J 16 | SCO Angers-OM : un ange vint

La seule vérité au football, celle qui demeure au-delà de l’argent, des moyens, du talent supposé d’une équipe, c’est que rien n’est jamais écrit : ni une finale européenne, ni une saison déplorable, en dépit de lourds investissements, pas plus qu’une place de dauphin après un début de saison préfigurant une longue litanie de prestations indigentes. Non, rien n’est jamais écrit, mais parfois, pour forcer une destinée, il faut trouver une figure messianique !

L’évangile selon André

  • Tes coéquipiers tu chériras comme toi-même : aussi talentueux sois-tu, isolé, tu ne vaux rien. Ce n’est que dans la fraternité, la solidarité et l’entraide avec tes frères d’armes que tu pourras t’épanouir dans la victoire.

  • Ton club tu respecteras : seule ta volonté de faire ce qui doit-être fait pour honorer ton maillot peut te permettre de sortir grandi des épreuves que les divinités du ballon rond jetteront sur ton chemin.

  • Dans la défaite tu trouveras la force pour gagner : se complaire dans la volupté de la victoire est aisé, mais seuls ceux qui, un genou à terre, savent relever la tête et tirer les enseignements de leurs erreurs connaîtront le vrai goût de la victoire !

  • Tes alliés, avec soin, tu choisiras : si celui qui se joint à toi ne le fait que parce que tu es le plus généreux avec ta bourse, alors jamais tu n’auras de lui une loyauté vraie quand les orgues annonceront la bataille.

Fort de ces commandements, voici donc le guide que l’OM attendait après une saison de tourments pour se dresser à nouveau avec fierté face aux défis dont la Ligue 1 allait à nouveau paver son chemin !

André Villas-Boas, puisque c’est bien de lui dont il est question, a su remettre les joueurs à leur place : ils sont des soldats, des combattants dont l’armure est frappée des armoiries les plus célèbres du football français, et ils devaient, avant de prétendre à quelque trophée ou accessit que ce soit, se montrer dignes de ce blason dont l’histoire s’écrit aux confluences de trois siècles !

La tâche semblait complexe, mais l’impression qui domine c’est que cela s’est fait presque naturellement, que le nouveau technicien olympien* a su, dès le départ, mettre les bons ingrédients pour que la mayonnaise prenne ! Et pourtant, l’effectif est identique, à 80 %, à celui qui nous désespérait l’année dernière.

* D’ailleurs quand on sait à qui il succède, on comprend beaucoup mieux la signification du mot « technicien », comme quoi, cela tient parfois à peu de choses. Du talent et de l’honnêteté par exemple…

Toutefois, il faudrait une sacrée dose de mauvaise foi – certains à la rédaction argueront que je n’en manque pas, et ils auront raison -,  pour oser dire que les arrivées estivales n’ont pas impacté le jeu de l’OM. Car, si le mercato fut famélique d’un point de vue quantitatif (trois départs de titulaires pour autant d’arrivées), l’apport qualitatif est incontestable.

Entre un Alvaro à qui il n’a pas fallu plus de deux matchs pour s’installer comme taulier de la défense, un Pipa Benedetto qui rappelle brusquement aux supporters, qu’un vrai numéro 9 ça existe, et un Valentin Rongier qu’on pensait surpayé par Jacques Henri Eyraud et son équipe, mais qui a tôt fait d’effacer de nos mémoires un Luiz Gustavo – qui ça ? – au bout du rouleau, c’est même une réussite éclatante. À telle enseigne que celui qui a finalement fait une mauvaise affaire dans la transaction est bel et bien le détestable Waldemar Kita, président du FC Nantes et trublion patenté de son état !

La Sainte Trinité

Outre leurs qualités intrinsèques, ces trois joueurs ont permis à notre nouvel entraîneur d’offrir un jeu bien plus attrayant et cohérent, pour le plus grand plaisir des pensionnaires des tribunes du Vélodrome. Or, c’est aussi ça qui fait un grand club : des supporters en furie, prêts à briser leurs voix pour faire gronder les âmes des joueurs, et les pousser à oublier leurs propres limites !

C’est exactement ce que nous avons pu admirer lors de la victoire contre les cuistres rhodaniens : une équipe !

Onze, puis dix géants, laissant tripes et boyaux sur le champ de bataille pour emporter une victoire si libératrice pour tout un peuple, que l’espace de quelques minutes, on aurait presque pu croire à une victoire finale en Ligue des Champions, ce que nos détracteurs ne se sont d’ailleurs pas privés de nous rappeler…  Mais que voulez-vous, Marseille est ainsi faite. Exubérante et excessive dans tout ce qu’elle est, vit et ressent !

