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Retrait de Sébastien Delogu (LFI) à Marseille : “C’est difficile, mais il le fallait”
Actualité
par Coralie Bonnefoy
le 17 Mar 2026
En jetant le gant aux élections municipales à Marseille, Sébastien Delogu prend, dit-il, "ses responsabilités". Acculé au retrait, le candidat insoumis n'avait que peu de marge de manœuvre dans une partie finement jouée par le maire sortant, Benoît Payan.
Sébastien Delogu et une partie de ses colistiers, le 17 mars 2026, lors du retrait de la liste de la France insoumise du second tour des municipales. (Photo : C.By.)
“C’est douloureux, mais c’est la bonne décision”. Réunis devant l’Afriki Djigui Theatri, petite salle de spectacle du cœur de Belsunce, dans le premier arrondissement de Marseille, les militants ne cachent pas leur amertume. Quelques minutes plus tôt, ce mardi 17 mars en fin de matinée, Sébastien Delogu a annoncé le retrait de sa liste dans la course à la mairie centrale. Le candidat de la France insoumise, arrivé en quatrième position lors du premier tour de scrutin, dimanche 15 mars, fait le choix de ne pas figurer au second. Un point de bascule dans cette campagne qui va profondément changer la forme du second tour lequel prenait, jusqu’alors, le chemin vers une quadrangulaire indécise.
Il se retire, explique-t-il, face au risque de voir le Rassemblement national et son candidat Franck Allisio – deuxième avec 35,1% des voix derrière le sortant Benoît Payan 36,7% des suffrages – emporter la ville. Depuis plusieurs jours, et de surcroît après le premier tour, les forces insoumises marseillaises appelaient à une fusion avec le Printemps marseillais. La fin de non-recevoir de Benoît Payan et ses troupes, qui ont déposé leurs listes dès lundi matin en préfecture, accule la France insoumise à ce désistement.
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“Irresponsabilité d’un homme”
“Nous retirons notre liste afin de ne pas cautionner une stratégie qui fait courir un risque grave pour notre ville”, déclare le député insoumis entouré de ses huit têtes de liste des secteurs marseillais. Les visages sont fermés et l’émotion, manifeste. “Face à l’irresponsabilité d’un homme, nous serons responsables pour un million”, pique Sébastien Delogu. À la tribune, il fustige, comme il le fait depuis la veille, le rejet de Benoît Payan d’une alliance avec ses troupes. “Le refus de Benoît Payan de construire un front antifasciste au second tour constitue une faute politique majeure et inédite. Ce choix démontre que la lutte contre l’extrême droite a été reléguée derrière des considérations de pouvoir”, pique-t-il encore.
Il faut noter un glissement dans le discours de Sébastien Delogu. Lui qui, depuis des mois tape à bras raccourcis sur le maire de Marseille et ses colistiers, les renvoyant régulièrement à “un système clientéliste et corrompu” dont ils seraient les rouages, change cette fois de cible. “Les premiers corrompus, ce sont les gens de l’extrême droite”, dit-il avant de lister Marine Le Pen et ses déboires judiciaires, mais aussi “Franck Allisio mis en cause pour détournement de biens publics“ comme Marsactu l’a révélé et Sandrine d’Angio, la tête de liste RN dans le 13/14, condamnée pour favoritisme : “Marseille ne doit jamais tomber dans les mains de ces gens-là.” Au pupitre, Sébastien Delogu martèle : “L’extrême droite n’est pas une alternative, elle est une menace.”
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“On est toujours les sacrifiés”
Dans le théâtre, colistiers et militants, abattus, commentent ce tournant qui sonne comme l’épilogue de la campagne vers la mairie centrale. “On est toujours les sacrifiés de la lutte démocratique”, souffle, les larmes aux yeux, Mohamed Bensaada, cheville ouvrière de LFI dans les 13e et 14e. Il y portait la liste. Bien qu’en position de se maintenir avec 13,1%, il se retire lui aussi face au risque de voir la candidate RN Sandrine D’Angio, en tête, l’emporter face à Tina Biard Sansonetti (Printemps marseillais). Oui, la décision est “difficile” mais “il le fallait” : “Nous devions être à la hauteur de ce que les gens attendent de nous. Et si j’ai une conviction profonde, c’est que la lutte antiraciste et antifasciste n’est pas un biais électoral.”
On ne peut pas jouer à la roulette russe avec l’avenir de la ville. Faire peser un risque sur les populations que l’on prétend défendre, c’est de la folie.
