Retour sur le déplacement en Belgique, pourtant présenté comme "historique" pour les hommes de Roberto De Zerbi, éliminés de la C1 après le coup de sifflet final. Joueurs, entraîneur, dirigeants, tous ont été minables…contrairement à leurs supporters. Récit
Comme un mauvais présage, ils ont ouvert leur séjour brugeois (très) en retard. Une heure en leur défaveur, ce mardi jour d'obligations médiatiques, mais pas assez pour s'excuser en débarquant au stade Jan-Breydel. En retard, les Olympiens le sont restés jusqu'à leur départ, définitif, de la désuète enceinte, logés dans le rétroviseur de Benfica. Cette fois couverts de honte, tout vient à point, ils ont "demandé pardon".
Pardon d'avoir entaché la gloire de l'OM au fil d'une campagne européenne, in fine, lamentable. Pardon aux 1500 courageux qui ont sacrifié leur temps et argent pour assister à ça, un pitoyable spectacle, un crachat au visage. Des joueurs, mauvais, au coach, largué, sans oublier les dirigeants, indignés, tous ont contribué à écrire l'histoire. La mauvaise. Tous responsables. Merci patrons…
Des joueurs guère concernés
"On est con les gars, on a fait les cons !" L'on a craint un instant avoir perdu Facundo Medina, lorsque l'Argentin badin s'est mué en moine bénédictin en conf', la veille. Mais le naturel est revenu au galop. Certains seront peut-être ravis d'apprendre qu'une cuisante élimination, conjuguée aux tortures de Carlos Forbs, ne lui a pas coupé le sifflet, ni son appétence pour la vulgarité. Malgré l'escorte d'un attaché de presse, craignant que la horde de journalistes ne saute sur lui, "Fac" a crié son dépit en zone mixte. "Il va falloir faire preuve d'humilité", glissait aussi le sage Geoffrey Kondogbia, en pointant les mêmes maux, avec d'autres mots. La mentalité douteuse de cette équipe.
Bien qu'ils ne soient pas seuls, les joueurs sont les premiers responsables de ce fiasco. Ce sont eux, les acteurs principaux sur lesquels repose le scénario. Des comédiens dont le jeu, pour certains, est plus habile en coulisses, où il a fallu feindre l'affliction, que sur le terrain, ballon au pied. À l'issue du bal des déçus, ouvert par le pauvre Geronimo Rulli, suivi des recrues Nwaneri et Timber, d'humeur légère, puis des aimables "Auba" et Gouiri, qui ont posé avec un supporter tandis que Matt O'Riley a préféré refuser ("Désolé, pas après ce qui vient de se passer"), l'oscar revient à Pierre-Emile Hojbjerg, la mine grave et le pas lourd sur le chemin du retour. "Si je fais attention à mes sentiments, ce sera difficile de retourner à l'entraînement (aujourd'hui)", avouait "Kondo", avant de se rendre à Clairefontaine.
Si, au moins, ils avaient tout donné. Sans doute auraient-ils moins de regrets. Les énièmes bourdes de Rulli et Balerdi, les limites du tandem Hojbjerg-Kondogbia, la maladresse d'"Auba" et Gouiri… Bien que regrettable, tout cela est entendable. Au contraire d'un investissement défaillant. Qu'il soit dû à leur nature ou à un mauvais encadrement, le résultat est le même. Cette équipe est capable du meilleur comme du pire. Cette saison, surtout du pire.
"Certains n'ont pas mesuré l'événement, ils ont marché. Moi, je ne peux pas l'accepter. C'est une faute professionnelle. J'espère que ça va avoir des conséquences, qu'ils vont se poser entre eux les bonnes questions", grondait Medhi Benatia, mécontent de la motivation des hommes qu'il a recrutés. Ces mêmes joueurs qui l'attendaient alors dans le froid brugeois, l'air perdu sur le parking de Jan-Breydel… comme sur le terrain.
Un entraîneur fragilisé
Roberto De Zerbi a l'air tout aussi perdu malgré les louanges appuyées de tous ses confrères entraîneurs. Accusant le coup, il n'a d'ailleurs pas dirigé la séance d'entraînement hier à Clairefontaine, où l'OM prépare le match contre le Paris FC, samedi. Mais comme Arne Slot, le coach de Liverpool qui lui a passé 3-0 la semaine passée au Vélodrome, Ivan Leko, large vainqueur sur le même score avec Bruges, a aussi salué "l'un des meilleurs entraîneurs du monde". Il ne s'agit pas de douter de la qualité du technicien transalpin, reconnue de tous, mais plutôt d'observer ses limites, à l'image de sa gestion des émotions, et de décortiquer ses lubies, comme son irrépressible envie de réinventer le football.
Agité devant son banc, voire surexcité, le Lombard diffuse une nervosité évidente à ses hommes, et pas seulement dans ses gestes ou ses paroles. Mercredi soir, dans le brouillard brugeois, il a par exemple aligné sa trentième composition d'équipe différente en… 30 matches, toutes compétitions confondues (17 victoires, 2 nuls, 11 défaites). C'est pourtant le premier à regretter le manque de constance de sa formation alors qu'il crée lui-même les conditions de cette instabilité, avec des choix parfois étonnants et des changements en cours de match rarement judicieux. Mais il ne faut surtout pas le dire, au risque de vexer la diva de Brescia.
