L’OM change de peau : le dossier d’OMlive

Quelques jours après JC

Tout juste deux ans après sa nomination en remplacement de Pape Diouf (le spécialiste du trésor de guerre), Dassier a été remercié. Malgré ça, l’ancien homme fort de l’information de TF1, notamment dans le domaine de la communication (sic) s’en va avec un palmarès qui ferait rougir la totalité de ses prédécesseurs depuis Tapie : deux Coupes de la Ligue et un trophée de Champion de France. Quelles sont les véritables raisons de son éviction ?

Une communication proche de la catastrophe

« Je ne serai pas un président à l’africaine » comme préambule d’innombrables déclarations plus déplacées ou idiotes les unes que les autres. Celui que l’on pensait aguerri en communication est souvent complètement passé au travers en interviews, n’hésitant notamment pas à dire que seul Deschamps était contre le départ de Niang ou encore que son coach attendait seulement qu’on lui dise qu’on l’aime…
Il faut avouer que sa nomination avait suscité l’étonnement. Inconnu ou presque des milieux sportifs, l’ancien directeur général de LCI trainait avec lui l’image du parisien, au sens péjoratif marseillais du terme, catapulté en première ligne pour éteindre le feu déclenché par l’éviction d’un Pape Diouf respecté.
Les raisons profondes de sa nomination en 2009 seraient en réalité principalement politiques : salarié à LCI, filiale de TF1, Dassier aurait permis de faciliter les tractations entre la Ville de Marseille et Bouygues, propriétaire de TF1, pour le chantier de rénovation du Vélodrome. Le chantier étant finalement confié…à Bouygues.

Un Mercato estival raté et une gestion financière médiocre

Fin de saison 2009-2010, l’OM est champion et Deschamps envisage de le rester. Pour cela il souhaite garder ses cadres et ajouter quelques touches talentueuses. Finalement, seul le recrutement d’Azpilicueta représentait son véritable souhait. Rémy et Gignac venaient renforcer le secteur offensif, mais même si Deschamps était conscient de leurs qualités, il imaginait plus une association Fabiano-Niang pour son équipe…
Ce n’est pas tant le recrutement qui le déçoit alors, mais le fait que tout semble se faire à son insu. Comme si cela ne suffisait pas, les transferts n’étaient semble t-il pas négociés correctement (entraînant d’ailleurs également le licenciement de Veyrat), engendrant aujourd’hui un déficit plus important que prévu…

Désemparé pour garder Deschamps comme bouquet final

On avait vécu cela avec Gerets, bis repetita cette saison avec Deschamps. Alors que joueurs, staff et supporters espèrent chaque jour voir leur coach rester, Dassier semble totalement démuni pour le convaincre de rester, entrainant alors la colère de Labrune et de la propriétaire, Margharita Louis-Dreyfus.

C’est donc sur un très bon bilan sportif que Dassier s’en va, reste néanmoins que les erreurs commises nous auront empêché peut-être de viser encore plus haut…

Deschamps cherchait les clés

Didier Deschamps vient de signer jusqu’en 2014. S’il tient jusque là, il égalera les records de Henry Roessler (50-54) et Victor Gibson (25-29)! Si l’envie lui prenait de partir en Décembre, il battrait Courbis et Gransart, présents il y a respectivement plus de 10 ans et plus de 25 ans comme entraineurs à l’OM. Les raisons qui font que Deschamps est toujours là, lui qui avait claqué la porte à Monaco puis à la Juventus ?

Le couac du mercato 2010

Malgré une première saison, 2009-2010 pleine de titre, la seconde intersaison de Deschamps à l’OM tourne au cauchemar : non-prolongation de Bonnart, non recrutement de LA priorité (Fabiano) et du favori Alou Diarra, départ en fin de mercato du capitaine, Mamadou Niang, remplacé à prix d’or par un Gignac à court de forme, qu’il ne souhaite d’ailleurs pas.
Sportivement, l’équipe peine à produire du beau jeu, mais les résultats sont là, les objectifs sportifs atteints, et les joueurs semblent être derrière lui. Deschamps évoque même son envie de voir le nouveau stade depuis le banc…

L’appel du pied n’était semble t-il pas suffisant pour le Président Jean Claude Dassier, qui ne prend alors pas la peine de mettre en œuvre une éventuelle prolongation de contrat du coach.
Pire, il invite même, dans la délégation du club qui va fêter le nouveau trophée glané (le 4ème en 2 ans, excusez du peu!), l’ancien entraineur, Eric Gerets, parti comme un voleur, et qui devrait être son successeur, si on en croit la rumeur. Après tant de labeur, et toutes ces couleuvres avalées, pourquoi prolonger ?

Accès direct au trône

Champion en 2010, vice champion en 2011, et double vainqueur de la Coupe de la Ligue, quels peuvent être les éléments qui poussent Deschamps à envisager un départ à la Roma ? S’il ne recherche pas le pouvoir absolu et ne demande pas 100M€ pour le recrutement, il souhaite une chose simple : une ligne directrice claire. C’est-à-dire principalement savoir ce qu’il a comme budget à disposition et quelles sont les ambitions de l’OM pour les années à venir. Des interrogations évidentes pour le gagneur qu’est Deschamps.