Un conseiller de Sébastien Delogu
Un conseiller de Sébastien Delogu abonde : “On ne peut pas jouer à la roulette russe avec l’avenir de la ville. Faire peser un risque sur les populations que l’on prétend défendre, c’est de la folie.” Si la France insoumise acte son retrait dans la course à la mairie centrale, elle se maintient dans les secteurs où ses listes ont dépassé les 10% : dans le 1/7 (Sébastien Barles), le 2/3 (Alladine Abdallah Salim), dans le 4/5 (Léa Bijaoui) et le 15/16 (Rabyata Boinaheri). Sauf dans le 13/14, donc.
“Accord secret”
Martine Vassal, la présidente de la métropole et candidate de la droite et du centre arrivée troisième avec 12,4% des suffrages, a, elle a choisi de se maintenir au second tour. Face à ce retrait, alors qu’elle était mutique depuis son échec criant de dimanche soir, elle offre une réaction lunaire. “B.Payan choisit LFI. (…) Pour sauver sa place B.Payan s’aligne sur les plus radicaux”, soutient celle qui voit dans ce retrait “un accord secret”, dans un tweet à côté de la plaque. Il aura eu le mérite d’apporter le sourire aux militants insoumis dépités. L’un d’eux rit franchement : “Ah oui, super l’accord secret !” Ex-adjoint de Benoît Payan qui a rallié LFI, Sébastien Barles promet que “même absente de l’administration centrale”, la France insoumise “pèsera”.
Benoît Payan (maire sortant de Marseille) prend la parole après le retrait de Sébastien Delogu (LFI). (Photo C.By.)
À l’annonce du désistement de Sébastien Delogu, le maire sortant de Marseille, Benoît Payan salue depuis sa permanence : “C’était la seule solution, c’est ce que j’aurais fait. (…) C’est le geste républicain de celles et ceux qui savent où ils sont”. Il balaye toute idée d’un “accord secret” avec LFI et renvoie le camp Vassal à ses “fake news”. Surtout, il centre vite son discours sur le second tour de scrutin : “Le RN est le parti de monsieur Le Pen. Et si certains se sont grimés, je n’oublie pas la xénophobie, le racisme et l’antisémitisme de ce parti.” Il appelle “toutes les Marseillaises et tous les Marseillais” – les électeurs de la LFI ni plus ni moins que les autres – “à retourner voter en masse dimanche pour dire non à celles et ceux qui veulent nous diviser”.
Bras tordu
Derrière les appels à l’unité sous la bannière du Printemps marseillais, c’est toute une stratégie, patiemment mise en place, qui porte ses fruits. Bien sûr, dans les rangs de Benoît Payan, on se garde de rouler les mécaniques : “Aucune élection n’est gagnée d’avance, ça n’existe pas”, dit le maire sortant. Mais on savoure, en coulisses, le fait que les Insoumis n’aient “rien vu venir”, pas senti le piège se refermer sur eux. Une chausse-trappe posée lors du débat sur BFM-TV lorsque Benoît Payan annonce que s’il arrive derrière Sébastien Delogu, lui, se retirera. Il faut reconnaître au maire de Marseille une habilité politique certaine ; rouée, diront certains.
Car Benoît Payan leur a adroitement tordu le bras. Cornerisés après le dépôt de ses listes – mis en scène comme une démonstration de force – ils n’avaient que très peu de marge de manœuvre. Se maintenir, c’était courir un risque trop grand, convient Sébastien Barles tiraillé “entre l’éthique de conviction et l’éthique de responsabilité”. Un risque qui aurait pesé sur l’avenir de la France insoumise localement, mais aussi au niveau national, à un an de l’élection présidentielle cruciale pour Jean-Luc Mélenchon.
Voilà qui fait bien les affaires de Benoît Payan. Politiquement, ce retrait est une première victoire pour lui. D’abord, il lui ouvre un passage plus aisé vers sa réélection le 22 mars au soir. Ensuite, ses troupes seront, c’est désormais acquis les seules de gauche dans l’assemblée municipale marseillaise. “Ce sera une majorité caporalisée, sans aucune voix contradictoire“, se désole un Insoumis. Cette représentation-là, c’est aussi ce que cherchait Benoît Payan. Ce désistement lui permet, s’il est reconduit dans son fauteuil de maire, d’imaginer les sept années du mandat sans l’épine dans le pied d’une opposition sur sa gauche, dont il ne désirait pas s’embarrasser, au moins dans l’hémicycle.