Oui. Et les données montrent que ce que tu observes autour de toi correspond à une évolution réelle et assez profonde de l'opinion française, pas seulement à ton entourage. Mais il faut distinguer deux histoires qui se sont croisées : la normalisation progressive du RN depuis 2017, et la dégradation très rapide de l'image de Mélenchon/LFI, surtout depuis 2022-2023.
1. 2017 : le RN reste encore largement « infréquentable »
En 2017, le mécanisme est encore celui hérité de 2002 : arrivée de Marine Le Pen au second tour → mobilisation d'une grande partie de la gauche, du centre et de la droite contre le FN.
Macron gagne 66,1 % contre 33,9 %. Beaucoup de gens votent Macron sans l'aimer, explicitement pour empêcher Marine Le Pen d'accéder à l'Élysée.
Mais quelque chose change déjà : Marine Le Pen mène depuis plusieurs années sa stratégie de « dédiabolisation » — changement de discours, exclusion de Jean-Marie Le Pen, abandon de certains marqueurs historiques, puis changement du nom FN → RN. Le processus est lent, mais il fonctionne sur une partie de l'électorat. Les études ultérieures montrent par exemple que la proportion estimant qu'elle a « l'étoffe d'une présidente » passe de 30 % à 39 % entre octobre 2021 et mars 2022. Le Monde.fr
2. 2022 : première rupture majeure du barrage
Le second tour Macron-Le Pen se reproduit, mais Macron ne fait plus 66 %. Il tombe à 58,5 %, Le Pen monte à 41,5 %.
Surtout, l'idée :
« Je déteste Macron mais face au RN je vote quand même Macron »
fonctionne nettement moins bien.
C'est important parce que le barrage républicain reposait sur une asymétrie morale et politique : le RN était considéré comme d'une nature différente des autres partis.
À mesure que cette perception disparaît, le barrage devient beaucoup plus difficile à maintenir.
Et aux législatives de 2022 apparaît quelque chose d'encore plus significatif : dans de nombreux duels RN contre Nupes, une partie de l'électorat macroniste refuse déjà de choisir systématiquement la gauche contre le RN. Ipsos considère rétrospectivement ce scrutin comme un moment majeur de l'effondrement du front républicain. Ipsos
3. 2022-2023 : LFI devient à son tour un repoussoir
C'est probablement le tournant le plus important pour comprendre ce que tu constates aujourd'hui.
Après les législatives de 2022, LFI devient extrêmement visible à l'Assemblée. Sa stratégie revendiquée de conflictualité politique — incidents de séance, invectives, opposition très spectaculaire, conflits internes à la gauche — plaît à son noyau électoral mais détériore fortement son image ailleurs.
Avant même le 7 octobre 2023, l'enquête Fractures françaises montre un croisement spectaculaire :
- 57 % considèrent LFI comme dangereuse pour la démocratie ;
- 52 % disent la même chose du RN ;
- 60 % estiment que LFI attise la violence ;
- 50 % trouvent son opposition parlementaire trop radicale. Fondation Jean-Jaurès
C'est fondamental : dans la perception d'une partie de la population, le monopole du statut de parti dangereux a disparu.
Cela ne signifie évidemment pas que RN et LFI ont la même histoire, le même programme ou présentent objectivement les mêmes risques institutionnels. Cela signifie que beaucoup d'électeurs ont commencé à les percevoir comme deux radicalités concurrentes.
4. Le 7 octobre 2023 et Gaza accélèrent énormément le phénomène
L'attentat du Hamas du 7 octobre et la guerre qui suit constituent probablement l'un des accélérateurs les plus puissants du rejet de Mélenchon.
LFI refuse notamment initialement de qualifier le Hamas d'organisation « terroriste », préférant parler de « crimes de guerre » ; puis viennent de multiples controverses concernant les déclarations de responsables LFI, l'antisémitisme, Israël et Gaza.