Ainsi, ramenant les joueurs à leur meilleur niveau, il a aussi réhabilité le travail d’Andoni Zubizaretta, démontrant qu’il pouvait être un allié précieux et non un fardeau ! Concomitamment à ses résultats récents, la qualité de jeu de l’OM s’élève de match en match, permettant au regrettable personnage qui occupe le siège central de la Cène Marseillaise d’être touché par une épiphanie : quand il se fait discret, tout va mieux !

Car oui, cela fait plusieurs semaines que Jacques-Henri Eyraud nous fait l’honneur d’un silence reposant, à un point tel que les traditionnelles invitations, en provenance des Virages du Stade, à des intromissions brutales de turgescence masculine dans ses divers orifices, tendent à se faire plus rares, voire à disparaître, signe d’une indifférence bienvenue, d’autant plus que la communication institutionnelle semble s’être affinée et donner un écho plus pertinent aux valeurs de la cité phocéenne.

En témoigne la performance du jeune Mourad Tsimpou, jeune pianiste prodige et autodidacte des quartiers nord de ville, qui fut invité à jouer le traditionnel Jump avec son instrument pour l’entrée des joueurs lors du match face à Brest. Même si certains pisse-froid ont jugé utile de critiquer ce jeune garçon de quinze ans alors qu’il jouait devant près de 50 000 personnes, il n’en reste pas moins que le message envoyé par l’OM est positif : il réaffirme le lien inaltérable du club à l’âme même de la cité.

Monté au feu pour ouvrir les eaux en deux !

Tel un Moïse moderne, AVB a su, devant lui et son équipe, ouvrir un passage pour résister aux affres d’un championnat illisible, où l’on peut, au gré d’une victoire ou d’une défaite, gagner ou perdre six places en quatre-vingt-dix minutes !

Ce genre de bizarreries comptables peut se concevoir après quatre rencontres, mais à l’issue d’une quinzaine de journées, il n’y a définitivement que notre bonne vieille  « Ligain » pour se parer de telles étrangetés. Autant dire que surnager dans un championnat ou les « gros » peinent à se défaire de promus affamés susceptibles de s’installer en première partie de tableau – voire sur le podium – et à afficher des résultats conformes à leurs ambitions et à leur communication, relève de la gageure !

Et pourtant, fort d’une science tactique très au-dessus de la moyenne, d’une relation très positive avec ses ouailles, et d’une communication intelligente, André – d’ailleurs, permettez-moi de me contenter d’utiliser son prénom, tant le personnage m’est agréable – a su éviter les embûches, après, il est vrai, quelques premières difficultés.

En effet, la saison s’annonçait conforme à la précédente : incapables de se transcender, mous du genou, pantouflards plus que revanchards, tels étaient les joueurs que nous avions vu face à Reims en ouverture du championnat. Supporteurs et observateurs ironisaient déjà sur les ambitions affichées, à savoir un podium, assorti d’une qualification en Ligue des Champions.

Depuis la défaite cinglante face à la formation qui évolue seule dans un univers financier et géopolitique spécifique, le PSG, un déclic semble pourtant avoir eu lieu : l’équipe joue bien, produit de belles phases de jeu, (et pas seulement par à-coups), pratique un pressing intense, se met moins en danger, et, en définitive, gagne, y compris contre les « gros » !

Mieux, André – ai-je déjà dit que j’aimais beaucoup ce prénom depuis quelques semaines ? – réussit une chose que tous, moi y compris, pensaient impossible : refaire de Jordan Amavi un joueur de football professionnel ! D’ailleurs le public ne s’y est pas trompé. Encore copieusement sifflé à l’annonce de son nom par le speaker lors du match face à Lille il y a trois semaines*, voici qu’il a maintenant, à l’aune de ses récentes prestations, le droit à des applaudissements nourris et des encouragements sincères ! Je vous l’ai dit :  Quand il est question de football, rien n’est jamais écrit à l’avance !

* Réaction que j’ai toujours trouvée assez stupide : je ne vois pas en quoi ajouter de la pression sur les épaules d’un joueur qui en ressent déjà certainement beaucoup, pourrait lui permettre de faire mieux…

Entrer comme dans un Moulin…

Quatre victoires de suite ! Le dernier hommage semblable à « Questions pour un champion » remontait au mois de janvier 2018, où un OM déjà en surrégime, fourbissait ses armes avec en point de mire une finale d’Europa League au Groupama Miel Wifi Stadium !

