Départ de Gabriel Heinze : retour à l’anormal

Véritable incarnation d’un OM qui regagne, Gabriel Heinze ne défendra plus les couleurs phocéennes la saison prochaine. Il ne lui aura fallu que deux saisons pour rentrer dans l’histoire du club : en éclaboussant le Stade Vélodrome de sa classe, de sa rage de vaincre et de son professionnalisme obsessionnel. Merci Monsieur.

« Gagneur(nom masculin) : personne qui a la volonté de gagner, qui y met tous ses efforts, et qui gagne ». S’il fallait choisir une illustration accompagnant cette définition tirée du dictionnaire, on pourrait difficilement trouver plus adéquat qu’une photo de Gabriel Heinze. L’Argentin a raflé des titres dans tous les pays où il est passé. Champion d’Angleterre avec Manchester United ; champion d’Espagne et vainqueur de la Supercoupe avec le Real de Madrid. Et bien sûr, champion de France, double vainqueur de la Coupe de la Ligue, et vainqueur du Trophée des Champions avec l’OM. Le tout, après 17 ans de disette pour le club olympien ; une broutille. Mais attention, Gaby n’a rigoureusement rien d’un porte-bonheur. Sa chance, il la provoque à grands coups de travail acharné. Parce que pour lui, le succès n’est pas un aboutissement, mais une obligation, une norme. Il ne conçoit que cela. Il ne fonctionne qu’en vue de cela. Dans la foulée du doublé réalisé par l’OM, Didier Deschamps avait déclaré qu’il estimait avoir simplement « corrigé une anomalie ». Heinze aura été son réparateur en chef : celui qui remet les choses à l’endroit, là où elles doivent se trouver ; celui qui a remis l’OM au sommet de la France du Foot, là où il est supposé être. Il ne nous viendrait pas à l’esprit de nous vanter de respirer. Eh bien, il ne viendrait pas à l’esprit de Gabriel Heinze se féliciter de gagner : c’est juste ce qu’il fait, c’est simplement ce qui définit qui il est.

Le futur-ex numéro 19 de l’OM aura donc naturellement été un leader, et bien plus que ça : il s’est imposé comme l’âme du groupe, au sens presque religieux du terme si l’on considère qu’il est venu à Marseille en missionnaire : pour y prêcher la victoire. Pourtant, il serait idiot d’occulter son apport strictement sportif, qui a été considérable. Alors certes, il n’a ni les qualités athlétiques d’un Ronald Zubar ni la rapidité d’un Salomon Olembe. Il n’a plus ses jambes de vingt ans. Mais il a l’intelligence de ses trente ans passés. Passés, vous l’avez compris, à gagner. Plus que sa science du placement, son métier, son apport incomparable en Coupe d’Europe, on a envie de retenir son incomparable grinta. En deux années à Marseille, il n’a pas lâché la moindre minute. Cette obstination a eu des applications très concrètes. En effet, Heinze ne s’est jamais contenté d’haranguer ses partenaires, de remotiver ses troupes. Il s’est souvent employé à montrer la voie lui-même, à mettre la main à la pâte, ou plutôt le coup de patte dans le but. Comme lors du match du sacre contre Rennes, au cours duquel il ouvre la marque d’un magnifique coup-franc, qui restera sans doute l’image la plus marquante de son passage à l’OM. Comme aussi contre Paris, le Real de Madrid ou Zurich, où il sonna la révolte ou débloqua la situation. Un entêté ce Gaby. Littéralement. Et pour notre plus grande joie. Devant tout cela, les références à son salaire, qui auront été incessantes pendant deux ans, ou à son âge, laissent songeur et font plus que friser l’indécence.

Je sais ce que vous vous dites : cet hommage a quelque chose d’un éloge funèbre. Il n’en est rien. La vie continue, et l’OM aussi. La star, c’est, le club. Simplement, Gabriel Heinze a été LA star du club durant son passage. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’OM en a compté fort peu, ces 18 dernières années. Il aura finalement été fidèle à ses habitudes : il vient, il gagne, et il s’en va. Fidèle à ses principes aussi, refusant de cautionner un projet dans lequel il ne se reconnaît plus. Muchas gracias Gaby. Lo siento Lucho. L’OM se relèvera de son départ. Il nous faut simplement espérer que ce soit le plus tôt possible. Parce que 17 ans, putain, c’est long. Mon petit doigt me dit que ça dépendra beaucoup l’avenir du compatriote d’Heinze, un certain Didier Deschamps, l’homme qui l’avait convaincu de venir. Logique : ils viennent tous les deux de Victoire.

Merci à Gatisbelza

 
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Article lu 919 fois, écrit le par bibpanda Cet article a été posté dans Mercato. Sauvegarder le lien.

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