Il faut être précis : LFI et Mélenchon contestent vigoureusement les accusations d'antisémitisme, en soutenant notamment que leur position relève de la critique du gouvernement israélien et du soutien aux Palestiniens.
Mais électoralement, le dégât d'image est considérable.
Une enquête Ipsos de 2024 trouvait que 47 % des Français considéraient certaines déclarations de Mélenchon et de responsables LFI comme antisémites et susceptibles d'attiser l'antisémitisme ; 29 % supplémentaires les jugeaient non antisémites mais susceptibles de l'attiser. À l'inverse, 24 % y voyaient essentiellement une critique d'Israël. Ipsos
Et concernant spécifiquement ses positions sur Israël/Hamas, seulement 9 % des Français interrogés en 2024 approuvaient Mélenchon, contre 57 % qui les désapprouvaient. Ipsos
C'est particulièrement important auprès de la gauche modérée, du centre et d'une partie des électeurs diplômés urbains, qui constituaient autrefois une réserve presque automatique du barrage anti-RN.
5. 2024 : paradoxe — le barrage fonctionne encore électoralement
Les législatives anticipées de 2024 sont intéressantes parce qu'elles montrent que le barrage n'est pas encore mort.
Après le très gros score du RN au premier tour, des centaines de candidats arrivés troisièmes se retirent afin d'éviter des triangulaires. Le Nouveau Front populaire et le camp présidentiel pratiquent de nombreux désistements réciproques.
Résultat : le RN et ses alliés n'obtiennent pas la majorité annoncée comme possible après le premier tour. Les résultats officiels donnent notamment 178 élus à l'Union de la gauche, 150 à Ensemble, 125 RN et 17 candidats classés Union de l'extrême droite. Archives des Élections
Donc le barrage institutionnel fonctionne encore en 2024.
Mais psychologiquement, il est beaucoup plus fragile.
Et une partie de la droite refuse désormais explicitement le principe selon lequel il faudrait préférer n'importe quel candidat LFI à un candidat RN.
6. Pendant ce temps, le RN fait presque exactement l'inverse de LFI
C'est une dimension à mon avis essentielle.
Le RN a compris l'intérêt de paraître ennuyeux.
Costume-cravate, discipline parlementaire, limitation des provocations publiques, communication contrôlée, volonté affichée de respectabilité institutionnelle. Marine Le Pen puis Jordan Bardella cherchent précisément à ne plus déclencher le réflexe : « danger immédiat ».
Cela ne permet pas de conclure que le fond de son programme est devenu modéré : plusieurs de ses propositions sur l'immigration, la nationalité ou la préférence nationale restent en rupture importante avec les politiques menées par les gouvernements précédents et soulèvent des questions constitutionnelles et européennes.
Mais l'image a énormément changé.
En 2023, 44 % des Français considéraient déjà le RN capable de gouverner, tandis que la proportion le considérant dangereux pour la démocratie était descendue à 52 %. Ipsos
Autrement dit, pendant que LFI pratique beaucoup la conflictualité, le RN pratique la respectabilité.
Les trajectoires d'image se croisent.
7. Et on arrive exactement à ce que tu décris en 2025-2026
Une enquête Odoxa récente illustre très bien le phénomène : 53 % des répondants considéraient que le front anti-RN n'était plus une bonne chose et 58 % approuvaient l'idée d'un front anti-LFI. Parmi ceux ayant déjà fait barrage au RN, environ trois sur dix déclaraient qu'ils ne le referaient plus. Odoxa
Et le dernier Ipsos de septembre 2026 rend le phénomène encore plus visible.
À la question de l'inquiétude suscitée par les personnalités politiques :
Marine Le Pen inquiète « beaucoup » 48 % des Français.
Jean-Luc Mélenchon : 71 %.
Plus intéressant encore : Mélenchon inquiète beaucoup 57 % des sympathisants PS et 40 % des sympathisants écologistes. Ipsos
Donc ce n'est plus simplement :
droite → déteste Mélenchon.
