les effets sportifs et financiers sont encore difficiles à mesurer.
Tout s’est précipité dans les brumes d’une affreuse soirée brugeoise, le 28 janvier. L’OM a lamentablement failli sur le terrain (3-0) mais, à un but près, les coéquipiers de Mason Greenwood sauvent tout de même les barrages de la Ligue des champions, source vitale d’ambition sportive et de millions d’euros. Près du banc de touche, les Olympiens n’attendent plus que le résultat de Benfica-Real Madrid. À 3-2 pour les Portugais, c’est toujours bon. Mais à la 98e minute, le gardien lisboète Trubin place une tête gagnante qui sauve les siens (4-2) et condamne l’OM à distance. Le ciel tombe sur la tête de la délégation emmenée par un Pablo Longoria livide. « Ce soir-là, on a compris qu’un cycle allait s’achever », raconte un présent.
Les semaines qui suivent sont surréalistes. Le coach italien Roberto De Zerbi, longtemps introuvable au lendemain de l’élimination, démissionne douze jours plus tard. Le directeur sportif Mehdi Benatia annonce son départ dans la foulée, avant d’être rattrapé par Frank McCourt pour boucler la saison. Longoria, dont la gestion acrobatique était dans le viseur, est mis de côté ; il quittera l’OM en mars. Le « projet sur trois ans » dévoilé par le propriétaire dans nos colonnes en juin 2024 n’aura duré que vingt mois. Nommé entraîneur avec une feuille de route limpide – la Ligue des champions pour calmer la grogne de supporters en plein dégagisme et amortir l’inévitable sortie de route budgétaire qui s’annonce –, Habib Beye ne décroche qu’un strapontin pour la bien moins lucrative Ligue Europa. L’échec est patent, la fête est finie, l’alerte rouge comptable déclenchée.
Depuis sa prise de pouvoir en octobre 2016, il y a bientôt dix ans, Frank McCourt a investi environ 750 millions d’euros dans l’OM. Une somme colossale qui n’a pas apporté le moindre trophée malgré quelques accessits : une finale de Ligue Europa en 2018, une demi-finale en 2023 et trois places de dauphin du PSG en L1 en 2020, 2022 et 2025. Bien maigre pour le deuxième budget du foot français. Cela n’a pas empêché l’homme d’affaires de continuer à accorder une confiance quasi aveugle aux hommes qu’il installait aux commandes, validant des transferts et des salaires parfois mirobolants tout en rassurant chaque été les instances sur sa solvabilité. « McCourt a trop laissé les dirigeants jouer au poker avec son argent, estime un ancien du club. Achats de joueurs étalés sur plusieurs années, système de prêts poussé à son paroxysme, multiplication des mouvements à chaque mercato... La situation budgétaire ne pouvait que devenir intenable avec des droits TV domestiques au plus bas et des absences en Ligue des champions. McCourt n’est pas le Qatar, il n’a pas une ligne de compte infinie. »
En 2022, les Marseillais s’étaient engagés vis-à-vis de l’UEFA à réduire leur déficit à 60 millions d’euros sur trois ans sous peine de lourdes sanctions. Ont-ils oublié l’échéance ? Se sont-ils crus intouchables ? Le 17 juin, la sentence tombe : l’OM, qui a accusé des pertes de 105 millions pour l’exercice 2025, est condamné à 10 millions d’amende et une exclusion des Coupes d’Europe s’il ne revient pas dans les clous dès 2027. « Frank et le nouveau président Stéphane Richard se sont démenés, sinon le club n’aurait même pas été inscrit cette année », souffle-t-on en interne. Stéphane Richard, donc. L’ancien PDG d’Orange a pris ses fonctions début juillet. Dans son vaste et sobre bureau au troisième étage du ForOM, le nouveau bâtiment administratif sur l’avenue du Prado, le sexagénaire multiplie réunions et rendez-vous pour enrayer la spirale. Lors de son intronisation, il parlait de « dream job » (« boulot de rêve »). Le voilà les mains dans le cambouis, contraint d’incarner cette phase ingrate d’austérité générale appelée à durer « deux ou trois ans », autrement dit une éternité dans la capitale de l’impatience.
