Cette réforme à laquelle l'Américain tient tantLa Provence
Alexandre JACQUIN
ajacquin@laprovence.com Frank McCourt est très attaché à un changement de gouvernance du football français. Inquiet depuis la crise des droits TV, il a notamment cosigné une tribune à ce sujet en mars. Décryptage.
Auxerre a scellé son sort. Si Pablo Longoria a perdu la main jusqu’à être déclassé en février 2026, c’est d’abord parce qu’il a égaré sa tête et ses esprits un an plus tôt, dans les couloirs du stade de l’Abbé-Deschamps. En hurlant pour dénoncer un "championnat de merde" (sic) où, selon lui, "tout est 'corrupt'", l’Espagnol s’est grillé. Aussi bien auprès de Frank McCourt et ses représentants que des instances. À l’époque, sa suspension (15 matches) aurait d’ailleurs pu être beaucoup plus lourde. Coïncidence ou pas, c’est en tout cas à ce moment-là que Shéhérazade Semsar-de-Boisséson, vice-présidente du conseil de surveillance, influente auprès de Frank McCourt, a commencé à s’intéresser de près aux relations avec la LFP et à l’impact de la gouvernance du football français sur le destin de l’OM. Elle n’était pas la seule d’ailleurs, puisque ce sujet intéresse tout particulièrement l’Américain, interloqué comme elle par la faiblesse des revenus émanant des droits TV et frappé par le fiasco DAZN.
En 2025-26, il a donc mis la pression à plusieurs reprises, conseillé par Anne Méaux, présidente-fondatrice d’Image 7, l’agence de communication et d’affaires publiques qui accompagne le Bostonien. La première salve intervient dans un entretien croisé avec Joseph Oughourlian, président du RC Lens, paru dans Le Figaro début septembre 2025.
"Les droits audiovisuels ne représentent plus que 19% des revenus totaux des clubs de Ligue 1"
"La LFP ne représente plus les clubs, et les résultats en attestent globalement : c’est un échec. La Ligue est par ailleurs gérée de manière totalement irrationnelle sur le plan financier, scande le propriétaire olympien. Alors que le football français a tant d’atouts et tellement à offrir, sa gouvernance est opaque et inefficace et son management absent. Ça suffit. Il est temps de réparer ce qui ne fonctionne plus. C’est donc le moment de prendre l’initiative. […] Si nous réglons la question de la gouvernance et de son management actuel, le foot français renouera avec le succès." Visé sans être nommé, Vincent Labrune, à la tête de la Ligue, n’en reste pas moins solide sur ses appuis et garde alors le soutien de la majorité des présidents de Ligue 1. Pas de quoi faire fléchir l’Américain, dont les rapports avec "VLB" étaient pourtant tout à fait cordiaux quelques mois plus tôt. "C’est grâce à sa ténacité que le sujet va bientôt être abordé à l’Assemblée Nationale", se félicite-t-on dans son entourage.
Seconde salve le 11 mars 2026, dans une tribune transmise à plusieurs titres de la presse quotidienne régionale, dont La Provence, signée par l’Américain, Oughourlian, mais aussi Guillaume Cerutti, président du conseil d’administration du Stade Rennais (parti depuis), Pierre Ferracci (président du Paris FC), Michele Kang (présidente de l’OL), Jean-Michel Roussier (président du Havre) et Bernard Serin (propriétaire et président du FC Metz). Ils écrivent donc : "Un rapport publié le mois dernier par l’UEFA sur la situation financière des clubs européens met en lumière une réalité préoccupante : l’affaiblissement économique du football professionnel français et son décrochage croissant avec les quatre ligues dominantes du continent - Angleterre, Espagne, Allemagne et Italie. Cette situation résulte, entre autres, de l’effondrement des droits de diffusion audiovisuelle au cours des dernières années. Jusqu’au début de la décennie, les droits de la Ligue 1 représentaient en moyenne environ 700 millions d’euros par an. Ils sont aujourd’hui près de trois fois moindres. […] Les droits audiovisuels ne représentent désormais plus que 19% des revenus totaux des clubs de Ligue 1, contre 35% à 46% dans les autres grandes ligues européennes. Les conséquences sont déjà visibles. […] C’est pour enrayer ce risque de déclassement que nous avons décidé d’engager une démarche commune. Nous appelons les pouvoirs publics à accélérer la nécessaire et urgente réforme de la gouvernance du football professionnel français."
"McCourt ferait mieux de s’intéresser à la gouvernance de son propre club"
Le texte fédère autour de ceux qui l’ont paraphé. D’autant qu’il faut être aveugle pour ne pas s’apercevoir que la crise des droits TV nuit à l’équilibre économique de la plupart des écuries de l’Hexagone, prises à la gorge financièrement et contraintes de céder très vite à l’étranger les jeunes joueurs qu’elles forment pour survivre. Inversement, d’autres dirigeants de l’élite ricanent en constatant que McCourt est devenu le chef d’orchestre de ce bal des contestataires. Au moment de la parution, l’OM vient d’être éliminé de la coupe de France, n’a plus de président (Alban Juster, le directeur financier, assure l’intérim), et la stratégie sportive est dictée par un directeur du football qui a démissionné un mois plus tôt en l’annonçant sur Instagram. L’un de ces dirigeants ironise donc : "Avant de donner des leçons de gestion, McCourt ferait mieux de s’intéresser à la gouvernance de son propre club."
Certes. Mais il s’y est attelé depuis. La proposition de loi portée par les sénateurs Laurent Lafon et Michel Savin, adoptée à la quasi-unanimité au Sénat en 2025, devrait, elle, être examinée par les députés d’ici l’été. Actera-t-elle la naissance d’une société des clubs ?