Une partie importante de la gauche non-LFI elle-même a développé un rejet très fort du mélenchonisme. Une étude récente de la Fondation Jean-Jaurès retrouve précisément cette convergence : dans certaines composantes de l'électorat de gauche étudiées, LFI est désormais jugée dangereuse pour la démocratie à des niveaux voisins de ceux attribués au RN. Fondation Jean-Jaurès
Ce qui a donc changé en dix ans
On peut résumer la transformation ainsi :
2017 :
droite / centre / gauche modérée → « Le FN est hors du champ normal. Face à lui, je vote pour l'autre. »
2022 :
« Le RN me déplaît profondément, mais je ne voterai plus nécessairement pour n'importe qui pour l'empêcher de gagner. »
2023-2024 :
« LFI constitue elle aussi, à mes yeux, un danger ou une radicalité problématique. »
2025-2026 :
« RN contre LFI/Mélenchon ? Je ne considère plus évident que mon devoir soit de voter LFI. »
Et chez certains électeurs, on franchit effectivement une étape supplémentaire :
« Entre les deux, je préfère le RN. »
C'est ce dernier passage qui aurait été extrêmement marginal dans le centre ou la droite modérée il y a quinze ou vingt ans et qui est désormais beaucoup plus concevable.
Il y a enfin un point important : ce n'est pas seulement que le RN s'est normalisé ou que LFI s'est radicalisée dans l'esprit des électeurs. Les deux phénomènes se renforcent mutuellement. Plus LFI devient le repoussoir principal d'une partie du centre et de la droite, moins le RN paraît exceptionnel ; et moins le RN paraît exceptionnel, plus il devient acceptable de dire publiquement qu'on le préférerait à Mélenchon.
C'est probablement pourquoi tu entends désormais ce discours chez des gens que tu décris comme « raisonnables » : la barrière sociale qui empêchait autrefois de dire « entre les deux, Le Pen » s'est elle-même considérablement abaissée. Ce changement de norme sociale est presque aussi important que les déplacements électoraux eux-mêmes.
Je pense que lfi par des outrance, melanchon idem, la focalisation sur le conflit à Gaza ont leur importance. Je pense aussi que les médias appartenant à Bolloré, sud radio et autres ont obtenu ce qu'ils voulaient, diaboliser lfi
Oui, je pense que ton hypothèse décrit une partie documentable du phénomène, à condition de ne pas en faire l'explication unique. Il y a eu à la fois une évolution propre de LFI/Mélenchon et une transformation de l'environnement médiatique qui a fortement amplifié certains traits de LFI.
Le cas de CNews est particulièrement intéressant parce qu'on dispose désormais d'autre chose que d'impressions. En 2024, après une décision du Conseil d'État, l'Arcom a dû examiner le pluralisme non plus seulement en comptant le temps de parole des partis, mais aussi en regardant les thèmes choisis, les chroniqueurs et la diversité réelle des opinions exprimées. L'Arcom avait déjà constaté sur CNews que certains sujets — immigration, justice, violences contre les forces de l'ordre — étaient traités de façon largement univoque. Arcom
Et il y a depuis un élément encore plus directement lié à ce que tu dis : en juin 2026, l'Arcom a mis CNews en demeure pour manque de pluralisme, après l'analyse de 168 heures d'antenne. Parmi les cinq thèmes particulièrement présents figurait précisément LFI, et le régulateur a relevé une « critique systématique » du parti ainsi qu'une forte convergence des points de vue exprimés. CB News
Donc dire « certains médias ont fortement participé à construire LFI comme le danger politique majeur » repose sur des éléments observables. En revanche, dire que Bolloré « a obtenu ce qu'il voulait » suppose de connaître son intention personnelle et d'établir un lien causal direct avec l'évolution de l'opinion ; ça, les données disponibles ne permettent pas de le démontrer aussi simplement. Les médias concernés, de leur côté, revendiquent leur pluralisme et contestent l'idée qu'ils seraient des instruments politiques. Le Dauphiné Libéré
Mais il y a un mécanisme plus subtil qui me paraît essentiel pour comprendre le basculement que tu décrivais au départ.
