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Coup de coeur, coup de gueule, coup de blues : Florian Thauvin, des années OM qui vont faire ressurgir un torrent d'émotions
De retour au Vélodrome ce samedi (match à 21h05), l'attaquant du RC Lens Florian Thauvin sera submergé par les émotions. Il a passé sept saisons et demie en Provence, alternant les heures glorieuses et les moments pénibles. Une existence de Marseillais, en somme.
Le 25 octobre, dans les couloirs frisquets de Bollaert, il peinait à masquer son émoi. « C'était vraiment dur de commencer ce match pour moi, Marseille, c'est mon club de coeur. J'y ai passé la moitié de ma carrière », expliquait Florian Thauvin, également soulagé qu'Odsonne Édouard ait endossé la charge du tireur de penalty lensois pendant la rencontre. Ce samedi soir, la sensibilité va monter d'un cran. « Cela va lui faire tout drôle, il va être touché. Revenir au Vélodrome, dans l'équipe leader du Championnat (avant cette 19e journée), en plus... », souffle Vincent Labrune.
L'ancien président de l'OM a toujours gardé le contact avec un joueur âgé de 20 ans au moment de sa signature, début septembre 2013, après un feuilleton rocambolesque. Plusieurs semaines de bras de fer avec le LOSC, des mois, même, selon Labrune. Il fait remonter l'envie de Thauvin de rejoindre l'OM dès janvier 2013, alors même qu'un transfert entre son club de Bastia et l'institution nordiste est déjà paraphé. Un dossier « lunaire » pour reprendre l'expression fétiche de Labrune : « Rétrospectivement, on a réalisé un truc à la limite de l'inconscience, qui ne l'a pas trop servi. Il était très jeune, ça a lui mis une pression gigantesque sur les épaules. »
Il rêvait d'être le Francesco Totti de Marseille
Il sera un mentor impitoyable à l'été 2015, quand il faudra réduire la voilure et envoyer le padawan en larmes dans la grisaille de Newcastle. « Il est parti à regret, à l'arrache, il ne le voulait pas, se souvient Labrune. Il nous a permis de prendre 17 M€, en cash, et de régler les problèmes de trésorerie du club. Mais, très vite, il s'est mis en tête de revenir. » L'affaire va alors postivement basculer, la bonne volonté va remplacer le rapport de force et les calculs économiques.
Thauvin rentre en prêt et sur la pointe du pied, en janvier 2016, lors de la dernière saison de l'OM version Margarita Louis-Dreyfus, une galère sans nom. Il prend une bouteille de Coca sur la tronche lors d'une défaite mémorable au Vélodrome, un 2-5 face au Rennes d'un minot nommé Ousmane Dembélé (18 ans). Comme les collègues, il se fait traiter de chèvre par les virages, mais il est un peu maso : pour rien au monde, il ne jouerait au football ailleurs. En juillet 2016, il commence le travail de sape à Newcastle et confie son rêve : il veut être le « Francesco Totti » de l'OM. L'emblème. Le fidèle. Le lien.
Un président « lunaire », le moustachu Giovanni Ciccolunghi, entérinera un nouveau prêt, cette fois avec une option d'achat levée en fin de saison par le nouveau propriétaire, Frank McCourt. Entre-temps, « Francesco Thauvin » a échappé à deux malfrats qui ont essayé de l'étrangler pour lui voler sa montre, il s'est révélé sous Rudi Garcia et été appelé en équipe de France. « Il va réussir une seconde partie de carrière à une tout autre échelle, il est de l'épopée du Mondial 2018, dit l'actuel président de la LFP. Il est champion du monde grâce à son retour à l'OM, grâce à sa capacité à jouer sous la pression, à appréhender un contexte aussi complexe. Didier Deschamps l'a aussi choisi pour ça. »
En 2017-2018, l'OM a une attaque de feu, Thauvin affiche des statistiques démentes, 22 buts en L1 (plus 4 en Ligue Europa), 11 passes décisives en Championnat, et Jacques-Henri Eyraud, le nouveau président, le valorise à 80 M€.
Il doit pourtant partager l'affiche avec un autre personnage qui se pense principal. Dimitri Payet. Le partenaire. Le rival. Cette ère, marquée par une finale de Ligue Europa perdue face à l'Atlético de Madrid (0-3) et une quatrième place avec 77 points en 38 journées (!), restera celle d'un duo de flingueurs cohabitant bon gré, mal gré, pendant que Steve Mandanda, proche de Thauvin, compte les points en silence.
Le public marseillais se divise en deux catégories. Les esthètes d'un certain âge vantent les mérites de Payet, oublient que son extérieur somptueux du droit face à Leipzig (5-2 en quarts de finale retour) est précédé d'un but important de Thauvin. Les jeunes férus de statistiques empilent les frappes à la FloTov', répètent son enroulé du gauche façon Arjen Robben depuis le côté droit, sous-estiment la finesse technique de Payet. Le Réunionnais a son tifo, il est un Rolling Stone parfois en surpoids mais toujours prêt à régaler. L'Orléanais est le bon élève au sourire blanc comme la chaux, qui passe chez le coiffeur avant chaque grand rendez-vous du dimanche soir.
Ils tâcheront de se supporter jusqu'au milieu de la saison 2020-2021, celle du huis clos permanent et de la tension irradiante. « Il (Payet) dit devant tout le monde : "Toi, Flo, si tu as un problème avec moi, tu me le dis parce que moi, de ce que je vois, tu joues pour toi. L'année dernière, tu n'étais pas là et ça se passait très bien. Cette année, tu es revenu et ça se passe mal, je ne sais pas si c'est parce que tu es en fin de contrat ou parce que tu veux retourner en sélection, mais tu dois respecter l'équipe" », racontera Thauvin au YouTubeur Zack Nani, en octobre 2024.
Ils n'ont pas vraiment réussi leur fin. Thauvin n'a pas fait une Totti, il est parti libre chez les Tigres du Mexique, en 2021, et le désordre marseillais lui a vite manqué. En 2023, Payet a été mis dehors par Pablo Longoria, un président qui n'aime pas vraiment les vedettes, et encore moins les divas. Ils ont incarné une époque. « Pas la meilleure du club, pas la pire non plus », conclut un ex-coéquipier. Ce samedi, supporters comme suiveurs de l'OM prendront un coup de vieux et une bouffée de nostalgie en contemplant le visage buriné de Thauvin, qui aura 33 ans lundi.