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Mmadi, petit frère du Nord
La Provence
Sixième enfant d’une fratrie de sept, le Marseillais a grandi dans la cité des Oliviers, avant d’intégrer le centre de formation olympien… dont il est aujourd’hui l’un des ambassadeurs dans l’effectif de Bruno Genesio.
Même pas peur ! Quand les autres chancellent jusqu’à leur bureau, pour un effrayant tête-à-tête avec le bac, lui grimpe d’un pas léger un volcan en éruption, devant 65000 et quelques fadas qui le rêvent en héros. En cet automne 2025, Tadjidine Mmadi n’a vu fleurir que 18 printemps, mais Roberto De Zerbi mise pourtant sur ce minot, sans expérience, pour contrarier l’Atalanta. Trois jours plus tard, bis repetita, cette fois contre Brest, en championnat.
Pas (encore) de but à la clef, mais déjà une solide impression. Il en faudra bien plus pour l’intimider. "Moi, trembler ? Pas du tout ! Je suis un jeune des quartiers…", glissait fièrement le jeune homme réservé, mais pas intimidé, dont le peu de mots est ciselé par son accent marseillais.
"Dans les quartiers, ça va très vite…"
Son "quartier" ? Les Oliviers, où il a grandi sans manquer de rien, auprès de ses six frères et sœurs, jamais loin de parents attentionnés. L’un pour tenir le foyer, l’autre pour ramener les deniers. Une cité plus connue sous le sobriquet "Les Oliviers A". Une lettre, une particule funeste, qui a trop souvent noirci les pages faits divers. Particulièrement autour des années 2020, quand cette place forte du narcotrafic était le théâtre d’une guerre de gangs.
Pré-ado au talent certain, pisté par Nice, Monaco et l’OM, "Tadj" devait au plus vite quitter ce terreau stérile. "Il était bien entouré, mais dans les quartiers, ça va très vite… On ne sait jamais, du jour au lendemain, tout peut basculer, regrette Aliane Mansoibou, qui l’a accompagné des U8 aux U12, au FCL Malpassé (ex-AS Flamants-Iris), et a conseillé les Mmadi au moment du choix fatidique. Le mieux était qu’il intègre un centre de formation le plus tôt possible. Cela lui offrait un cadre plus structuré, et moins de distractions."
Ce sera donc l’OM ! Le club de cœur l’emporte sur les promesses du Gym et le chèque en blanc de l’ASM. Plus tôt que prévu, La Commanderie lui ouvre ses portes. À 13 ans, le début de son aventure olympienne. "Normalement, il faut attendre les U15-16 pour vivre au centre. Mais il fallait le sortir du quartier, c’était une de nos conditions, précise Mouabad, son grand frère, figure du foot amateur provençal. ‘Tadj' est très, très famille. Il a du mal à couper le cordon. On nous a beaucoup reproché d’avoir choisi l’OM, car le club peine à sortir des jeunes, mais il fallait que ‘Tadj' se sente bien, qu’il ne soit pas dépaysé."
Pari gagnant. Sur le devant de la scène, parfois dans l’ombre d’espoirs aux noms plus clinquants (Sternal, Bakola…), l’ailier a presque tout raflé. Un titre de champion de France U17, une coupe Gambardella (2024), une ribambelle de sélections chez les Bleuets (U19 et U20), les honneurs en Youth League (3 buts en deux matches face au Real), et maintenant une place aux côtés de Bruno Genesio, sur le banc des grands…
Un horizon impensable voici douze ans, quand Tadjidine "ne mettait pas un pied devant l’autre". "Au départ, le foot c’était pour les autres, ses collègues qui partaient s’entraîner et le laissaient seul les mercredis après-midi. À sept, huit ans, il en a eu assez et a voulu les rejoindre, raconte Mouabad, plein de tendresse pour son petit frère, l’avant-dernier de la fratrie. Il partait de zéro, vraiment de zéro. Il n’avait aucune prédisposition (rires). J’étais le premier surpris quand Aliane m’a dit qu’il se débrouillait bien." Plus jeune (2007), moins fort, Tadjidine avait beaucoup de retard à rattraper pour taper le ballon avec ses amis (et aînés), en équipe une, où gravitent les meilleurs 2006. "Sa principale motivation", ajoute l’ancien joueur du Burel, Air Bel, Endoume ou Aubagne…
De retour chez papa-maman
"Au début il courait de partout, il se dispersait un peu… Mais en quelques mois seulement il est passé du groupe 4 au 1. Il était talentueux, mais surtout très à l’écoute, très réactif. Quand il ne comprenait pas, il demandait et corrigeait aussitôt, insiste Aliane Mansoibou. Il était discret, travailleur, mais il fallait le prendre par la main pour qu’il ne reste pas dans son coin."
Un garçon "intelligent et adorable" se souvient l’un de ses anciens coaches à l’académie, Christian Bracconi. "Il a une belle vitesse de course avec ballon, le sens du dribble, la percussion… il est très talentueux, ajoute-t-il. Mais il avait besoin de se faire mal, il était un peu trop gentil." Si le footballeur n’a fait que progresser, le petit Marseillais, lui, n’a pas changé. Ni oublié d’où il venait. Cet été, trop âgé pour rester au centre RLD, "Tadj" a rendu les clefs. Retour au quartier, chez papa-maman, aux Oliviers.