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De Zerbi, la passion avant tout
Le coach italien de l’OM, qui reçoit Liverpool ce mercredi, a axé son management sur la fièvre, la chaleur et la grinta.
Le 5 novembre dernier au Vélodrome, match de Ligue des champions. Au terme du revers face à l’Atalanta (0-1), Roberto De Zerbi adresse plusieurs gestes hostiles aux tifosis bergamasques massés dans le parcage visiteurs. Cette scène illustre à elle seule le caractère entier du natif de Brescia, relativement coutumier du fait depuis sa venue en Provence en juillet 2024.
Embrouille avec Unai Emery face à Aston Villa (3-1) cet été, invectives sur le banc lors de décisions jugées injustes — Real Madrid (1-2), PSG (1-0), Sporting (1-2) —, gestes de colère, de dépit ou extatiques, communion avec le public les jours de succès… Tel est le quotidien en match de l’entraîneur transalpin de l’OM, peut-être parfois excessif, mais toujours sincère, authentique, assumé et réellement passionné. Outre sa philosophie et ses principes de jeu, le technicien de 46 ans — capable de visionner cinq matchs par jour —, s’affirme comme un véritable mordu de foot chez qui la grinta, l’intensité émotionnelle, la connexion avec son groupe sont élevés au rang de valeur cardinale.
« Il vit et meurt football »
Récemment, Timothy Weah nous confiait : « Dans la vie, tu peux être un bon coach, être au point sur le plan tactique, sur la formation, mais Roberto, c’est vraiment l’amour pour ses joueurs. » En interne, son management repose essentiellement sur la dimension mentale : joueurs responsabilisés, échanges francs et réguliers, accent mis sur l’adversité et le fameux « seuls contre tous ». Quelques instants avant une partie, la parole peut être donnée à un joueur chargé de motiver les troupes et de rappeler le message du coach, qui a instauré le désormais célèbre « Qui Siamo ? (Qui sommes-nous ?) OM ! » comme cri de guerre.
Medhi Benatia développe : « Il a une passion illimitée. C’est quelqu’un qui adore ses joueurs, qui leur donne beaucoup de respect, mais qui est aussi très franc et honnête avec eux. Il peut être très dur sur le terrain quand il veut l’exigence mais c’est aussi le premier à les embrasser et à leur dire tout le bien qu’il pense d’eux. C’est une qualité forte. Il vit et meurt football. Le jeu est sa priorité. Il a le souci du détail, à l’entraînement comme en causeries, et ses hommes le ressentent. »
Auteur de l’ouvrage « Le football selon Roberto De Zerbi », Salim Lamrani témoigne : « Roberto De Zerbi, qui possède un tempérament volcanique, arrive à toucher les joueurs par sa passion. Il possède cette vertu indéfinissable qui lui permet de convaincre son groupe qu’il est capable de rivaliser avec n’importe quelle équipe. Il arrive généralement à tirer la quintessence de ses joueurs. Mais les qualités comportent aussi leurs revers : quand on est généreux dans l’effort et le don de soi, on peut parfois franchir la limite et tomber dans l’excès. »
Expulsé lors du Classique (1-0) en septembre, il avait plaidé coupable : « J’ai commis une erreur parce que je dis toujours à mes joueurs d’être corrects, et de ne pas prendre de carton et là, c’est moi qui en ai pris un premier. » L’OM figure ainsi au 13 e rang du classement fair-play de L 1 (37 jaunes, 4 rouges).
Après le revers face à Nantes (0-2) durant lequel deux Olympiens avaient été exclus, il pointait : « Si j’avais senti que mes joueurs allaient arriver au match avec aussi peu d’énergie, j’aurais retourné tout le centre d’entraînement. […] Plus que jamais, mon travail va consister à être plus un psychologue qu’un entraîneur. »
Coups de sang
Désireux de rester sur la durée en Provence, l’ex-milieu est également capable de coups de sang publics. En novembre 2024, après un revers contre Auxerre (1-3), il lâchait : « Je viens de la rue et je dis les choses comme elles sont. Si je suis le problème, je suis prêt à partir, à abandonner le contrat et tout l’argent avec. Je vis le football 24 heures sur 24. L’argent et ma carrière ont toujours été secondaires dans ma vie. » La sortie avait servi de déclic : l’OM avait enchaîné sept matchs sans défaite. Cette saison, De Zerbi apparaît tout aussi exalté et il est devenu commun de l’entendre parler « d’attributs ». « Ce qui fait la différence, ce sont les trois choses dont je parle souvent, le cœur, la tête et les attributs », rappelle-t-il.
« Il s’identifie pleinement à la ville de Marseille car elle lui ressemble : excessive, rebelle, anticonformiste, souvent rétive à toute forme d’autorité, appuie Salim Lamrani. Certains y verront de l’excès, d’autres une force. Tout dépend du regard que l’on porte sur cette intensité. À Marseille, l’émotion n’est pas un défaut : c’est une nécessité. » Et Roberto De Zerbi en est un acteur à part entière.