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Paixao, petit mais costaud
La Provence
Depuis qu’Habib Beye a pris l’équipe en main, l’attaquant de poche est intenable dans le couloir gauche. Plus tranchant et efficace qu’avant, le Brésilien a passé un cap et permet à l’OM d’être moins dépendant de Greenwood.
Il n’est pas bien grand, mais on ne voit que lui. Igor Paixao ne porte plus qu’un lumineux sourire. Sur les épaules du lutin olympien (1m68) repose désormais l’OM, un colosse aux pieds d’argile. Le valeureux soldat recruté à prix d’or au Feyenoord (35M€ bonus compris), pour tirer des coups de canon, sa spécialité, et compenser, surtout, les errances du camarade Greenwood, est plus qu’un lieutenant.
Depuis l’arrivée du général Beye, fin février, le Brésilien a pris du galon. Il est celui qui montre le cap, en qui réside l’espoir, l’homme qui sauve, autant que possible, les troupes de la panade… Plus tranchant, plus inspiré, plus décisif, tout simplement plus fort. S’il n’avait pas à rougir de ses premiers mois en Provence, sous les ordres de Roberto De Zerbi (9 buts, 4 offrandes, décisif toutes les 143 minutes), le natif de Macapa épouse aujourd’hui les standards du top niveau, en se révélant déterminant chaque 109 minutes (3 réalisations, 3 assists).
Une rude adaptation
Paixao a emprunté le tournant de sa saison, peut-être de son aventure marseillaise, le 1er mars 2026. Sur le banc au coup d’envoi, probablement frustré mais certainement pas découragé, le numéro 14 allait devenir l’homme de cet Olympico renversant. Lancé dans l’arène au retour des vestiaires, il n’a fait qu’une bouchée de Lyon (1 but, 1 passe) et n’a, depuis, plus loupé la moindre minute disputée par l’OM… à l’exception du temps additionnel et de la séance de tirs au but en coupe de France face à Toulouse.
"Rappelez-vous, il est titulaire contre Brest et vit un match compliqué comme toute l’équipe (défaite 2-0). Dans la foulée, on décide de démarrer avec Hamed Traoré contre l’OL, Igor entre et met ce but fantastique. Cela a été un déclic, pense Habib Beye. Je lui ai dit : 'Regarde ce que tu es capable de faire…' Aujourd’hui il prend beaucoup de plaisir et en donne beaucoup à l’équipe. J’aime aussi son sens du sacrifice. Il est notre joueur plus du moment."
Les supporters redoutaient le contrecoup de la Greenwood-dépendance. Ils ont été rassurés, au moins individuellement, par Igor Paixao durant la triste soirée sur le Rocher (2-1). Avec Amine Gouiri, l’ex du Feyenoord a dynamité la défense monégasque et prouvé que l’OM pouvait mettre en difficulté l’un des cadors de Ligue 1, sans son meilleur joueur. Qu’il endosse un rôle traditionnel d’ailier gauche, ou celui de piston dernièrement, l’intéressé a trouvé son rythme de croisière en Méditerranée.
"Je viens d’un championnat inférieur à la Ligue 1, a rappelé l’ancien pensionnaire d’Eredivisie, avant de défier Metz. Je suis arrivé blessé, et je devais donner le maximum pour être bien physiquement. C’était difficile, il fallait que je sois en forme pour répondre au défi de la L1. J’ai travaillé tous les jours pour gagner en force. Je n’imaginais pas que ça allait être aussi dur."
Celui dont le nom épouse son style, qui transpire la "passion" (traduction de Paixao), incarne à merveille la philosophie Beye, faite d’intensité et de verticalité. Sa réussite actuelle, sa progression, n’est pas le fruit du hasard. "Dès le premier jour, je lui ai demandé de jouer avec le sourire. 'Je veux te voir prendre du plaisir à chaque fois et je vais faire en sorte de t’apporter une multitude de situations offensives, pour que tu puisses laisser tes qualités s’exprimer'. Je lui demande de venir davantage à l’intérieur, de se rapprocher du but, pour qu’il soit plus dangereux, parce qu’il a ça en lui", insistait l’entraîneur marseillais après une nouvelle prestation solide contre les Messins.
Ancelotti pas encore convaincu ?
Et d’ajouter : "On parle beaucoup de ses buts, mais tous les efforts qu’il fait sur les retours défensifs, on le voit souvent à la fermeture du jeu à l’opposé et il le fait très bien. S’il continue, il va se rapprocher très vite de sa sélection."
Direction le Mondial-2026, avec cette Seleção qu’il n’a côtoyé, pour l’instant, seulement dans ses rêves ? Un débat légitime sur sa terre d’adoption, moins chez lui, de l’autre côté de l’Atlantique, où Carlo Ancelotti aurait d’autres talents dans son viseur pour composer l’armada brésilienne. Paixao a encore un mois pour le faire changer d’avis.