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Incompréhension, lassitude... Les relations entre Roberto De Zerbi et son vestiaire se refroidissent encore après la gifle reçue contre le PSG
Après la déroute subie face au PSG (0-5), dimanche, les relations entre Roberto De Zerbi et le vestiaire de l'OM se sont encore distendues. Un tournant pour la suite de la saison ?
Fan invétéré du club, Himad Abdelli désirait tant l'OM et il a eu droit à une plongée vertigineuse dans la marmite olympienne. En une soirée, dimanche au Parc, l'ancien Angevin a vécu une entrée chaotique après son entrée à la 62e : une distribution des consignes que personne n'a comprises et deux buts encaissés en trois minutes, avant d'être envoyé au feu des obligations médiatiques.
En une semaine, à peine, il a surtout pu mesurer l'ampleur des tourments. Une réunion devant cinquante supporters, un demi-pardon face à Rennes (3-0) en Coupe depuis les tribunes, un semblant de retour au calme, et un nouvel effet cocotte-minute sous le rouleau compresseur parisien.
Roberto De Zerbi, à son habitude, n'a pas pris la parole dans le vestiaire, le groupe est rentré en pleine nuit à Marseille et est resté dormir au centre d'entraînement. Tous ont été convoqués sur le terrain, ce lundi, en fin de matinée pour une séance qui ne ressemblait pas vraiment à un décrassage, tandis qu'il n'y a pas encore eu de réunion au sommet concernant l'avenir de l'entraîneur.
Après le fiasco de Bruges (0-3), lors de la mise au vert de Clairefontaine, De Zerbi ne s'était pas montré le lendemain du match, cloîtré dans sa chambre, grippé selon le club. En réalité, il a davantage ruminé sa déception ou tenté de contenir sa colère, lui qui est adepte de la bouderie. Son fidèle bras droit, Andrea Maldera, a commencé à laisser filtrer que les joueurs ne comprenaient pas la philosophie de jeu, n'y adhéraient pas. Une façon de les réveiller ou de les piquer ? Dans le même temps, les rumeurs d'un départ de l'Italien ont commencé à filtrer, ce qui a alerté les leaders.
À leur demande, ils ont demandé à rencontrer De Zerbi en fin de journée pour une explication. Comme après la claque face à Auxerre (1-3, le 8 novembre 2024), la saison dernière, où il avait laissé planer l'idée d'un départ, De Zerbi a usé de la même technique affective. Ses joueurs lui ont réaffirmé leur soutien, le besoin de se serrer les coudes. Les dirigeants avaient visiblement aussi des messages à passer et ils ont convoqué à leur tour les cadres pour une réunion tardive. Comme au Koweït, avant le Trophée des champions perdu contre le PSG (2-2, 1-4 aux t.ab.), elle s'est étirée sur près de deux heures pour tenter de crever l'abcès et de trouver enfin des solutions durables.
Une dizaine de jours plus tard, la donne a semble-t-il changé. « Le problème, c'est l'OM. Quel OM jouera au prochain match ? », se lamentait De Zerbi tard dimanche soir. Diverses sources ont une autre idée du « problème » : De Zerbi lui-même, et c'est assez nouveau. Parmi les derniers reproches : le fait de ne pas renouveler le 4-2-3-1 aperçu face à Rennes, de déplacer Mason Greenwood - certes bien trop effacé dans les grands rendez-vous - à gauche de l'attaque, de punir certains (Rulli) mais pas d'autres, de surutiliser des recrues, de plomber la confiance de quelques cadres (Pavard, Aubameyang)...
Face à cette obstination, il régnerait une incompréhension, un sentiment de lassitude et même de résignation en interne. « Tout ceci n'a ni queue ni tête et les joueurs commencent à le voir. On est près d'une rupture », lâche un proche du groupe. L'effectif et le reste du staff ne comprendraient pas certains choix mais n'oseraient pas les contredire, alors qu'il y a parfois une impression de ne pas progresser à l'entraînement. L'ambiance à La Commanderie s'est d'ailleurs considérablement dégradée au fil des mois. Les joueurs se sentent sous surveillance permanente, leurs moindres faits et gestes épiés : heure d'arrivée, de départ, durée d'étirements, menu à la cantine, etc.
Medhi Benatia, qui a placé ses hommes à tous les étages du club, ne veut rien laisser passer, et si cette volonté de professionnaliser s'entend, elle crispe de plus en plus d'autant que le moindre manquement s'accompagne souvent de reproches secs. Pour ne rien arranger, De Zerbi ne cache pas ses états d'âme en séance, capable de colères mémorables à l'encontre d'un joueur ou d'un adjoint, tapant dans les ballons de frustration. Dans ce climat de tension permanent, les joueurs transpirent la nervosité et la fébrilité en match. Y compris en cas de victoire, comme face à Rennes.
Le départ de Murillo a ému certains joueurs
Ce n'est pas un hasard non plus si le dénominateur commun des deux crises de la saison coïncide avec chaque fin de mercato. Après la bagarre Rabiot-Rowe cet été, certains témoins parlaient déjà de joueurs « fatigués psychologiquement », « usés » et « pressés » par le management. Pablo Longoria avait promis une fenêtre hivernale plus calme et la lessiveuse est encore passée par là.
Elle a même fini par emporter Amir Murillo (Besiktas), passé de soldat silencieux et exemplaire à victime expiatoire. Au lendemain de la déconvenue contre le PFC (2-2), le latéral droit a été vivement critiqué par De Zerbi pour son manque d'implication, envoyé dans la foulée avec la réserve et promis à un départ en lui suggérant de se plaindre à son agent. Un épisode qui a rappelé pour les rares joueurs présents à l'époque l'accrochage entre le coach et Ismaël Koné il y a un peu plus d'un an.
Le sort réservé au latéral droit a ému certains de ses coéquipiers alors qu'il a toujours été irréprochable dans la quête de la deuxième place la saison passée. Mais les louanges d'hier n'engagent que ceux qui y croient. À la veille du Classique, De Zerbi s'est lancé dans un monologue interminable sur le Panaméen devant son groupe. En substance, il a expliqué que ses erreurs ne le plombaient pas seulement lui, le coach, mais toute l'équipe. Et que Murillo n'était pas malheureux, car il doublait son salaire en Turquie.
Sa gestion, celle des jeunes ou encore le départ de Neal Maupay (Séville FC), autre « fils » du coach exfiltré cet hiver après avoir laissé filer Adrien Rabiot et Valentin Rongier quelques mois plus tôt, a laissé un vide dans l'effectif. « Si tu traites comme ça tes enfants, il ne faut pas s'étonner que ton vestiaire te lâche », illustre un interlocuteur. L'an dernier, De Zerbi n'avait pas digéré l'épisode sur le début de mutinerie de son équipe. L'histoire s'était bien terminée, la séance s'était finalement déroulée presque normalement, mais De Zerbi n'a jamais accepté l'idée d'une rupture avec son groupe, ce qui n'avait pas été écrit. Il le répète souvent : ses joueurs sont avec lui, il a un lien fort, c'est sa fierté. Mais les accrochages répétés ont fini par laisser des traces... Trop ?