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Bruges-OM : Igor Paixao, l'attaquant devenu premier défenseur de son équipe
À l'opposé de l'image que l'on a des ailiers brésiliens, amoureux du dribble mais moins de l'effort, Paixao a aussi été recruté pour sa capacité à répéter les efforts et son implication défensive.
À cette question, que Roberto De Zerbi aurait préféré ne jamais se poser, le Lombard a dégainé un nom que personne (ou presque) n'attendait. Comment remplacer Emerson Palmieri, latéral multitâche mais défenseur dans l'âme, absent "quelques semaines" à cause d'une lésion à la cuisse ?
Après les candidats (plus ou moins) naturels, "Medina, Murillo et Weah", l'entraîneur marseillais a soumis une quatrième alternative. "On peut jouer différemment et demander à Igor Paixao de faire encore plus de kilomètres", ajoutait "Roby" à quelques heures de défier Lens.
"Greenwood travaille dix fois moins que lui"
Le lendemain, 21h05 au coup d'envoi, le verdict est tombé. La dernière solution était la bonne. Tellement que l'OM, en partie ainsi, n'a fait qu'une bouchée du leader sang et or. Coup d'un soir ou solution viable sur le long terme, quoi qu'il en soit, l'option Paixao est fiable. L'attaquant brésilien, recrue la plus onéreuse du club (35M), s'est donc mué en piston. Un précieux point d'équilibre, davantage qu'une tête de gondole. Un jeune homme (25 ans) capable d'avaler les kilomètres sans fléchir ni rechigner, tantôt pour éloigner le danger (7 actions défensives*, deuxième total derrière Balerdi, 10), tantôt pour le créer (impliqué sur les deux buts de Gouiri).
Cette mission confiée par De Zerbi n'est pas nouvelle. Plusieurs fois cette saison, parfois en cours de match, l'ex-technicien de Brighton avait demandé à son numéro 14 d'en faire plus. En tête à Saint-Gilles, où l'on a souvent vu le natif de Macapa aligné avec les trois centraux, quand les Belges tenaient le ballon. Ce qui ne l'avait pas empêché d'étoffer ses stats (1 but)... Ces fameuses lignes qui ont excité, tout l'été, les supporters marseillais, impatients d'accueillir le canonnier de Feyenoord (18 buts, 19 passes décisives en 2024-25).
Six mois plus tard, à mi-saison, bien que ses temps de passage soient tout à fait honorables (9 buts, 4 assists en 25 apparitions), l'image retenue par le peuple olympien est bien différente. Certains, bercés par le fantasme du Brésilien fantaisiste, dont le sens du plaisir est plus aiguisé que celui du sacrifice, ont été surpris devant sa faible appétence pour le dribble. À l'ombre de son indiscutable efficacité, des choix étranges, un manque de vista, une technique abrupte, parfois des excès d'individualisme... Difficile, ceci dit, de garder les idées claires quand on épuise son énergie pour le reste.
"Paixão est différent des autres ailiers. C'est un attaquant à part, qui apporte beaucoup au collectif grâce à son travail. De l'autre côté, Greenwood travaille dix fois moins que lui !, relevait la semaine passée De Zerbi, dans l'émission "Viva el Futbol" coanimée par Daniele Adani, Antonio Cassano et Nicola Ventola. C'est un joueur vertical, donc si vous vous attendez à ce qu'il soit un dribbleur, vous vous trompez. J'essaie de le faire progresser dans ce domaine aussi, parce qu'on ne peut pas jouer à fond tout le match, en ligne droite."
De nouveau sur pieds, pleinement rétabli d'un pépin physique qui a permis à Hamed Traoré d'enchaîner en janvier, le Brésilien est ravi de retourner au charbon. Simplement a-t-il eu besoin de souffler en marge du groupe, hier sur les hauteurs de La Commanderie, après son dur labeur face aux Corons. "Il a fait un numéro incroyable contre Lens. Ses données physiques étaient folles, n'en revenait toujours pas "RDZ". Les autres offensifs ne se tuent pas quand il faut défendre, lui, oui..."
Là où d'autres auraient siphonné leur patience en un trimestre, si ce n'est moins, lui se régale dans ce rôle. Lors des négociations estivales, la couleur avait été annoncée. L'OM attendait aussi de lui qu'il "court pour les autres".
Il partage sa vie avec... son papa
"Il a compris que pour jouer dans une équipe aussi forte, il devait faire des sacrifices. C'est normal à ses yeux, glisse un proche du vestiaire. Il le fait d'autant plus avec plaisir qu'il a une relation formidable avec De Zerbi. Il a été touché quand le coach l'a défendu publiquement, et il sent qu'il progresse chaque jour à son contact. Il n'y a pas meilleure motivation."
Heureux sur le terrain, ravi en dehors, où il a trouvé son équilibre sans tarder. Là où d'autres jouent la prolongation dans leur chambre d'hôtel, lui n'y a pas fait de vieux os. Dès ses premiers pas à Marseille, il a tenu à dénicher son chez lui... qu'il partage avec son père. Un papa aux petits soins, qui n'hésite pas à sortir le bâton si nécessaire. Pour le recadrer, ou l'encourage à courir. Encore et toujours plus.
*Selon le site Fotmob, qui additionne dégagements, interceptions et récupérations.