Beaucoup de vides

Chaque jour qui passe lors de ce confinement unique dans notre histoire contemporaine, nous rapproche inexorablement d’une issue. Le gouvernement ayant fixé la date du 11 mai comme première étape de déconfinement, toute la sphère économique hexagonale se met en ordre de bataille pour sortir de la léthargie dans laquelle elle est plongée depuis plus d’un mois maintenant.

Bien entendu, notre très chère Ligue Professionnelle de Football n’échappe pas à la règle. Quand va-t-on reprendre ? dans quelles conditions sanitaires ? Avec ou sans spectateurs ? L’aspect économique prévaut-il sur l’aspect sanitaire ? Autant de questions que tout le monde se pose et qui restent à ce jour sans réponse ou presque. Car sur certains points, même s’il apparaît évident que nos gouvernants, scientifiques en tête, naviguent à vue, certains se sont clairement positionnés et les différentes instances commencent à élaborer des scénarios.

Sous… vides

Pour la plupart des présidents de clubs professionnels, le manque à gagner est tel, que pour eux la reprise est une évidence. On doit finir les championnats de football professionnel. Les pertes des droits tv sur les deux mois de compétitions représentent tellement d’argent – pour l’OM environ 5M€ mensuel – qu’il est impossible de s’en passer. Cela démontre que les budgets de nos clubs sont -trop- dépendants de ces fameux droits d’une part, mais cela démontre aussi à quel point les budgets sont en flux ultra tendus. À ce jour, le seul club qui, financièrement, pourrait se permettre de ne pas finir le championnat est le club de la capitale et encore que vu la chute vertigineuse du cours du baril de pétrole brut, le manque à gagner pour l’état qatari risque de devenir épineux.

Il semble donc évident que les championnats iront à leur terme mais dans quelles conditions ? Et sur quelles dates ?

La France n’est d’ailleurs pas la seule à avoir ce casse-tête. À ce jour deux ligues ont déclaré forfait et ont abandonné toute idée de reprise de leur championnat pour cette saison. Les Pays-Bas et la Belgique. De son côté l’Allemagne, dont on ne cesse de vanter la gestion de crise, s’apprête à reprendre le 9 mai dans des stades vides. L’Angleterre envisage également une reprise à huis clos mais avec des matches diffusés en clair. L’Italie et l’Espagne, pays les plus touchés en Europe n’ont pas encore avancé de date ni de plan, mais le sulfureux président de la Liga Espagnole, Javier Gomez, s’est déjà prononcé pour une reprise coûte que coûte.

En ce qui nous concerne, nos dirigeants ont proposé un plan de reprise avec un mois de préparation et démarrage des compétitions en juin. Et le président de la FFF, Noël Le Graët s’est exprimé : « J’ai demandé que la Coupe de France soit le premier match le 13 ou le 20 juin. Je veux qu’on reprenne la saison avec cette épreuve. Il y aurait une valeur symbolique à cela, car il s’agit de la compétition des amateurs et des professionnels.

Le message envoyé serait positif. Ça me paraît, en outre, plus judicieux que de la noyer au milieu d’un calendrier avec des matchs tous les trois jours. Derrière, on disputerait la finale de la Coupe de la Ligue avant de redémarrer les championnats de Ligue 1 et Ligue 2. Des équipes dédiées à la Ligue et à la Fédé doivent désormais remodeler un le calendrier »

Vide sanitaire

Bien entendu ce plan de reprise est accompagné d’un plan sanitaire complet afin de préserver au mieux les acteurs principaux du football, à savoir staff et joueurs. Un bilan complet est proposé et des tests systématiques au Covid-19 seront mis en place. Mais quid du citoyen lambda qui est enfermé depuis plus d’un mois et qui s’apprête à reprendre son travail le 11 mai ?

Comment justifier qu’on va placer au-dessus certaines personnes par rapport à d’autres ? On va nous avancer le besoin impérieux de sauver une économie, mais que se passera-t-il au premier cas de joueur testé positif au Covid-19 ? Et pourquoi le besoin de sauver le foot, serait plus important que celui de sauver la restauration ou encore le tourisme qui se trouve en immense difficulté ?

Comment assurer les déplacements si les aéroports ne reprennent pas une activité normale ?

On entend clairement les voix des dirigeants de clubs et instances officielles plaider pour une reprise, mais quand on est en face d’une crise sanitaire de cette ampleur, est-ce bien raisonnable ?