"J'ai honte", s'est-il borné à dire après l'élimination "très moche" de l'OM, avouant ne pas avoir d'explications mais invitant le club dans son ensemble à faire son "examen de conscience". Ce que soulignaient des proches de joueurs dès hier, abasourdis devant l'absence de stratégie et les lacunes défensives du "Mister" De Zerbi, et ce malgré un staff qui n'a jamais été aussi pléthorique. Il doit donc s'inclure dedans et arrêter de se focaliser sur les critiques dont il fait l'objet.
L'entraîneur olympien dresse d'ailleurs souvent le même constat que les observateurs, mais il affiche une susceptibilité excessive mâtinée de paranoïa alors que ses joueurs lui manquent bien souvent plus de respect que les journalistes. Mais il préfère faire croire que les médias sont trop durs avec lui à cause de sa nationalité. C'est dire le niveau du débat…
Des dirigeants excités
Derrière un Medhi Benatia tout-puissant et un Pablo Longoria qui semble aux abonnés absents mais qui reste bien présent, l'OM navigue à vue dans les hautes sphères. Il fallait voir le directeur sportif converser jusque tard dans la nuit sur le parking du stade avec son président, tapes sur l'épaule à l'appui, après cette "soirée de merde", selon ses mots. Pendant ce temps, le directeur de cabinet gardait les valises et le responsable de la performance orchestrait le ballet des vans, tandis que le directeur de la communication, à moitié déçu (le PSG est qualifié), cherchait désespérément des toilettes. Comme sur le terrain, personne n'avait l'air à sa place.
Un laps de temps pendant lequel il a même refusé une photo à deux pauvres supporters, envoyant un membre de la sécurité pour les houspiller, alors qu'il venait de leur "demander pardon" quelques minutes plus tôt, devant les caméras, dans les entrailles du Jan-Breydel Stadion.
"C'est une faute professionnelle. J'ai rarement ressenti autant de honte dans ma carrière. On aurait quand même pu se qualifier en bon dernier, mais même ça on ne l'a pas mérité", pestait-il encore. Pas tendre avec les joueurs qu'il a lui-même recrutés, un comble, le Franco-Marocain, inlassable bosseur au vaste réseau et au carnet d'adresses étoffé, en a même invité à quitter l'OM. "Certains étaient en train de marcher... Je ne peux pas l'accepter. La porte est grande ouverte pour ceux qui ne veulent pas se battre de la 1re à la 90e minute", tonnait "Bena", un de ses surnoms, dans un numéro de stand-up qui aurait sa place sur les scènes du Vig's ou du Comédie Club Vieux-Port.
"Moi j'ai perdu beaucoup de matches, mais j'ai rarement ressenti autant de honte", appuyait-il avant de prolonger : "Il faut prendre ses responsabilités, moi je les prends, encore une fois". Une illustration parfaite du sobriquet dont certains l'ont affublé dans le vestiaire et dans le milieu, où ses détracteurs l'appellent "Moi-Je" pour sa propension à tout ramener à lui et à sa carrière passée. Mercredi encore, c'était le premier à réclamer de "l'humilité". Presque cocasse.
Des supporters bafoués
De Madrid mi-septembre, à Bruges fin janvier, près de 10 000 fidèles, en cumulé, auront sillonné l'Europe (de l'ouest) pour la gloire de l'OM et pousser dans ses derniers retranchements, cette équipe qui ne les mérite pas. Si le pire a souvent été redouté par les autorités locales, qui ont sorti l'artillerie lourde pour encadrer leurs déplacements, notamment en Belgique, les supporters marseillais se sont tenus à carreau. Hormis quelques petites frictions, ci et là, et les classiques coups de matraques des policiers espagnols, rien à signaler du mauvais côté…
De l'autre ? Des chants qui ont égayé les centres-villes, parfois deux soirs avant le jour J, des bruyants cortèges pour faire grimper la température et des parcages déchaînés. Dans le mythique Bernabeu, l'on a entendu qu'eux. Idem au Lotto Park, où ils se sont régalés en chantant "Vamos a la playa" pour chambrer les Saint-Gillois. Mercredi soir encore, après s'être réchauffés à la lumière des fumigènes, les 1500 Marseillais ont retourné le stade Jan-Breydel, sans jamais s'arrêter alors que les Flamands rossaient leurs protégés.
Malgré leur inébranlable foi, ils ont accusé le coup quand la mauvaise nouvelle est parvenue de Lisbonne, aux alentours de 23h05. Les plus anciens, malgré une solide expérience des désillusions, étaient encore hantés hier matin par ce final à l'Estadio da Luz, "regardé en boucle" sans arriver à y croire. Les aînés avaient la main de Vata, les nouveaux traumatisés auront la tête de Trubin.