Ligue des champions| Bruges - OM (J-1) Guy Goethals, le fils de l’entraîneur champion d’Europe en 1993, se confie sur la période phocéenne de son paternel.
Des noms appartiennent à l’histoire, et d’autres continuent de battre dans la mémoire. Décédé en décembre 2004, Raymond Goethals est de ceux-là, éternel entraîneur de l’OM champion d’Europe en 1993. Mais derrière la silhouette du technicien légendaire, sa mèche noir corbeau, il y avait un père, un homme.
Son fils Guy, ancien arbitre international, rassemble ses souvenirs à l’heure où Marseille se prépare à jouer sa qualification pour les barrages de la Ligue des champions, ce mercredi à Bruges, en Belgique.
En famille, comment votre père parlait-il de l’OM au début des années 1990 ?
GUY GOETHALS. Toujours avec tendresse et passion. C’était une histoire d’amour et de déraison. Il a vécu à Marseille une période de sa vie extrêmement positive. L’OM, ça a fait le tour d’Europe, du monde. Marseille est arrivé quand il avait près de 70 ans.
À Marseille, avait-il le sentiment d’avoir trouvé un environnement à sa démesure ?
Son folklore bruxellois s’est très bien marié avec le folklore de Marseille, une ville un peu particulière. Elle vit pour le foot. Il était totalement en phase car chez lui, aussi, ce sport occupait toute la place. Le reste, il s’en fichait. Le football était sa vie, son oxygène. Un lien presque un peu abusif. Il est de bon ton de parler d’une alchimie avec les Phocéens.
Où vivait-il à Marseille ?
Au Palm Beach, un hôtel en bord de mer posé à proximité du Vélodrome. Il y était comme un poisson dans l’eau et y jouait régulièrement à la belote, son jeu de cartes favori, très apprécié aussi des Marseillais, avec les employés de l’établissement. Il se sentait chez lui et avait toujours quelque chose à raconter. Il avait en lui cette richesse. Cet art du récit. Ce soupçon d’exagération. Pour les médias, c’était aussi un excellent client.
Il a su rapidement faire oublier Franz Beckenbauer, son prédécesseur, champion du monde quelques mois plus tôt avec l’Allemagne…
Franz était plus rigide. Il ne communiquait pas de la façon la plus optimale et ne parlait pas un mot de français. Le contraste entre les deux était saisissant. Mon père, avec son bagout, parvenait à faire passer son message et il donnait une image positive.
Quel technicien était-il ?
Papa était un scientifique. Il savait lire dans les cartes des autres comme il devinait, déchiffrait les intentions des clubs adverses. J’ai notamment en mémoire tous ses schémas tactiques élaborés avant la fameuse finale de Munich. Il les dessinait parfois sur des petits cartons de bière ou des nappes en papier.
Avez-vous le souvenir d’une anecdote qu’il racontait souvent à propos de son passage à l’OM ?
Avant un match, il communique la composition de l’équipe et demande aux joueurs s’ils ont quelque chose à exprimer. Éric Cantona, remplaçant ce jour-là, prend la parole et dit : « On ne met pas Canto sur le banc. » Mon père lui a répondu : « Prends une chaise et assieds-toi à côté, alors. »
Après la victoire de 1993, sentiez-vous que quelque chose avait changé en lui ?
Ça a été une apothéose, le summum de sa carrière. Il est parti au meilleur des moments, par la très grande porte, mais ça n’a pas changé sa philosophie de tous les jours. Pas plus ses habitudes, ni son franc-parler d’ailleurs.
Lorsque les années ont passé et que sa carrière était derrière lui, en quels termes évoquait-il encore sa période marseillaise ?
Avec un peu de nostalgie et énormément de fierté aussi. Ces deux sentiments ont continué à l’accompagner jusqu’à la fin. L’OM était un souvenir impérissable.
De l’intérieur, à travers ce qu’il vous racontait, comment décririez-vous sa relation avec Bernard Tapie ?
Quand Tapie était en colère après lui et imaginait s’en séparer, papa lui glissait le plus calmement du monde : « Écoutez, président, il n’y a aucun souci, la vie est belle. Un avion m’attend je le prends demain matin et une grosse heure plus tard je suis chez moi à Bruxelles. » Il y avait beaucoup de respect entre eux. De la complicité aussi. Mon père savait s’y prendre en laissant croire à Bernard que c’était lui qui détenait toutes les grandes décisions tactiques. Ensemble, avec Jean-Pierre (Bernès, le directeur général), ils ont construit un édifice qui est allé au sommet.
Avait-il, à votre connaissance, un ou plusieurs chouchous dans cette équipe championne d’Europe en 1993 ?
Il ressentait de l’affection pour tous ses joueurs, mais il aimait beaucoup Basile (Boli). Son fer de lance, avec son caractère et sa fougue caractéristiques.
S’il revenait aujourd’hui au Vélodrome, qu’est-ce qu’il regarderait en premier : la pelouse, le banc de touche… ou la tribune, pour écouter encore une fois battre le cœur de Marseille ?
Le banc était important pour lui, mais il s’intéresserait surtout à l’équipe actuelle de Marseille. Il chercherait à voir ses défauts, ses qualités afin de pouvoir éventuellement donner ensuite un avis autorisé pour apporter du positif.
Stade olympique de Munich, le 26 mai 1993. À jamais le premier. L’entraîneur belge Raymond Goethals soulève le trophée européen remporté par l’OM. PictureAlliance/Icon Sport PictureAlliance/Icon Sport
Le Parisien










