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Genesio, un homme de "coups"
Depuis ses années lyonnaises, Bruno Genesio est escorté d'une flatteuse réputation, celle d'être particulièrement en réussite lors des matches face aux "gros", que ce soit en France ou sur la scène européenne.
C’est l’histoire d’une légende, celle de "Pep" Genesio, un surnom dont le principal intéressé n’est pas le plus grand fan, d’ailleurs. Un sobriquet qui date de septembre 2018, quand, sur la pelouse de l’Etihad Stadium, le Lyon de Bruno Genesio avait dominé Manchester City, coaché par Pep Guardiola (2-1), en phase de poules de Ligue des champions. "Ça pariait sur une raclée, un 5-0, certains évoquaient même la minute du premier but, avait raconté le technicien rhodanien dans une interview à L’Équipe, deux ans plus tard. Honnêtement, on est partis là-bas avec la crainte et même un peu de peur. On ne voulait pas passer pour des rigolos."
Toute ressemblance avec la situation de ce dimanche matin de Clasico face au PSG n’est pas tout à fait fortuite. À l’époque, Bruno le Lyonnais avait insisté sur l’impératif de "sortir de la posture de la victime" et de ne "jamais cesser d’y croire". Des mots auxquels Genesio le Marseillais repensera peut-être, ce soir, au moment de sa causerie. Mais répondre présent dans les grands rendez-vous n’est pas qu’une question de discours. Ce soir-là, le coach de l’OL avait osé aligner Cheikh Diop, à court de rythme, au milieu de terrain avec Tanguy Ndombélé, un plan couronné de succès (2-1 grâce à des buts de Cornet et Fékir). Peut-être n’hésitera-t-il pas, ce soir encore, à surprendre, même si la profondeur de son effectif n’est pas tout à fait la même qu’à l’époque.
Un bilan honorable contre Paris
Ce premier coup d’éclat n’est pas resté sans suite dans la longue carrière d’entraîneur de Bruno Genesio. Il y a deux ans, encore sur la scène européenne, les exploits du Losc face au Real Madrid (1-0) ou sur le terrain de l’Atlético (1-3) ont conforté sa réputation. En France, son Stade Rennais, notamment, a fait mieux que tenir tête au PSG (3 victoires, 1 nul, 2 défaites), et tous clubs confondus, le technicien conserve un bilan honorable face à l’ogre de la capitale (6 victoires, 2 nuls, 11 défaites). "C’est un grand entraîneur que tout le monde connaît, qui a un grand niveau, a d’ailleurs salué Luis Enrique en conférence de presse cette semaine. Je lui souhaite le meilleur… après le match du PSG ! Euh, non, je ne peux pas le lui souhaiter parce qu’il est l’entraîneur de l’Olympique de Marseille. Je retire mes propos ! Excusez-moi, je ne peux pas souhaiter 'très bonne chance' à l’entraîneur de Marseille. À Bruno Genesio dans l’avenir, oui !"
Une pirouette avec le sourire pour ne pas fâcher les supporters, dans le contexte de la rivalité entre les deux clubs, même si rarement un Clasico aura semblé aussi déséquilibré ces dernières années. Mais c’est aussi dans ces situations-là que s’écrivent les exploits, ces grands matches que Bruno Genesio affectionne. "Il les aime, ces matches-là, se confronter aux grands entraîneurs et aux grandes équipes, c’est son côté compétiteur, confirme Clément Grenier, devenu consultant pour Ligue 1 +, qui l’a côtoyé à Lyon et le connaît très bien. Je pense qu’il a appris de plusieurs entraîneurs de son époque en tant qu’adjoint à Lyon, des grands matches de Ligue des champions. Il est capable à la fois de monter le curseur, l’intensité, la passion, et à la fois d’avoir le sang-froid nécessaire pour avoir la lucidité nécessaire pour performer. Il a gagné contre les meilleurs en Europe et en Ligue 1."
"Avec l’équipe qu’il a aujourd’hui…"
Ce serait un exploit retentissant, évidemment, parce que son OM est dans le dur depuis plusieurs semaines. "Mets-lui le onze de Lyon, ou celui de Lille l’an dernier, et peut-être qu’il aura des résultats dans les grands matches, mais avec l’équipe qu’il a aujourd’hui…, nuance Jérôme Alonzo, lui aussi un proche du technicien lyonnais aujourd’hui consultant pour La Chaîne L’Équipe. C’est vrai qu’il est très bon dans les grands matches, mais avec de belles équipes aussi." Celle qu’il a sous la main est entourée de points d’interrogation à toutes les lignes, et nombreux à Marseille sont ceux qui se contenteraient déjà de ne pas perdre la face. "Est-ce qu’il sera capable de faire cet exploit pour rendre le sourire à tout le monde, je ne sais pas, mais il saura préparer son équipe, reprend Grenier. Ce sont des rendez-vous spéciaux, et tout le monde n’a pas la capacité à pouvoir les gérer. Lui, il l’a."
Pour son premier Clasico, voilà en tout cas Bruno Genesio face à son destin, avec une occasion en or d’effacer un début de saison galère. S’il venait à s’offrir le scalp de ce PSG doublement étoilé, cela lancerait véritablement son aventure marseillaise, et conforterait encore un peu plus la légende de "Pep".
La Provence