Le RN et LFI n'ont pas suivi des trajectoires médiatiques symétriques. Pendant que le RN cherchait à réduire tout ce qui rappelait son caractère radical — discipline des élus, cravate, vocabulaire plus contrôlé, Bardella, respectabilité institutionnelle — une partie de l'écosystème médiatique mettait énormément en avant les thèmes sur lesquels le RN est historiquement fort : immigration, islam, insécurité, identité. Une étude de la Fondation Jean-Jaurès sur les législatives 2024 a ainsi étudié spécifiquement CNews, Europe 1 et C8 comme un ensemble médiatique où les forces de droite et d'extrême droite bénéficiaient d'une place particulièrement importante. Fondation Jean-Jaurès
Pendant ce temps, LFI faisait presque l'inverse en matière d'image : Mélenchon très conflictuel, déclarations provocatrices de certains responsables, affrontements permanents, controverses sur l'antisémitisme, omniprésence de Gaza, refus initial de qualifier le Hamas d'organisation terroriste, etc.
Et cela fournit une quantité extraordinaire de matériau à un média déjà très hostile à LFI.
C'est là que je nuancerais ton propos : CNews n'a pas eu besoin d'inventer Mélenchon. LFI a elle-même fourni beaucoup des séquences qui ont alimenté sa mauvaise image. Mais le choix de les sélectionner, de les répéter, de les commenter avec des plateaux partageant souvent la même lecture et de construire autour d'elles un récit général du type « voilà le danger principal pour la France » peut considérablement modifier leur poids dans la perception du public.
Et l'effet dépasse probablement les seuls téléspectateurs de CNews ou auditeurs de Sud Radio. Une fois qu'un thème devient central — « LFI et l'antisémitisme », « LFI et la violence », « LFI est-elle dangereuse ? » — il circule sur les réseaux sociaux, est repris par d'autres chaînes, provoque des réactions politiques, lesquelles deviennent elles-mêmes une nouvelle actualité. C'est un effet d'agenda : un média n'a pas nécessairement besoin de convaincre directement 30 millions de personnes pour peser sur les sujets dont 30 millions de personnes finissent par entendre parler.
Il existe d'ailleurs une polarisation très nette des audiences : parmi les consommateurs de chaînes d'information interrogés en 2024, CNews était la chaîne principale de 41 % des personnes disposées à voter RN et 56 % de celles disposées à voter Reconquête, contre 21 % pour LFI ; Franceinfo présentait pratiquement le profil inverse. Cela ne démontre évidemment pas que CNews cause le vote RN — les gens choisissent aussi les médias correspondant à leurs opinions — mais cela montre que les univers informationnels sont devenus très différents. Fondation Jean-Jaurès
Donc, pour revenir à ton observation initiale, je verrais plutôt trois forces qui se sont additionnées :
RN qui se normalise volontairement + LFI qui multiplie elle-même des comportements très clivants + écosystème médiatique puissant qui amplifie considérablement les seconds tout en contribuant à banaliser le premier.
C'est cette combinaison qui permet d'expliquer quelque chose qui aurait paru assez extraordinaire il y a dix ans : qu'un électeur de droite modérée ou du centre puisse aujourd'hui considérer sincèrement Mélenchon comme plus inquiétant que Le Pen, sans pour autant se considérer lui-même comme ayant évolué vers l'extrême droite.
Et c'est justement ce dernier point que je trouve le plus intéressant à creuser : comment le RN est passé, dans l'esprit d'une partie des électeurs, de « parti contre lequel je vote quoi qu'il arrive » à « parti que je n'aime pas mais que je pourrais choisir contre LFI ». Il y a quelques événements très précis — 2017, Zemmour en 2021-22, les législatives 2022, le 7-Octobre, puis les législatives 2024 — qui permettent de voir presque étape par étape ce déplacement de la fenêtre d'acceptabilité.
