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Décryptage Jeux paralympiques 2026 : en Italie, une équipe de France «resserrée» qui vise les sommets
Du 6 au 15 mars, plus de 600 athlètes, dont treize Français, batailleront à nouveau entre Milan et Cortina. Les Bleus ont des ambitions élevées et les Alpes 2030 dans le viseur.
Les week-ends passés dans le canapé à zapper toutes les heures de France 2 à France 3 et les journées de travail perturbées par une course de biathlon, un match de hockey ou un super G, c’est reparti. Vendredi 6 mars, au soir, s’ouvrent dans l’arène antique de Vérone les Jeux paralympiques, là même où la flamme olympique s’était éteinte il y a deux semaines. Un match retour calqué sur des JO, avec certaines adaptations.
Les quelque 600 athlètes paralympiques, issus d’une soixantaine de pays, ne pourront se disputer des médailles que sur six disciplines contre seize chez les olympiques – adieu le bobsleigh ou le patinage notamment. Dans la plupart d’entre elles, plusieurs catégories sont au programme, différenciées en fonction du handicap : les skieurs amputés d’un bras ne concourent pas avec les paraplégiques ou les malvoyants, histoire d’équité et que chacun y trouve sa place.
En revanche, ne cherchez pas d’athlètes atteints de handicap mental, il n’y en aura tout simplement pas. Depuis la triche des basketteurs espagnols aux Jeux de Sydney en 2000, aucune place ne leur est faite lors des Jeux d’hiver (ils ont pu faire leur retour dans certaines rares disciplines en été).
Objectif top 4
Pour voir les athlètes français, qui sont arrivés en Italie en début de semaine, il faudra attendre samedi. Les Bleus ont décidé de faire l’impasse sur la cérémonie d’ouverture de vendredi. Pas pour protester, comme l’Ukraine, contre la présence des athlètes russes et bélarusses, finalement autorisés à concourir sous leurs couleurs (ce qui n’était pas le cas aux Jeux olympiques). Mais pour se préserver pour les épreuves qui commenceront dès le lendemain, à plusieurs heures de route de Vérone.
La délégation française est cette année particulièrement mince : seuls treize athlètes, accompagnés de deux guides pour les malvoyants, ont fait le déplacement de l’autre côté des Alpes. Un choix assumé par le Comité paralympique et sportif français (CPSF) qui a préféré laisser à la maison les espoirs de demain pour n’envoyer en Italie que des sportifs qui ont de grandes chances de repartir avec une médaille autour du cou.
«On a des sportifs qu’on n’a pas sélectionnés car on a jugé qu’ils n’étaient pas assez mûrs pour cette expérience paralympique. On préfère les protéger, ne pas les jeter dans la gueule du loup, pour qu’ils préparent 2030 sereinement», explique à Libé Marie Bochet, ex-légende du para-ski alpin (huit médailles d’or paralympiques à son palmarès), désormais cheffe de mission de la délégation française.
Malgré cette équipe «resserrée» et très masculine (seules deux Françaises ont été sélectionnées), les ambitions françaises sont élevées : faire au moins aussi bien qu’à Pékin, en 2022, où la France s’était hissée à la 4e place du classement des médailles (douze breloques décrochées dont sept en or). Au vu des «résultats des athlètes sur les dernières saisons», Jean Minier, le responsable des sports au CPSF, table sur «au moins 18 médailles, dont 7 titres». Un chiffre atteignable car la plupart des Français sont en Italie «multimédaillables».
A commencer par le fer de lance de l’équipe de France, Arthur Bauchet, qui espère décrocher pas moins de cinq breloques en ski alpin en Italie, si possible toutes en or (il était reparti de Pékin avec quatre podiums dont trois titres). Le biathlète Benjamin Daviet (quatre médailles à Pékin, cinq à Pyeongchang), la snowboardeuse et porte-drapeau, Cécile Hernandez (médaillée d’or à Pékin), ou encore la benjamine de la délégation, Aurélie Richard, 20 ans, qui multiplie les podiums en ski alpin cette saison, devraient contribuer activement à la moisson espérée.
Surfer sur Paris 2024
Ces Jeux marquent pour les para-athlètes français un entre-deux. Une première échéance après le succès populaire des Jeux paralympiques de Paris, disputés dans des stades pleins (2,5 millions de billets avaient été vendus), où l’ambiance n’avait rien à envier à celle des JO, le tout sous l’œil de dizaines de millions de téléspectateurs (60 % des Français déclarent avoir regardé au moins une épreuve). Et une dernière répétition avant un retour de l’événement dans les Alpes françaises en 2030, où les rangs des Bleus devraient être bien plus garnis.
En Italie, l’engouement ne sera probablement pas au niveau de 2024. Les Jeux d’hiver sont historiquement moins suivis en raison d’un nombre d’épreuves et d’athlètes moins nombreux que l’été. Les sites de compétition plus éloignés des villes découragent également les spectateurs : si l’organisation de Milan-Cortina n’a pour l’heure pas communiqué de chiffres, les tribunes seront probablement moins garnies que lors des JO il y a trois semaines.
Marie Bochet, qui a disputé ses premiers Jeux en 2010, note malgré tout un changement drastique depuis une décennie, porté par l’accueil de l’événement en France : «On sent désormais que les Jeux paralympiques sont reconnus, conscientisés et médiatisés. Les athlètes se professionnalisent : on a plus de moyens, donc ils ont plus d’entraînement, ils peuvent se consacrer pleinement à leur sport, ce qui tire tout le monde vers le haut.» Une considération nouvelle pour les athlètes paralympiques français, qui se mesure notamment aux nombreuses interviews entre leurs entraînements lors des derniers jours de préparation.
«On est moins dans l’héroïsation et plus dans le sportif»
Arthur Bauchet raconte avoir vu son quotidien changer ces dernières années : «Dans les écoles où je faisais des interventions avant Paris 2024, le parasport était méconnu, alors que maintenant tout le monde connaît. Déjà, après 2022, quand des gens me reconnaissaient dans la rue, je me disais «c’est une vanne ?» Mais ça ne s’arrête pas, on voit vraiment une évolution.» Le para-skieur de 25 ans espère que les Jeux de Milan-Cortina, organisés pour la première fois sur un fuseau horaire européen depuis Sotchi en 2014, permettront de capter toute la lumière avant les Alpes 2030.
Comme il y a deux ans, France Télévisions diffusera en direct l’intégralité des épreuves (de 10 heures à 18 heures sur France 2 et France 3, le reste sur la plateforme france.tv). Une retransmission «satisfaisante» pour Laurence Pécaut-Rivolier, la présidente du groupe de travail «Protection des publics et diversité de la société française» à l’Arcom, car «similaire à celle des Jeux paralympiques de Paris 2024» : «Il y a eu un vrai changement dans la façon dont on traite le parasport : on est aujourd’hui moins dans l’héroïsation et plus dans le sportif.» La magistrate note malgré tout qu’après l’été 2024, «l’engouement est retombé». L’objectif désormais affiché par l’institution : que le handisport soit aussi «présent dans les médias et plus retransmis en dehors des Jeux».