Et qu’en est-il de l’équité sportive ? Car il est évident que les matches se joueront à huis clos afin de préserver les gens d’une contamination éventuelle, alors qu’on s’apprête à les « relâcher » en masse dans des métro bondés munis d’un…masque en tissu. On ré-ouvre les écoles et les cantines mais pas les restaurants. Elle est où la logique dans tout ça ? Et le bon sens ?

Le fait est que chaque jour nous apprenons des choses nouvelles sur ce virus et que clairement pour le moment, tant qu’il n’y aura pas de vaccin ou de traitement efficace, les gens seront en danger. Il est très compliqué pour un peuple tel que le nôtre de respecter les fameux gestes barrières parce que cela n’est pas dans nos automatismes de garder une certaine distance.

Le bon sens voudrait donc que toutes les activités sportives ne reprennent que quand nous serons assurés que joueurs, dirigeants spectateurs pourront se rendre dans les stades en toute sécurité.

D’ailleurs le syndicat des joueurs, s’est exprimé par la voix de son co-président Sylvain Kastendeuch, l’ancien défenseur messin, contre une éventuelle reprise mettant en avant les risques de blessures musculaires à répétition pour des athlètes de haut niveau.

Stades vides

Les matchs de championnat se joueront donc à huis clos. Qu’en est-il de l’équité sportive ? Sans faire de moquerie facile et parce que c’est un fait, il y a des clubs qui ont un public qui répond toujours présent et d’autres, qui jouent régulièrement à domicile, dans un stade peu rempli. Pour prendre des extrêmes, Marseille et Monaco. Est-ce juste pour l’OM de jouer sans son public ? Et pour les supporteurs, avec lesquels j’ai pu discuter, il est évident que leur présence est tout aussi impérieuse que le besoin de relancer l’économie du football.

Et si c’est pour gagner d’un côté avec les droits TV en faisant une croix sur les recettes de billetterie, celles de merchandising et celles des points de restauration, sans parler de toute l’économie parallèle autour d’un stade, tout ça pour faire satisfaire des diffuseurs. La balance est-elle vraiment positive ?

Et les abonnés dans tout ça ? Parce qu’il va bien falloir trouver une solution pour eux aussi. Certes, il ne restait que cinq match à domicile dont un Clásico – faut-il le rappeler ? – mais ça veut dire encore un effort financier des clubs soit sous forme de remboursement, soit sous forme d’avoir pour la saison suivante en cas de réabonnement. Et justement, la saison suivante, qui voudra se réabonner en juin, sans avoir la certitude qu’en août, il pourra de nouveau assister à des matches de football ?

Rappelons que dans le cas de notre club, cette crise sanitaire tombe, par malchance, l’année où le club avait enfin réussi à récupérer la gestion de l’enceinte du Boulevard Michelet. Donc non seulement le manque à gagner est important, mais les coûts d’entretien de la structure et le loyer dû à la ville continuent de courir. Par ailleurs, la billetterie du football n’est pas la seule au Vélodrome. Il devait y avoir des concerts fin mai et début juin.

Beaucoup vont penser et même dire, comme l’inénarrable président lyonnais qui s’est énormément exprimé depuis le début de cette épidémie – qui par bonheur ne l’aura pas emporté – que ne pas reprendre arrangerait l’Olympique de Marseille, mais JH Eyraud s’est également prononcé en faveur d’une reprise à la condition de respecter l’aspect sanitaire pour tous les acteurs.

L’OM n’a absolument pas volé sa seconde place et je peux comprendre l’acharnement de certains à vouloir reprendre tant l’enjeu financier est énorme pour la saison en cours mais également pour celle à venir où un nouveau diffuseur doit faire son apparition.

En définitive, on peut légitimement se poser la question s’il est sérieux d’envisager de rejouer au football cette saison, alors qu’à l’heure où nous écrivons ces lignes, il y a encore plus de 300 personnes qui meurent chaque jour de cette maladie, que plus de 4500 sont encore en réanimation, que le bilan global des victimes se porte pour le moment à plus de 22 000 décès.

 

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A propos de Tacle Glacé


Supporteur de l'OM depuis sa naissance et même avant j'étais un spermatozoïde engagé !
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6 Réponses pour Beaucoup de vides

  1. Merci de combler le vide que nous laisse l’ absence de matchs de notre OM et notre frustration de ne pouvoir nous défouler sur les passes ratés et les pieds carrés de nos stars !!!!