Information
Pour répondre aux difficultés dans les lycées, plus de 3 000 professeurs remplaçants doivent être déployés dans les prochains jours. Parmi eux, Agathe dénonce une affectation inadaptée à sa formation.
En réponse à la colère lycéenne et à l'urgence, le ministre de l'Éducation nationale Édouard Geffray a annoncé jeudi 8 octobre le déploiement de plus de 3 000 professeurs remplaçants dans plus de 500 lycées en difficulté en France dans les prochains jours. Parmi ces enseignants titulaires en zone de remplacement (TZR), qui constituent un vivier de professeurs en attente d'affectation, Agathe*, professeure de mathématiques, a reçu un arrêté de nomination pour le moins ubuesque.
Elle a découvert son affectation par mail, au lendemain de l'annonce du ministre de l'Éducation nationale. C'est sa première année d'enseignement. "Une affectation dans un établissement qui se trouve à 50 kilomètres de mon établissement de rattachement, ce qui reste quand même 120 kilomètres de chez moi. Et c'est dans un autre département, donc c'est totalement hors de la zone qui m'avait été affectée", explique-t-elle.
Depuis la rentrée, Agathe travaille dans un établissement de rattachement en Île-de-France, mais elle n'a pas de classe attitrée. "Le plus drôle dans l'histoire, c'est que moi je suis professeure de mathématiques et on m'affecte en tant que prof de lettres modernes dans un lycée. Sachant qu'au lycée les élèves préparent le baccalauréat de français et que je ne suis pas du tout formée pour leur présenter des textes, faire des commentaires, ou que sais-je, dessus", déplore-t-elle. Cette professeure de mathématiques ne connaît pas le programme de littérature. "Proust, Émile Zola, j'imagine..."
Pour cette enseignante titulaire en zone de remplacement, ce choix du ministre de l'Éducation nationale est incompréhensible. "On est des pions qu'ils placent où ils veulent, quand ils veulent, c'est quand même fou. Et le pire dans tout ça, c'est que les lycéens revendiquent certaines choses, ont des revendications qui peuvent s'entendre, qui doivent s'écouter. Et ils placent des professeurs qui ne sont pas formés, pour pouvoir dire 'on a remplacé les profs, c'est bon, vous pouvez arrêter vos manifestations.' Alors que les lycéens ont le droit d'avoir un enseignement adapté. Moi, je suis professeure de mathématiques, pas professeure de lettres modernes", insiste-t-elle.
Agathe doit prendre ses fonctions le 1er novembre, à temps plein. "Je ne sais pas, on verra. Certainement contacter des collègues parce qu'il y a une bonne équipe pédagogique. On s'aide beaucoup, les professeurs, les enseignants, on se soutient, ça va être compliqué. Mais bon, quand on n'a pas le choix. Parce qu'à part démissionner, je ne vois pas ce que je peux faire d'autre", explique-t-elle. L'enseignante francilienne, qui doit prendre ses fonctions le 1er novembre prochain jusqu'à l'été 2027, va contacter au plus vite le rectorat.
*L'enseignante a accepté de témoigner sous couvert d'anonymat.