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Handifan club OM, dans tous les stades il est allé
Avec plus de 600 adhérents, le groupe de supporters marseillais est le plus important du pays, voire du Vieux continent. C’est d’ailleurs en coupe d’Europe, où il se déplace suivant l’OM, que l’on mesure le plus sa singulière ferveur.
L’OM, c’est aussi eux. Des supporters pas comme les autres. Ces 80 fadas qui ont soufflé, début septembre, un doux vent de panique sur le Handifan Club. À peine dévoilé, le calendrier de la Champions a émoustillé le peuple marseillais. En ligne de mire Madrid, son mythique Santiago-Bernabeu. Ces 4000 sièges en parcage vaudront de l’or. Du virage Sud à Depé, personne n’imaginait manquer la fête.
Pas même ce groupe, le seul, qui donne encore de la voix le week-end, en Ganay et Jean-Bouin. Une association aux 21 printemps et 617 adhérents, un record français. Y compris sur le Vieux continent, à en croire ses dirigeants. Ces mordus ne reculent devant rien. Aveugles, malentendants, en fauteuil ou atteints de trisomie, ils dribblent leur handicap, avalent des kilomètres pour leur club de cœur. Peut-être différents et (un peu) moins bruyants que d’autres, ils vivent l’OM avec autant de ferveur et fureur.
"Pour Madrid, on a reçu plus de 80 demandes ! Mais comment voulez-vous que l’on gère tout ce monde ? Sans parler du timing serré, du budget pour la nuit d’hôtel, il aurait fallu dépêcher un bénévole par supporter. On n’est pas une agence de voyages", en plaisante Philippe Grenier, secrétaire de l’association qui, épaulé par la trésorière Myriam Mahri, a pris cet été le relais du président historique, René Poutet.
La mort dans l’âme, le Handifan Club s’est fait une raison. Le coup d’envoi de leur saison européenne sera plutôt donné à Lisbonne, ce 22 octobre. "Le Real, c’était trop compliqué. On aurait été dans le cortège avec les autres groupes, c’est assez dangereux. On connaît la gestion des supporters en Espagne, si l’on n’est pas un minimum protégé, ça peut vite mal tourner, avec les chevaux, les matraques…", regrette Philippe Grenier, en concédant que certains obstinés, par leurs propres moyens, y ont quand même pointé leur bout du nez.
Au stade José Alvalade, antre du Sporting Portugal, ils seront officiellement vingt. Soit dix handifans et autant d’accompagnateurs, sur les 2500 places réservées aux Marseillais. "Mais on ne sait pas encore où l’on sera. Toutes les enceintes ne sont pas équipées, notamment pour les fauteuils, révèle le dirigeant. Si on nous met avec les 'ultras', ce n’est pas grave, on s’adaptera. Jusqu’au dernier moment, c’est toujours le grand mystère."
Ici réside, aussi, le sel des déplacements européens. Le grand public connaissait l’excitation de suivre l’OM, découvrir dans son sillage de nouvelles régions et stades… Eux, en plus, ont droit à une petite surprise. Souvent bonne, parfois mauvaise. Au fil de la campagne 2023-24, d’Amsterdam à Bergame, le Handifan Club a été trimbalé aux quatre coins d’un stade.
Loge présidentielle, boissons et tapas
Cette Ligue Europa, les protégés de René Poutet l’ont dégusté tantôt bord pelouse, derrière le panneau publicitaire du Gewiss Stadium, tantôt en tribune, avec Fanas et compagnie, comme au Falmer Stadium de Brighton. "À Villarreal, ils ne savaient pas où nous mettre. Alors, on a suivi quelqu’un jusqu’à une grande porte, avec écrit 'loge présidentielle'. On n’a jamais été aussi bien placé pour voir le match, entourés des dirigeants, avec boissons et tapas à volonté", exhume Philippe Grenier.
De Lisbonne à Bruges, sous oublier Bruxelles, un nouveau voyage folklorique à l’horizon. Les deux escales belges sont attendues de pied ferme par les très rares chanceux qui pourront s’y rendre. Petites (et vétustes) enceintes obligent, les fidèles de l’OM devront se partager un millier de billets. "On comprend bien que les Winners et les Ultras en aient plus que nous", glisse Grenier, en insistant sur "le précieux soutien" de l’OM, pour les aider à mieux vivre leur passion.
À en croire son secrétaire, le Handifan Club OM est une exception, a minima, française. S’il ne tient plus en place quand vient la coupe d’Europe, le groupe compenserait presque une frustration née en Ligue 1. Le porte-monnaie demeure le principal juge de paix, mais les conditions d’accueil ont refroidi ses ardeurs. Les mauvais élèves (Parc des Princes, par exemple) sont boudés, tandis que les bons se comptent sur les doigts d’une main : "On va où l’on est bien reçu, à Nice, Lille ou Lens. Notre dernière visite était à Monaco, sur demande des adhérents".
Au Vel', par contre, la vie est belle. Pas parfaite, puisque le Handifan Club aimerait réunir ses 558 abonnés au même endroit. Aujourd’hui, ils sont encore 310 en Ganay, de part et d’autre du PC sécurité, et 248 en Jean-Bouin, au niveau des loges, côté virage Sud. Le reste (parking, ascenseurs, dialogue avec le club) emprunterait le bon chemin. À en faire pâlir de jalousie leurs "amis" venus d’ailleurs, parmi les meilleurs les… Stéphanois.
Le groupe a le vent en poupe. Après avoir obtenu, tout récemment, l’accord pour accrocher deux bâches en Ganay, l’asso espère renouer avec un glorieux passé, quand il déployait un tifo en bas de cette même tribune. "Nos handifans ont besoin de ces animations, insiste Philippe Grenier, qui a coché les rencontres des Marseillaises au Vel', pour frapper un grand coup. Ce n’est pas parce qu’on ne marche pas, qu’on se déplace avec difficulté, qu’on n’est pas de l’événement, qu’on ne vibre pas pour l’OM."
La Provence