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"Auba", de buteur à passeur
À 36 ans, pour son second passage à l’OM, le goleador gabonais a changé de registre. Peut-être moins clinique au moment de conclure, il a su élargir sa palette pour se mettre au service du collectif, par les courses et ses offrandes.
Sous son nez, vient de s’envoler, l’occasion rêvée. Probablement, à 36 ans, sa dernière chance de disputer une coupe du monde. Pierre-Emerick Aubameyang était en mission. Asseoir, enfin, le Gabon à la table des plus grandes nations. Chassées en milieu de semaine par un vol de Super Eagles (4-1, a.p.), les Panthères ont abdiqué. Elles ne seront pas conviées à la fête. Resté muet face au Nigeria, "Auba", qui soufflera sa 41e bougie lors du Mondial-2030, ruminera cet amer barrage. Mais guère longtemps à en croire ceux qui le connaissent sur le bout des doigts. Le champion aux 781 matches pros et 399 buts en a vu d’autres…
Revenu par la grande porte cet été, "PEA", conscient que ses meilleures années sont derrière lui, malgré de (très) belles encore sous les crampons, débarquait avec le costume de héros à l’aéroport de Marignane, et l’uniforme de lieutenant d’Amine Gouiri, jadis conforté à la pointe du système De Zerbi. Depuis, quatre mois ont décliné et Aubameyang ne se contente pas d’épauler l’international algérien. Il est devenu, par la concurrence (un peu) et la force des choses (beaucoup), le choix numéro 1.
Roberto De Zerbi agréablement surpris
Plus surprenant, le buteur en série de Laval a mis de côté son égoïsme, pour épouser un altruisme qu’on ne lui soupçonnait pas. "Auba" n’est plus vraiment celui que les supporters marseillais ont acclamé lors de sa première pige, durant laquelle il a flirté avec le standard de Didier Drogba (30 buts pour le Gabonais, 31 pour l’Ivoirien). "Je ne m’attendais pas à avoir un joueur aussi complet, a récemment avoué De Zerbi, dont les consignes ont eu une influence notable sur l’ex-Gunner. Il n’est pas seulement buteur, il sait délivrer des passes, jouer pour l’équipe, sans le ballon."
Sa mue soudaine est frappante. Elle n’a échappé à personne, que l’on s’installe dans les gradins du Vel', en parcage ou sur le canapé. Ses meilleurs matches, ses plus beaux gestes, Aubameyang les a commis en se mettant au service du collectif. Son doublé de passes décisives contre l’Ajax, un amour de déviation dos au but, suivi d’une passe parfaitement dosée dans l’intervalle, a davantage marqué les esprits que son coup de canon. Au Sporting, il y a eu ce renversement stratosphérique pour Paixao, contre Angers un centre au cordeau pour Robinio Vaz, face au Havre une remise de la tête pour son cadet.
Impression visuelle validée par les chiffres. Dans l’ombre de sa première version marseillaise, "Auba" frappe moins (3,8 contre 2,1 tirs/90 minutes), marque moins (toutes les 133 minutes, 174 sans penalty, contre 196 aujourd’hui), mais crée plus pour (0,9 occasion/90 minutes contre 1,4). Une palette élargie, qui lui permet de demeurer décisif toutes les 98 minutes (5 buts, 5 passes décisives), tout en laissant à Mason Greenwood le luxe de gonfler ses stats avec les penos.
Se réinventer, un autre secret pour durer. Même s’il conserve un physique d’ascète, Aubameyang sent ses printemps peser sur ses épaules. L’intéressé reconnaît sans fard que le temps, s’il a étoffé sa palette, a aussi émoussé son accélération légendaire. Quand il est utilisé avec parcimonie, en alternance avec Gouiri (47 minutes disputées en moyenne avant la blessure de l’Algérien), parfois laissé sur le banc toute une rencontre (Lorient, Metz), "Auba" est forcément plus tranchant qu’en ce moment, ces temps où il faut serrer les dents (79 minutes/match en moyenne, depuis l’opération de Gouiri).
Beaucoup d’efforts, autant de bonne volonté… qui auraient tendance à le distraire de sa destinée : faire trembler les filets. Son tableau de chasse est honorable (5 buts pour 5,15 attendus, selon les xG, 22% de tirs transformés contre 18% en 2023-24), moins les souvenirs. Capable de marquer dans des positions loin d’être naturelles, le Gabonais a, a contrario, caviardé bon nombre d’occasions franches (PSG, Madrid, Brest, Le Havre…), notamment des face-à-face. Simple problème de confiance ? Ou rançon de sa nouvelle gloire ?
La Provence