Si d’aventure, Marseille venait à s’imposer au stade Raymond Kopa, étendant ainsi sa série à cinq victoires, il faudrait remonter à la saison 2014/2015, et plus précisément au 23 septembre où l’escouade de Marcelo Bielsa, alors en pleine confiance et à l’extérieur, avait atomisé Reims sur un score de 5-0 (avec notamment un but en coup du foulard d’André Ayew, signe d’une pleine sérénité).

Cette série s’était poursuivie pendant trois matchs supplémentaires, offrant ainsi à l’OM, la plus grande série de victoires de son histoire ! Et quand on voit le calendrier qui s’offre à nous, on se dit qu’un succès en terre angevine nous rapprocherait un peu plus d’une telle performance… Mais ne nous emballons pas !

En effet, le SCO d’Angers n’est pas l’adversaire anodin que son pedigree laisserait imaginer. Il s’agit du poursuivant direct de l’OM au classement de cette illisible Ligue 1 cuvée 2019-2020, et même si une défaite ne ferait pas chuter les olympiens de la seconde marche du podium, l’occasion de creuser l’écart en profitant d’un calendrier plutôt favorable d’ici à la trêve hivernale, dans l’optique d’aller titiller l’ogre gazéifié du Qatar sis en la capitale française, ne se refuse pas !

Il ne faudra cependant pas compter sur une promenade de santé ! Le SCO vient en effet de perdre contre l’OGC Nice et il faudrait être bien présomptueux pour penser que cette défaite pourrait sonner le glas de ses ambitions…

Après tout, quand on est considéré comme un « petit », l’histoire est trop belle pour ne pas avoir envie d’accrocher un scalp prestigieux à son palmarès. Ce qu’Angers ne s’était d’ailleurs pas privé de faire en glaçant le Vélodrome l’année dernière, poussant un OM en roue libre à partager les points sur un score de 2-2…

Seulement voilà, pour le plus grand malheur des hommes de Stéphane Moulin, l’OM n’est plus en roue libre !

Et, bien qu’ayant fait un mercato intelligent avec les arrivées de Thioub, Bobichon et Ninga, ils ont quand même perdu deux joueurs majeurs de leur onze, à savoir Flavien Tait, mais aussi et surtout celui qui est devenu la victime expiatoire favorite de notre ex-entraîneur, Rudi Garce il y a, et désormais futur fossoyeur de notre meilleur ennemi, c’est-à-dire, Jeff Reine Adélaïde (la saveur de certaines ironies est tout simplement formidable) !

De fait, en dépit des précautions de circonstance face à un adversaire joueur, sachant construire comme contrer et disposant de quelques joueurs qu’il serait imprudent de qualifier de maladroits au rang desquels Aît Nouri, Alioui ou encore Ninga, l’OM a désormais un statut de favori !

Anjou ! Feu !

Pour autant, on sait qu’André  – j’aimerais voir sa tête sur le contenant de mon café matinal, connaîtriez-vous une entreprise en mesure de fabriquer des mugs personnalisés ? – va faire en sorte de garder l’ensemble de l’effectif dans un état de pression positive.

Après tout, un homme capable de permettre à Nemanja Radonjic d’ouvrir une faille spatio-temporelle en marquant un but fou au fil d »un scénario dingue lors de ce qui est certainement le plus réussi de nos matches depuis bientôt deux ans, ne doit avoir aucune limite non ?

Certes, le déplacement s’annonce complexe, mais il n’y a rien dont ma nouvelle icône lusitanienne ne puisse se défaire.

D’autant moins que l’équipe récupèrera Álvaro González après ses deux matchs de suspension (ce qui, de surcroît, aura permis à ce dernier de parfaire sa convalescence suite à sa blessure contre Montpellier), et AVB aura donc plus d’options dans sa composition, que ce soit pour sa ligne arrière ou son milieu de terrain.

Et quand on constate ce qu’il peut faire avec un effectif pour lequel le qualificatif de « resserré » est assez optimiste, on se prend à rêver de ce qu’il pourrait faire avec encore plus de possibilités !

Patience, le temps viendra…

En attendant, tous à l’assaut des douves angevines, catapultons les ballons au fond de leurs filets, pour profiter, encore, d’être en tête du « vrai » Championnat de France !

Allez l’OM !

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A propos de Ragnarok


Juriste de raison, confiseur de métier, ancien habitant du bassin parisien repenti en Marseillais pur sucre qui n'a toujours vibré que pour l'OM. Joueur occasionnel au Z5 (option « pieds carrés et contrôles aléatoires » incluse), et désormais fier rédacteur de MassaliaLive !
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