Cet OM au régime sec peut-il encore être ambitieux ?
En ville, il se murmure que Rodolphe Saadé, le tout-puissant patron de l’armateur CMA-CGM, réfléchirait à la meilleure façon d’aider l’OM à sortir de l’ornière. Mais celui qui affiche déjà son groupe sur le maillot blanc ne rachètera pas le club. « Sa phobie, c’est d’avoir les ultras en permanence au pied de sa tour », sourit un acteur économique. Adidas devrait redevenir dès l’an prochain l’équipementier de l’OM, remplaçant avantageusement Puma. Les pistes menant au golfe Persique sont également explorées. Tout est envisagé pour générer de nouvelles ressources, car après avoir de nouveau injecté 120 millions au premier semestre, McCourt a fermé le robinet pour de bon.
Genesio ne lâche pas
À 73 ans, le boss ne veut pas lâcher cet OM auquel il s’est attaché. Il cherche toujours des partenaires stratégiques pour l’épauler, mais accuserait quand même le coup, préoccupé par la situation et lassé par tant de vents contraires, banderoles insultantes du Vélodrome incluses. « Il a peut-être cru qu’il avait acheté l’équivalent d’une franchise de sport américain, s’autorise un élu local. Quelqu’un lui a-t-il dit avec franchise ce que représentait l’OM à Marseille et comment gérer un club de football ? Ceux qui l’ont conseillé ? Ceux qui lui ont vendu le club ? Et pourquoi vient-il aussi peu souvent ici ? »
Un malheur ne venant jamais seul, la DNCG, le gendarme financier du foot français, a également pris des mesures spectaculaires, obligeant l’institution phocéenne à réduire de près de moitié sa masse salariale. Pour l’instant, en dépit de plusieurs ventes majeures (Greenwood, Medina, Timber), le compte n’y est pas et l’OM est paralysé marché des transferts. L’expérimenté et très apprécié entraîneur Bruno Genesio, grosse prise de l’été, a de plus en plus de mal à cacher son amertume, devant bricoler avec un effectif minimaliste. Le dossier du départ provisoirement avorté de l’ailier vedette Paixao est symptomatique. Selon nos informations, à dix minutes près, le Brésilien filait à Sunderland pour 30 millions d’euros. Il aurait fallu toute la force de persuasion de Stéphane Richard et du directeur sportif Greg Lorenzi pour convaincre l’aréopage des proches de Frank McCourt de faire machine arrière. « S’il avait été transféré, Genesio aurait sans doute démissionné », confirme-t-on sur les hauteurs de la Commanderie. Le Lyonnais est resté et a confirmé hier en conférence de presse qu’il poursuivrait son travail après la trêve, quel que soit le résultat face au PSG.
Quant à l’ondoyant Paixao, il sera ce soir sur la pelouse mais le « CEPAC Vélodrome », nouveau naming bancaire régional ayant succédé à Orange, ne devrait pas faire le plein. Pour la première fois depuis des lustres, le classique du championnat de France n’a pas fait sauter la billetterie. Les supporters de l’OM, qui se sont pourtant réabonnés en masse (49 000 tickets annuels vendus, espaces VIP compris), vivent mal ce début de saison saumâtre et craignent une dégelée face aux doubles champions d’Europe. « On a les moyens d’inquiéter les Parisiens », veut croire Genesio. En passant devant l’enceinte du boulevard Michelet, on aperçoit encore les affiches annonçant les matchs amicaux du mois d’août, et d’autres mettant en scène Balerdi et Aubameyang, têtes de gondole parties sous d’autres cieux. Comme si le temps s’était étrangement arrêté, alors qu’il n’a jamais autant pressé.