J 6 | EL (groupes) OM-Apollon Limassol : vis ma vie de Rudi

Un petit tour et puis s’en va ! Tel fut le funeste parcours de l’OM en Europe cette saison. Récent finaliste (vu l’indigence des prestations récentes on fini par se demander si un alignement des planètes incroyable n’a pas eu lieu la saison dernière…) le club olympien s’est donc fait lamentablement toiser par tous ses adversaires en phase de poules d’Europa League. Mais plutôt qu’une énième chronique incantatoire pour réclamer des gonades et de l’engagement, voyons comment on peut aborder une telle rencontre, sans enjeu sportif, quand on s’appelle… Rudi Garcia !

Jeudi 13 décembre, une villa cossue et paisible aux abords de Marseille, les premiers rayons du soleil s’annoncent alors que dans la grande chambre du premier étage, un smartphone s’époumone dans son rôle de réveil sur un air de Jacques Dutronc : « Il est cinq heures…. Rudi…. s’éveille ! »

« Faut vraiment que je change ce réveil à la c** ! » grogne soudain le propriétaire du téléphone. Il se redresse, sort de sa couche et se dirige, au radar, vers son cabinet de toilettes. Le néon blafard au dessus du miroir donne enfin de l’épaisseur aux traits de l’homme, qui se regarde, se scrute, un petit sourire satisfait se dessine sur ses lèvres, et, comme un mantra, il répète sa phrase rituelle « Allez Rudi, c’est toi l’boss ! »

Alors qu’il est sur le point d’avaler son café brûlant, petit héritage de ses années romaines, la belle brune qui lui sert de faire-valoir et accessoirement de compagne s’adresse à lui, avec une pointe de dépit dans la voix. N’entendant rien à ce qu’elle raconte à cause de son percolateur, il se dirige alors vers la salle à manger. « Qu’est ce qu’elle me veut encore cette truffe… pourquoi il a fallu que je fasse le beau avec ma guitare… elle me lâche plus maintenant ! Heureusement qu’elle est canon ! » Se dit il, comme souvent, trop souvent à son goût, en son for intérieur. Arrivé près d’elle, il lui demanda de répéter ses propos, ce que la pulpeuse italienne fit avec un accent charmant.

« Il faut que tou arrête Roudi ! Ils né méritent pas ça mi amore ! » dit-elle en pointant son doit vers trois silhouettes tremblantes qui se tenaient près de la baie vitrée.

« Ben moi ça me fait rire ! Et puis ils n’avaient qu’à pas être assez c*** pour accepter un truc pareil » rétorqua Rudi, en éclatant de rire.

« Tou pourrais au moins les nourrir… per favore mio caro. » répondit sa compagne, les yeux tristes.

« Bon ça va, je leur file à manger et tu me lâches avec ça ! »

La belle brune poussa un soupir de soulagement, alors que Rudi se saisissait d’une grande écuelle qu’il prit soin de remplir des restes de son osso bucco de la veille et alors qu’il commençait à faire glisser la vitre sur son rail, les trois silhouettes se fixèrent, toutes trois droites comme des I. Rudi commença alors à siffler avant de s’adresser aux destinataires de la gamelle :

« Alors les pèpères, pas trop froid ? Qui c’est qui va manger une bonne gamelle ? Kostas, Duje, Nemanja, sages ! Qui c’est qui aura droit à du temps de jeu s’il survit à l’hiver devant ma fenêtre ? Oui, c’est des bons garçons ! » dit-il tout en caressant les tignasses des trois hommes transis de froid. Il rigola une nouvelle fois en s’extasiant de leur bonne volonté teintée de bêtise. Manquerait plus que je les laisses jouer régulièrement ceux là !

