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Les bars marseillais victimes de la crise sportive
Effectif, résultats… La cure d’austérité à l’OM se répercute sur les commerces qui ressentent une "différence énorme" en comparaison aux autres années, lors desquelles le Clasico renflouait les caisses.
La pression et l’OM sont si intimement liés qu’ils appartiennent désormais presque au même champ lexical. Le problème, c’est qu’avec la série de déceptions en cours (départs des stars, aucune recrue au mercato, quatre défaites d’affilée), elle commence à s’accumuler douloureusement sur les épaules de Bruno Genesio et ses ouailles, mais ne mousse plus du tout dans les bars où la soif des supporters est un pilier de l’économie locale.
"On a commencé la saison sans diffuser les matches vu la baisse d’affluence qu’il commençait à y avoir en fin de saison dernière. On attend de voir si on s’y remet mais vu comme ça part, je crois que le jeu n’en vaut plus la chandelle", avoue un serveur de la Plaine, où il devient impossible de suivre l’Olympique en terrasse.
Pour déguster le Clasico en plein air sans mettre les pieds au stade, l’offre en centre-ville se concentre essentiellement autour du Vieux-Port où les indéboulonnables ont fait des matches un fer de lance commercial. Hélas, cet OM ne draine plus les foules et inquiète maintenant les places fortes de la cité phocéenne.
"On a plus de monde pour Arsenal que pour l’OM"
"Franchement, c’est très dur. En juillet, entre le tourisme et la coupe du monde, on débordait ! Mais depuis, le rythme est presque à l’arrêt, se désole Théodore, du British pub. Il y a même un truc très paradoxal, c’est que pour l’OM, on a peut-être quatre tables, et on fait plus de chiffre sur les matches d’Arsenal ou Manchester United. Peut-être qu’on profite des derniers touristes anglais qui voient "British" sur l’enseigne…"
"Cette saison, on sent une différence énorme. C’est catastrophique, confirme Robin au O’Neals, voisin dans la "rue des diffuseurs", entre le Quai de Rive neuve et le cours d’Estienne d'Orves, où cinq bars retransmettent les joutes olympiennes. Pour le Clasico, chaque pub prend toujours des dispositions exceptionnelles. Mais là, par rapport aux autres années, on va diviser les prévisions par deux. Et encore, avec la tôle qu’ils ont prise à Besiktas, ce sera peut-être pire".
Pouvoir d’achat et désamour
Autour du Vélodrome, on grimace aussi, et l’on ressent peut-être encore davantage le désamour qu’ont occasionné un été sans sel et une série de ruptures difficiles au printemps. "Ça faisait des années qu’on était à guichets fermés même contre Lorient et Le Havre. Là, à trois jours du Clasico il restait 5 000 places à vendre. On a quelques abonnements qu’on offre chaque année aux clients les plus fidèles et pour la première fois, personne ne me les a demandés, hallucine Cédric au comptoir de la Brasserie du stade, face au Vel. On est très loin de notre chiffre d’affaires habituel. Il y a le pouvoir d’achat en berne, les préoccupations des gens à la rentrée qui peuvent être éloignées du foot, mais en vérité, c’est surtout que ce qui reste d’argent et de temps libre, c’est difficile de le dépenser pour cette équipe au même prix que pour De Zerbi, Aubameyang et Greenwood un an plus tôt."
"Et si on va plus loin, non seulement on n’a plus de stars mais les mecs ne signent même plus d’autographes alors que les anciens ont connu l’époque où on parlait à l’entraîneur, où Carlos Mozer passait dans ma boutique. L’OM était une famille mais maintenant pour les jeunes, c’est plus dur de s’attacher à l’équipe", prolonge, à la boutique des supporters quelques mètres plus loin, "Papine", lui aussi "très à la peine sur le plan des ventes depuis la fin de saison dernière". Tout comme le magasin officiel du club qui n’a vu passer qu’une poignée de touristes en quête de souvenirs ces derniers jours sur le boulevard Michelet.
Un mois d’abonnement télé ou deux sorties au bar ?
Une lueur d’espoir brille encore pour les "désoiffeurs" qui vivent au rythme des buts de Gouiri et compagnie. Elle repose sur le coût des abonnements TV qui peut inciter à sortir à l’occasion plutôt qu’à se tracasser seul chez soi devant l’écran. "Je me dis que le public change et son mode de consommation aussi, on n’a pas forcément le temps et l’envie de tout suivre. Et quitte à ne regarder l’OM que de temps en temps pour 40 euros d’abonnement (Ligue 1 + à 19,99€ pour le championnat, idem pour Canal+ qui retransmet les rencontres européennes, NDLR) autant se faire deux sorties en ville avec une pinte et des tapas à 20€ par tête", suggère un autre restaurateur du Vieux-Port.
En ces temps de crise aussi sportive qu’économique à Marseille, on se raccroche à la branche que l’on peut pour espérer l’embellie. "Un petit résultat en Turquie, même un nul, ça aurait pu lancer la saison pour eux et surtout pour nous", dit Cédric en haussant les épaules. En attendant, il semble bien utopique d’espérer que le déclic viendra contre l’une des meilleures équipes du monde ce dimanche et il s’agira pour tout le monde de faire le dos rond. Surtout ceux qui ne s’imaginaient pas forcément comme les premières victimes du plan d’austérité de Frank McCourt et Stéphane Richard.
La Provence