Oui Zemmour a était utile au RN. Un partie plus à droite permet de normaliser relativement
Oui, et ton « relativement » est essentiel. Zemmour n'a pas rendu le RN « modéré » au sens où son programme aurait soudainement rejoint celui de la droite traditionnelle. Il a surtout déplacé le point de comparaison.
C'est assez bien documenté pendant la présidentielle de 2022. Le baromètre Kantar montrait que seulement 40 % des Français décrivaient alors Marine Le Pen comme représentante d'une « extrême droite nationaliste et xénophobe », contre 64 % pour Éric Zemmour. Pour Le Pen, ce chiffre avait baissé de 11 points depuis 2018. Le Monde.fr
Le mécanisme est assez intuitif. Avant Zemmour, sur l'axe politique français, on pouvait schématiquement percevoir :
LR → RN → [extrême du spectre]
Avec Zemmour/Reconquête, la perception devient davantage :
LR → RN → Zemmour
Le RN acquiert donc un voisin situé plus à droite et plus transgressif. Une étude de la Friedrich-Ebert-Stiftung formule précisément cette hypothèse : par « effet de contraste », la radicalité de Zemmour sur l'islam et l'immigration a pu adoucir l'image du RN dans une partie de l'opinion. Bibliothèque FES
Et Marine Le Pen a parallèlement entretenu ce contraste. Zemmour pouvait parler de « grand remplacement », multiplier les formules très dures sur l'immigration ou l'islam et attirer des personnalités que le RN cherchait justement à tenir à distance. Elle pouvait alors apparaître, relativement à lui, beaucoup plus conventionnelle. Les travaux de la politiste Nonna Mayer décrivent d'ailleurs explicitement les deux stratégies comme opposées : mainstreaming et adoucissement de l'image chez Le Pen, posture radicale et provocatrice chez Zemmour. Tandfonline
Mais il y a une deuxième conséquence, peut-être encore plus importante : Zemmour a rendu certaines idées discutables dans le débat ordinaire qui, auparavant, étaient principalement associées au FN/RN. Dès lors, le RN pouvait conserver des propositions très dures — notamment sur l'immigration et la « priorité nationale » — tout en apparaissant moins radical par comparaison. C'est exactement pourquoi il faut distinguer normalisation de l'image et modération du programme. Des analyses de la campagne 2022 soulignaient déjà ce décalage entre un très fort lissage de la présentation et la permanence de propositions caractéristiques de la droite radicale. Le Monde.fr
Et il y a eu un troisième acteur involontaire dans ce processus : la droite gouvernementale elle-même. Quand Gérald Darmanin dit à Marine Le Pen en 2021 qu'elle est « un peu molle » sur l'islam, l'effet symbolique est assez extraordinaire : le ministre de l'Intérieur d'un gouvernement centriste peut apparaître momentanément à sa droite sur le sujet. Le Monde a justement décrit ce type de phénomène comme une forme de « dédiabolisation par procuration ». Le Monde.fr
C'est donc un phénomène de déplacement du référentiel, plus que le simple déplacement du RN.
Et cela rejoint directement notre discussion précédente sur LFI. Si, simultanément, un acteur apparaît à droite du RN (Zemmour) tandis qu'un autre devient extrêmement repoussoir à gauche pour une partie de l'opinion (Mélenchon/LFI), le RN se retrouve visuellement beaucoup moins isolé qu'en 2002 ou même en 2017.
C'est une des transformations majeures du paysage politique français : le RN n'a pas nécessairement eu besoin de parcourir seul toute la distance vers le centre ; une partie du paysage autour de lui s'est déplacée, et le point à partir duquel les électeurs le comparent a changé.