Il jeta à ses trois joueurs un dernier regard malicieux avant de rejoindre sa voiture. Alors qu’il était sur le point de démarrer, il récupéra, comme chaque matin, une enveloppe sous son essuie glace. Il l’ouvrit, l’air las, pour y découvrir, le même message que chaque matin depuis plus d’un an, rédigé avec un collage de lettres découpées dans les journaux : « Met Valère en pointe où sinon tout le monde saura qui était ton père ! » après quoi il jeta un œil distrait au bas de la lettre, où, toujours découpées dans des coupures de presse, étaient collées deux lettres « V.G. ».

Faudra vraiment que je lui explique le principe de la lettre anonyme à celui là… et aussi qu’un jour je lui avoue que je me foutais de sa gueule quand je lui ai dit que j’étais le fils du Sergent Garcia ! Pensa-t-il, en rangeant la lettre, avec les autres, dans la boite à gant de son véhicule.

Dans l’intimité de sa Hyundai de direction, le coach olympien pensait à voix haute à la composition qu’il allait mettre en place pour affronter l’ogre chypriote :

« Qu’est ce que je vais bien pouvoir bricoler avec cette bande de chèvres !? J’ai beau leur expliquer que je veux qu’ils jouent au football, voilà qu’ils me demandent des schémas de jeu, des tactiques ! Et pourquoi pas faire du coaching pendant qu’ils y sont ?!? ». Arrivant devant l’entrée de la commanderie, il constata que des peintres étaient à pied d’œuvre pour recouvrir le quatrième tag « Garcia casse toi » de la semaine sur le mur d’enceinte du complexe. Il passa sans même regarder le peintre qui pourtant le saluait d’un joli majeur tendu vers le ciel !

A peine stationné, il fut assailli par Andoni Zubizaretta, qui attendait impatiemment son arrivée pour lui remettre des dossiers :

« Roudi, yette un œil, c’est tout des nouveaux youeurs que yé trouvé pour faire lé neuf, lé latéral izquierdo, et sourtout lé plous important, lé gardien dé boutte, parce qué tou sais que yé été oune grand gardien dé boutte moi ! »

« Ouais je sais, je sais… t’as joué au Barca… bon je yéterrais un œil ! » répondit Garcia, tout à la fois pour se moquer de l’accent du basque, que pour s’en débarrasser ! Un jour faudra qu’on explique à quoi il sert celui-là ! marmonna-t-il entre deux pensées sur la meilleure manière de pourrir la vie de Luiz Gustavo qui avait eu l’outrecuidance, quelques jours auparavant, de tenter de rappeler ses partenaires à leurs devoirs, alors que c’était à lui, le Grand Rudi, de décider du bon moment pour ça ! Considérant que ses joueurs ne méritaient pas sa parole d’or, il était en tous les cas certains que ce ne serait pas pour aujourd’hui !

L’air las, il entra dans son bureau et observa avec délectation la séance d’échauffement musculaire intense qu’il avait demandé à Paolo Rongoni de mettre en place pour faire suer Mandanda comme il se doit ! Il alluma donc son ordinateur et consulta ses mails. L’un d’eux était une plainte déchirante de Mino Raiola qui le suppliait de convaincre son président de rouvrir le dossier Balotelli, précisant que s’il jouait mal en ce moment c’est parce qu’il était déçu de ne pas être venu à l’OM.

« T’as raison mon c** ! Quand je veux j’ai Icardi plutôt que ton tocard ! Faut juste que j’en ai envie, et j’ai pas envie, Valère est parfait pour mon système de jeu, et Kostas est nickel pour garder ma porte ! » Déjà usé de son début de journée, il ferma sa boite mail et cliqua sur l’icone noire frappée d’un « N » rouge et après quelques secondes d’hésitation, il décida de poursuivre la lecture de « Narcos », se sentant en phase avec la personnalité de Pablo Escobar, un homme, un vrai, comme lui ! Fort de cette considération, il se laissa aller dans son grand fauteuil de cuir, et après quelques minutes, épuisé par un labeur aussi intense, il s’assoupit.

