Information
Paixao, parce qu'il les vaut bien
La Provence
Recrue la plus chère de l’histoire de l’OM, le Brésilien, parfois brouillon, laisse certains supporters sur leur faim. Outre son investissement sans faille, il est pourtant, au regard de son prix, l’un des ailiers les plus prolifiques d’Europe.
Au pire, il aura fait mieux. Largement mieux que son triste prédécesseur, Vítor Manuel Carvalho Oliveira aka Vitinha, assis sur un trône inconfortable. Celui de l’Olympien le plus cher, ou ruineux, de la riche histoire de l’OM. Recrue phare du dernier mercato estival, arrachée au prix fort au Feyenoord (30M + 5M de bonus), Igor Paixao (25 ans) a débarqué en Provence blessé, accroché à son légendaire sourire, et escorté par un encombrant record… à assumer.
Sur le montant du chèque se calque les attentes et, in fine, la pression. Va-t-il justifier tous ces millions ? Une question qui n’a pas vraiment hanté l’esprit de Paixao, dont le parcours de vie, une enfance précaire, et l’influence de ses racines (descendant d’esclaves), l’aide à relativiser ces futilités. "J’ai découvert quelqu’un de très humble, mais aussi très confiant. On voit qu’il arrive à faire abstraction du poids du club, de son transfert, note son compatriote Felipe Saad, qui a partagé début février un après-midi pluvieux avec Paixao, un tête à tête diffusé sur Ligue1 +. Je l’ai senti imperméable. Pas à la manière d’Ibrahimovic, plutôt d’une façon pure et sincère. Il a les pieds sur terre."
"Ce qui le rend spécial…"
Point de tromperie. Medhi Benatia et Roberto De Zerbi ont eu ce qu’ils cherchaient tout l’été. Quitte à surprendre une grande partie de ses fidèles, qui imaginaient Paixao en amoureux du dribble, fantaisiste et à la technique léchée, l’OM a bien mis la main sur un ailier instinctif mais discipliné, prêt à se sacrifier. Un attaquant qui a le défaut de dissimuler des stats épatantes sous ses airs brouillons. Très prolifique la saison passée à Feyenoord (18 buts, 19 passes décisives), il l’est toujours en Provence (10 buts, 4 assists, 1 penalty obtenu) avec, en point d’orgue, son entrée tonitruante face à Lyon.
"À l’époque, c’était déjà le joueur à suivre, insiste l’ex-défenseur, passé par le staff de l’OM (2021-25), qui a assisté à son éclosion à Curitiba (2019-22). Au Brésil, les blocs sont moins compacts, moins tactiques. Un ailier y fait plus facilement des différences. Il n’avait jamais rencontré le niveau d’engagement de la Ligue 1, même en Eredivisie. Cela peut expliquer son déchet et son temps d’adaptation. Mais petit à petit, on s’approche du meilleur Igor Paixao."
Habib Beye, qui a préféré s’en passer au coup d’envoi de l’Olympico, ne s’en plaindra pas. "Ce qui le rend spécial, c’est sa capacité à marquer des buts extraordinaires. Cela s’appelle le talent. En plus, il y a sa débauche d’énergie, l’intensité qu’il met à tous les matches, savoure l’entraîneur marseillais. Je suis très, très satisfait de son investissement. Surtout, il accepte les décisions du coach. Même s’il a démarré sur le banc contre Lyon, son comportement n’a pas changé. Il était là pour aider l’équipe."
Quand Igor tend la main, il ne le fait jamais à moitié. Brutal et efficace, comme sa frappe de balle. Comme le caractère déterminant de ses 15 actions décisives à l’OM. Là où d’autres gonflent leurs stats en déposant une cerise sur un gâteau déjà croqué, lui sert les premières parts : 4 ouvertures du score, 4 égalisations, 2 breaks, et 1 fois pour reprendre l’avantage.
À titre purement indicatif (cela ne mesure pas l’âge, le statut, l’adversité…), les autres ailiers du Vieux continent, arraché à prix d’or cette saison, font pâle figure (voir ci-contre). Seuls l’extraterrestre Luis Diaz, acheté 70M par le Bayern, et la révélation strasbourgeoise Martial Godo (7M) font mieux. En termes de régularité, Paixao tutoie les Semenyo (City), Estevao (Chelsea), Antony (Betis) et Lookman (Atlético)… loin, très loin, devant des joueurs côtés comme Kudus (Tottenham), Elanga (Newcastle), Garnacho (Chelsea), Baena (Atlético), voire des éléments jadis pistés par l’OM (Guessand, Lang).
"La position d’attaquant excentré subit d’autant plus l’inflation sur le marché, que ces profils sont les plus recherchés, ajoute le consultant de Ligue1 +. Par le dribble, la percussion, le centre, de façon individuelle, ce sont eux qui trouvent les solutions dans ce foot moderne toujours plus exigeant." Et si l’OM avait payé le juste prix…