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En première ligne, De Zerbi peut-il tenir ?
La Provence
L'entraîneur olympien ne semble pas avoir de solution pour redresser une équipe en pleine déroute. Il va devoir en trouver sous peine de ruiner le bon travail accompli pendant 18 mois, déjà lourdement gâché par le début d’année.
En ce début d’année, les supporters lorgnaient les grands rendez-vous des premières semaines de 2026 avec gourmandise et espoir, en premier lieu les deux dernières journées de la Ligue des champions et le Clasico du 8 février. Le bilan est digne du Bayeux Football Club, modeste club de Régional 1 : avec deux défaites 3-0 contre Liverpool et Bruges synonymes d’élimination, puis une autre 5-0 à Paris qui signifie la fin de toute illusion de titre en Ligue 1, l’OM a pris un 11-0 en trois matches. Entre ces déroutes, d’autres déceptions (Nantes, Paris FC), quelques performances de choix (le Trophée des champions, Lens, Rennes), et une impression confirmée par Roberto De Zerbi : personne ne sait quel OM sera sur la pelouse. Depuis plusieurs semaines, il y a plus de chance qu’il soit désastreux que brillant, aurait-il pu préciser.
Un signe d’impuissance presque revendiquée par le technicien en ces temps difficiles, qui n’hésite plus à recadrer publiquement ses joueurs, encore moins au Parc : "On a manqué d’ordre, il y avait des joueurs éparpillés qui ne respectaient pas le plan."
"Je n’ai pas d’explication"
Le Brescian, très en réussite depuis 2018, licencié seulement une fois, en 2016, alors qu’il est passé par huit clubs, ne semble plus avoir les cartes en mains. Il est désormais en première ligne durant cette tempête. Cela n’est pas la première fois depuis son arrivée tonitruante à l’été 2024, quand il avait repris à la surprise générale un OM qui venait de lamentablement terminer 8e de Ligue 1. Une première crise, après une humiliation à domicile contre Auxerre, lui avait fait dire que s’il était le problème, il partirait sans argent. Une autre pendant une série de 5 défaites en 7 matches, l’avait poussé à ne pas diriger un entraînement. C’était la saison dernière, et à chaque fois De Zerbi avait trouvé les leviers mentaux ou tactiques (avec un passage en 3-4-2-1, puis un retour au 4-3-3). Cela passe-t-il par un changement de système ? Le Lombard a pourtant utilisé à Paris le même schéma que lors des deux précédents Clasicos réussis.
Un redressement rapide ressemble à une chimère, même pour "RDZ" : "Je n’ai pas d’explication… C’est le plus grand problème du moment. Si j’avais la solution, pour trouver cette régularité, je ne m’en priverais pas. Pourquoi cet OM ne me ressemble pas ? Bonne question, je ne sais pas." Des propos qui ne masquent même pas une impuissance criante, que la mise à l’écart d’Amir Murillo, coupable de plusieurs erreurs en 2026, n’a pas atténuée. Certains autour du groupe s’en sont même étonnés et pointent les privilèges prétendument réservés à d’autres leaders, plus durs à sortir de l’équipe.
"Il n’est pas du genre à se décourager"
Alors, que faire ? Un proche du vestiaire qui connaît bien le bonhomme s’émeut : "Je le vois démoralisé, il a l’air de se sentir abandonné, je ne l’ai jamais vu comme ça alors qu’il est d’ordinaire ultra-combatif et ne se résigne jamais. Quelque chose semble s’être cassé, il faut que ça change sinon tout ça va se finir dans la douleur." Une autre source, plutôt pro-RDZ, qui le perçoit en souffrance, poursuit : "Il est évidemment très déçu, mais pas du genre à se décourager. C’est le moment le plus douloureux de sa carrière mais s’il avait réellement pensé à démissionner, il l’aurait fait sans le moindre problème." Traduction : en s’asseyant sur l’année et demie de contrat qu'il lui reste. Payer de lourdes indemnités serait de toute façon inacceptable pour l’actionnaire Frank McCourt.
Alors que des rumeurs d’un vestiaire qui l’aurait lâché et ne comprendrait rien à ce qu’il demande bruissaient ce lundi matin, cela nous a été démenti par l’un des imprésarios d’un remplaçant, pourtant jamais avares de critiques envers un entraîneur quand un de leurs poulains ne jouent pas. L’entraîneur, le directeur sportif Medhi Benatia et le président Pablo Longoria doivent d’ailleurs se voir très prochainement pour faire un point sur la situation. "Je ne suis pas découragé, je suis triste", a en tout cas déclaré De Zerbi dimanche, alors que, malgré tout le crédit gagné par ses 18 premiers mois de travail en Provence évaporé en un mois, il lui reste toujours la perspective de devenir le premier entraîneur depuis Didier Deschamps à remporter un titre (quart de finale de coupe), avec aussi un podium en ligne de mire. Au lendemain d’une telle déroute à Paris, il est toutefois difficile d’imaginer une issue positive.