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Au nom du club, la brigade numérique de l'OM reste en ligne avec les dirigeants
Chronique marseillaise, épisode 7 - Sur les réseaux sociaux, le redoutable "contexte marseillais" aura été très bienveillant avec la direction du club.
Auteur : Mourad Aerts le 12 Fev 2026
Dernière réaction : hier à 11h04
Mercredi 11 février 2026, 2h35, sur tous les téléphones de Marseille et de Navarre, la notification tombe. Communiqué officiel : "L'Olympique de Marseille et Roberto De Zerbi, entraîneur de l'équipe première, annoncent la fin de leur collaboration d'un commun accord." Cela faisait déjà quelques heures que la nouvelle tournait, elle est désormais officielle.
48 heures plus tôt, l'Italien était apparu lessivé, abattu, en salle de presse du Parc des Princes. Défaite humiliante 5-0 contre le PSG, élimination honteuse de la Ligue des champions après un revers 3-0 contre Bruges, et perte cruelle, début janvier, du trophée des champions avec une égalisation dans les arrêts de jeu du PSG (victoire obtenue dans la foulée par les Parisiens aux tirs au but).
Voilà les grandes lignes de la chute de l'entraîneur venu de la rue qui n'avait pas de passeport français[1], mais n'oublions pas la rouste à domicile contre Liverpool (0-3), le retour de 0-2 à 2-2 du Paris FC et le non-match marseillais contre Nantes (0-2). Un début d'année 2026 chargée émotionnellement, donc.
Et pourtant, si au Vélodrome l'humiliation européenne est assez mal passée, les réseaux sociaux n'ont pas tant grondé. Enfin si, mais avec une certaine mesure.
"Ce qui m'intéresse, c'est pas d'avoir raison, c'est le bien de l'OM !"
Pendant toute cette période, des comptes influents, principalement sur X et un peu sur Instagram, ont continué à supporter la stratégie du club et à appeler à l'unité. Loin de "l'armée numérique" du PSG, cette unité ressemble plutôt à la brigade du damage control de l'OM.
Des vrais amoureux du club, un peu flattés d'être contactés en DM ou d'avoir telle ou telle connaissance en interne, se faisant un plaisir de défendre leur club contre les hordes malveillantes de journalistes. Journalistes parisiens, bien sûr, mais aussi marseillais, surtout s'ils travaillent à La Provence. Une mission de contre-influence au travail de "déstabilisation" de la presse à l'encontre de l'OM.
L'auteur d'un de ces comptes, qui a souhaité rester anonyme, explique : "Je suis pour la critique positive." Lorsqu'il lui est fait remarquer que le concept de "critique positive" a des relents propagandistes, il rectifie : "Bienveillante, alors." Dans tous les cas, il assume : "Ce qui m'intéresse, c'est pas d'avoir raison, c'est le bien de l'OM ! J'en ai marre de l'instabilité, je veux voir mon club avancer. Peut-être que je protège l'OM, mais je ne dis jamais de choses que je ne pense pas."
Si des leaders de groupes de supporters suspectaient déjà l'existence d'une armée numérique à l'époque de Vincent Labrune, si Jacques-Henri Eyraud - en pleine opération séduction - se faisait un plaisir de citer une palanquée d'@ au début de chacune de ses conférences de presse, le phénomène a pris une autre tournure sous Longoria.
Ce ne sont pas des bots, des supporters populaires que l'on cherche à séduire, mais des passionnés du club qui croient sincèrement - peut-être naïvement, mais sincèrement - à la pertinence du travail réalisé par cette direction.
Ainsi, lorsqu'en septembre 2023, les leaders des groupes de supporters exigèrent "IRL" le départ de Pablo Longoria avec véhémence, un certain nombre de ces comptes sur les réseaux sociaux montèrent au créneau pour défendre leur président en rappelant deux ou trois faits indéniables (nombre de qualifications en Ligue des champions, meilleure tenue des comptes, etc.), et pour distiller deux ou trois éléments de langage glissés par le club (amour du président pour ce peuple, combativité, etc.).
L'opération Greenwood
L'arrivée de Medhi Benatia a amplifié le phénomène. L'ex-international marocain est encore plus apprécié que le président espagnol, son discours (institution, ambition, exigence, ennemis du club internes et externes) fédère naturellement. Une rumeur court d'ailleurs, selon laquelle Benatia himselfcommuniquerait avec certains de ses comptes. Information non vérifiée pour l'instant.
Pour trouver de bonnes sources, il faut plutôt chercher dans les bureaux et dans les entourages des dirigeants. C'était notamment le cas en juillet 2024 lorsque la signature imminente de Mason Greenwood agitait toute la cité phocéenne. Les images et l'audio répugnant de son affaire de violences conjugales (poursuites abandonnées en février 2023) allaient faire réagir jusqu'au maire de la ville, qui se prononçait contre l'arrivée de l'ex-international anglais.
Dans la chaleur de l'été olympique, un message avait été savamment distillé par des petites mains du club vers des supporters plus ou moins influents : il n'y avait pas de raisons de s'inquiéter. Un autre "influenceur OM" expliquait à l'époque en off : "Je ne peux pas tout te dire, mais après ce que j'ai appris de source sûre, je suis rassuré. Je sais que tout n'est pas de sa faute, crois-moi, l'OM a été au bout des choses."
Ses performances sur le terrain et le pressing constant du service communication de l'OM sur les journalistes lors des premières sorties de Boisvert a fait le reste.
Il faut désormais compter avec cette nouvelle plaque chauffante pour déterminer la température de la marmite OM. Il n'y a pas de rendez-vous secret, d'achats de posts par la direction, mais simplement des supporters allant à la pêche aux infos pour défendre leur club. Et traitant l'information comme des supporters, donc avec une volonté revendiquée de défendre l'institution.
Mais en février 2026, l'équilibre sportif du club est à nouveau remis en cause avec ce départ volontaire de De Zerbi. Si, comme d'habitude, tout le monde cherche actuellement le coupable, il va falloir à un moment à nouveau se préoccuper du football, parce qu'il y a encore une saison de football à terminer. Oui, parfois, l'OM joue au football.