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Et « Fauda » plongea dans les ténèbres du 7 Octobre
La série israélienne, dont la saison 5 est disponible à partir de ce mardi sur Netflix, marque les esprits par deux épisodes exceptionnels consacrés aux massacres de 2023.
L’épisode 7, comme 7 Octobre, va commencer. Et soudain, un avertissement inhabituel, sur lequel tomberont les usagers de Netflix à partir de ce mardi et la mise en ligne de la saison 5 de la série israélienne « Fauda » : « Les épisodes 7 et 8 contiennent des scènes violentes. Nous mettons particulièrement en garde les survivants des tragédies. L’intrigue restera claire si vous continuez sans les voir. » Deux épisodes qui ont été mis gratuitement à la disposition du public israélien sur le site Web du studio Yes, producteur de la fiction, comme un moment d’histoire partagé. Fût-il atroce.
« Fauda » y aborde avec un ultraréalisme qui pétrifie la tragédie du 7 octobre 2023 en Israël, l’attaque massive du Hamas, en commandos motorisés depuis Gaza, au cours de laquelle 1 200 civils israéliens ont été assassinés, et 250 enlevés : ces otages dont la mort ou la survie ont rythmé l’actualité internationale jusqu’à la restitution à l’État hébreu du dernier corps, le 26 janvier. La série est la première à aborder — d’une manière documentée à l’extrême — cette journée noire.
Mais pour en comprendre l’impact, il faut revenir aux origines de « Fauda », un mot qui signifie « chaos » en langue arabe. Cette production israélienne, créée en 2015 et que Netflix diffuse depuis 2018 en France, est centrée sur une unité spéciale israélienne de commando de quelques membres formés pour se fondre dans la population arabe des territoires occupés et y affronter le Hamas, voire le Hezbollah et même Daech dans les zones frontalières de la Syrie et du Liban.
Les quatre premières saisons de « Fauda », réalistes, d’une noirceur absolue, au rythme frénétique entre « 24 Heures chrono » et « The Shield », jouées en hébreu et en arabe, ne cessent de confronter le groupe de cinq combattants (dont une femme) à différents types de terrorisme.
Un passage par Marseille
Les créateurs de la série savent de quoi ils parlent. La torture y est abondamment utilisée des deux côtés. Production israélienne, mais pas vraiment d’a priori politique ou idéologique : « Fauda », c’est un tête-à-tête irrespirable avec la haine et la vengeance.
Jusqu’à ce que le réel dévore la fiction. La saison 4, qui se déroule en 2022, avait été diffusée, et la saison 5 était en cours de préparation quand s’est produit le 7 Octobre. L’un des producteurs, réserviste de l’armée, a été tué lors de l’explosion d’un tunnel piégé, en novembre 2023.
Lior Raz, l’acteur phare, s’est lui aussi engagé. De même qu’un autre comédien, Idan Amedi. Revenu dans l’armée — en vrai —, il a été grièvement blessé en janvier 2024 lors d’une explosion. Il s’en est sorti mais n’apparaît pas dans la nouvelle saison.
Les premiers épisodes sont décevants, selon nous. Les membres survivants de l’unité se retrouvent à Marseille, où se terrent des membres du Hamas qui ont participé à l’attaque du 7 Octobre. Le commando agit sans ordre, comme une vendetta. Et les personnages français — dont une femme jouée par Mélanie Laurent — s’avèrent tellement caricaturaux dans leur sentiment propalestinien qu’il y aura peut-être un débat sur la manière dont la société israélienne voit, avec mépris et ironie, une France qui l’a déçue.
Deux chapitres nécessaires
Mais ces réserves tiennent du détail parce que ces épisodes 7 et 8, qu’il ne faut à aucun prix dévoiler, entreront dans l’histoire des séries, et font oublier ce qui précède. Des fêtards d’une rave-party mitraillés dans le désert — si près de Gaza — à la mort en ce kibboutz, la saison 5, cassée en deux, disruptive, inégale, mais inoubliable en son cœur sanglant, est forcément la dernière. Elle est écrite comme telle. Et ses héros s’y avouent déjà morts intérieurement. Regardez-les.
Car l’avertissement n’est pas tout à fait exact. Oui, on peut comprendre l’intrigue principale sans jeter un œil aux épisodes 7 et 8. Mais ils apportent un éclaircissement important. Et ils permettent aussi de dire au revoir à tant de choses : à ceux qui tombent, à une certaine idée de la vie, de l’espoir. « Fauda » a toujours fait mal. Et ici plus que jamais.
« Fauda », saison 5, série israélienne d’Omri Shenhar avec Lior Raz, Lucy Ayoub, Itzik Cohen… Onze épisodes d’environ 40 minutes.