Il ne fut tiré de son sommeil que par les coups, discrets, mais répétés, à sa porte. Réveillé en sursaut, il se redressa brusquement, et après s’être frotté les yeux pour ne pas paraître endormi, il autorisa son visiteur à entrer. JHE passa la porte d’un pas décidé, et se dirigea énergiquement vers lui :

« Alors Rudi, t’en es où de ta compo pour ce soir ? »

« Je tiens le bon bout, c’est ambitieux, novateur, et franchement s’ils n’arrivent pas à gagner avec ça, c’est vraiment qu’ils ne sont bons à rien ! »

« Depuis le temps que je dis que tu es l’homme de la situation ! Bon allez je ne te déconcentre pas plus longtemps, je sais que tu as besoin de calme pour exploiter au mieux ton génie tactique ! A plus tard… mon champion ! »

Rudi lui adressa un regard plein d’emphase tout en appréciant les compliments de son patron. C’est quand même bon d’être reconnu à sa juste valeur ! se dit-il. Il jeta un œil distrait à sa montre, et constatant qu’il était plus de seize heures, se dit qu’il serait peut-être effectivement temps de préparer sa composition pour le match qui devait se tenir dans moins de trois heures. Il ouvrit donc la double porte de la grande armoire se trouvant en face de son bureau, dévoilant donc son système de sélection : à l’intérieur de la porte de gauche, les divers schémas utilisables, et à l’intérieur de la porte de droite, les noms de l’effectif olympien. Pour s’assurer les meilleures chances de victoires, et ce malgré l’inutilité sportive du match à venir, il choisit d’utiliser sa botte secrète.

A cet effet, il ouvrit un des tiroirs de son bureau et en sorti une petite trousse de laquelle il tira un bon paquet de fléchettes et ajusta sa visée vers la porte de gauche avant d’effectuer un lancer. Constatant le résultat, il choisi néanmoins de procéder à un nouvel essai « Le 2-3-1-4 c’est non ! le monde n’est pas prêt » marmonna-t-il. Après trois nouveaux essais insatisfaisants, il accrocha enfin un bon vieux 5-3-2, ambitieux et sécurisé vu les performances actuelles de sa défense.

Après plusieurs lancés sur la porte de droite il tenait enfin sa composition, a l’exception d’un joueur.Cela tombait bien, il lui restait une fléchette à lancer. Il s’approcha alors de la liste, et quand il fut à une distance qui lui permettait presque de toucher le dernier nom en tendant le bras, il lança la le projectile en direction du nom qui était écrit au moins dix fois plus gros que tous les autres. Et voilà mon petit Valère, t’es encore titulaire ! T’es couillon, tu me crains, mais j’t’aime bien ! pensa-t-il avec satisfaction.

Une nouvelle fois harassé par son travail intense, il se rendit au bus de l’équipe, et après s’être assis à sa place, se laissa à nouveau aller dans les bras de Morphée.

« Quel boulot de dingue quand même ! Si les supporteurs savaient à quel point c’est compliqué d’entraîner l’OM, on les entendrait moins ! »

 

 

Gageons tout de même que cet avant-match aux accents parodiques ne reflète pas la réalité (c’est à espérer…) et que même si notre club et nos cœurs sont en souffrance par les temps qui courent, il existe tout de même un vrai professionnalisme, une vraie réflexion chez nos dirigeants, dont le but est de nous sortir de l’ornière dans laquelle nous sommes actuellement.

Ce match sans enjeu pourrait être une bonne occasion de repartir du bon pied, si tant est que les joueurs et leur coach s’en donnent les moyens. Comme toujours, et surtout quand ça va mal  : allez l’OM !

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A propos de Ragnarok


Juriste de raison, confiseur de métier, ancien habitant du bassin parisien repenti en Marseillais pur sucre qui n'a toujours vibré que pour l'OM. Joueur occasionnel au Z5 (option « pieds carrés et contrôles aléatoires » incluse), et désormais fier rédacteur de Massalia Live !
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Une Réponse pour J 6 | EL (groupes) OM-Apollon Limassol : vis ma vie de Rudi

  1. Merci, merci infiniment d’ avoir réussi à me faire pleurer de rire dans cette saison tragique