Devant l’incapacité de Dassier à lui fournir des réponses claires, il envisage un temps un départ vers un autre club avant que Labrune, sur lequel nous reviendrons plus tard, ne se démène pour garder à l’OM l’entraîneur qui gagne.
La demi-finale de top14 était l’occasion de retenir un Deschamps hésitant pour finalement le nommer « Entraîneur Général en charge du secteur sportif professionnel ».
En court-circuitant Dassier, Deschamps s’impose alors comme un rouage essentiel de l’OM, qui veut être en relation direct avec ceux qui ont le pouvoir, le vrai.
Sa déclaration après sa prolongation ne fait d’ailleurs pas de doute : « Je tiens à remercier particulièrement Madame Margarita Louis-Dreyfus de la confiance qu’elle m’a manifestée et Vincent Labrune pour m’avoir apporté des réponses claires aux questions que je me posais. »

Deschamps sort clairement renforcé de cet épisode chaotique. Les clés de l’OM lui sont confiées, en collaboration avec José Anigo.
Ce dernier, la caution « marseillaise » des dirigeants du club depuis des années, sort lui aussi grand vainqueur du remue-ménage. Promu directeur sportif après s’être fait virer du poste d’entraîneur, il est aujourd’hui conseiller du Président.
Les deux hommes, qui se retrouvent maintenant à un niveau hiérarchique équivalent, vont devoir travailler ensemble malgré des dissensions de longue date.

Labrune ne compte pas pour des prunes

Mais qui es-tu Vincent Labrune ?

Propulsé Président de l’OM en lieu et place de Jean-Claude Dassier, qu’il s’est chargé d’évincer lui-même, Vincent Labrune est avant tout un homme d’ambition.
Débutant à France 2 en tant qu’attaché de presse du service des sports, il est vite repéré par Jean-Luc Delarue qui, en 2000, le fait entrer dans sa société Reservoir Prod. Chargé de la communication de l’information sur France Télévision depuis 1994, aux côtés de Daniel Bilalian et Patrick Chêne, il devient plus tard conseiller de Patrick Le Lay et Etienne Mougeotte.
Vincent Labrune fait partie de ses hommes qui savent se rendre indispensable. Selon son ancien collaborateur pour l’émission « Ca se discute », Gilles Bornstein, Labrune est quelqu’un d’ »incisif, vif d’esprit, extrêmement rusé dans le boulot, finaud même. Très intelligent, il arrive à obtenir ce qu’il veut. »

Ce petit gars d’Orléans, ambitieux à souhait, savait sans doute qu’un jour il jouerait un rôle important dans le football.

Son entrée à l’OM

Ami de Delarue, c’est au travers de la boxe que Labrune va approcher les sphères olympiennes. Par l’intermédiaire de Brahim Asloum et Louis Acariès, il fait la connaissance, en 2003, de Robert Louis Dreyfus qui ne tarde pas, lui non plus, à apprécier les qualités du garçon. Quelques mois après leur rencontre, Labrune devient conseiller en communication et porte parole de l’homme d’affaire suisse, avant de remplacer, en janvier 2008, Mehdi El Glaoui, au poste de Président du conseil de surveillance de l’OM.

Homme de confiance, et même bras droit de Louis-Dreyfus, il est à l’origine du départ de Pape Diouf. Devenu président de la holding Eric Soccer, qui est la société mère de la SASP (société anonyme sportive professionnelle) OM, Labrune prend un peu plus de poids à la mort de Robert LD, lorsque l’épouse de l’ancien Président de l’OM décide de poursuivre l’aventure olympienne. Il apparaît alors quasiment comme le patron de l’OM compte tenu de ses liens très étroit avec la propriétaire. L’Equipe Mag, dans un article intitulé Labrune et La blonde n’hésitera d’ailleurs pas dans un de ses numéros à faire état d’une possible relation amour entre les deux protagonistes.

Le nouveau « boss »

Devenu incontournable à l’OM depuis son entrée au conseil de surveillance, Labrune n’en restait pas moins un homme de l’ombre. Très discret dans les médias, avare de déclarations et presque fantôme pour les photographes, le président du conseil de surveillance cultivait le paradoxe d’un homme secret, à la tête d’une entité ultra médiatisée qu’est l’Olympique de Marseille.
Le renvoi de Dassier vient mettre fin à cet état de fait et propulse pour la première fois Vincent Labrune en première ligne. Il est aujourd’hui Président de l’olympique de Marseille et devrait devenir dans les semaines à venir Président du Conseil d’administration de la SASP OM (l’OM a annoncé que le modèle directoire/conseil de surveillance allait être abandonnée au profit d’un conseil d’administration).

Président sans doute à poigne, Labrune ne devrait pas pour autant devenir un « hyper Président ». ayant annoncé qu’il resterait sans doute à Paris et en viendrait pas s’installer à Marseille, ses interventions devraient être limitées, laissant le soin au conseiller du Président, l’increvable José Anigo, et à Deschamps le soin de communiquer. En témoigne d’ailleurs sa première interview accordée à France Football, après sa nomination : « Je ne m’exprimerai que lorsque j’aurai quelque chose d’important à dire. Dans un club de foot, les stars, ce sont les joueurs et l’entraîneur. Certainement pas les dirigeants. »

Labrune, apparaît donc, à l’heure actuelle, comme le nouveau grand patron de l’OM. Aux côtés du nouvel arrivant, Philippe Perez, directeur général de l’OM, et de Didier Deschamps, le nouveau président aura la lourde tâche de maintenir l’OM dans les premières places françaises, voire européenne, tout en faisant face à une situation économique compliquée, qu’il a lui-même pointé du doigt et qui a valu à Dassier d’être remercier.
Une équation compliquée pour un homme qui semble ne pas avoir peur de grand-chose.

On ne demande qu’à voir !

 
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Article lu 909 fois, écrit le par bibpanda Cet article a été posté dans Edito. Sauvegarder le lien.

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