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Frères juifs, Frères tutsis, Frères humains.Rwanda/Israël : de la Tragédie à la Reconstruction
Rubriques : Ile-de-France ~ Mémoires
Résumé du projet
Organisation d’un voyage au Rwanda et en Israël rassemblant des jeunes français juifs, tutsis et d’origines diverses, pour effectuer un travail pédagogique de mémoire et de transmission de l’histoire des génocides.
Descriptif du projet
Le projet conçu par le mouvement Hachomer Hatzaïr, en partenariat avec la Communauté Rwandaise de France, est placé sous le Haut Patronage de Dominique Decherf, Ambassadeur de France au Rwanda et Gérard Araud, Ambassadeur de France en Israël. Soutenu par le Fonds Social Juif Unifié, la Fondation du Judaïsme Français et l’American Jewish Committee, il bénéficie du concours de nombreuses associations et instances comme l’association Amitié judéo-noire, Etudes Sans Frontières, Never Again International, le Conseil Représentatif des Institutions Juives de France, le Mémorial de la Shoah - Centre de documentation juive contemporaine…
A l’occasion des célébrations de la journée du souvenir de la Shoah, l’an dernier, un tout jeune enfant, membre du mouvement Hachomer Hatzaïr, a souhaité savoir si, hormis la Shoah, d’autres génocides avaient déjà eu lieu. Cette question a fait émergé au sein de l’association toute une réflexion qui a conduit à la conception de ce projet qui vise ainsi à :
-Mettre en lumière l’existence d’autres génocides, et notamment celui des tutsis au Rwanda, peu connu du grand public et très peu abordé par l’Education nationale.
-Porter une démarche de précurseur, basée sur les notions d’universalité, d’ouverture et de partage, pour prolonger l’incontournable travail de mémoire et d’enseignement en s’ouvrant à « l’Histoire de l’Autre », au-delà des caractères de spécificité et d’unicité du génocide du peuple juif lors de la seconde guerre mondiale.
C’est ainsi qu’un projet de double voyage au Rwanda et en Israël - Israël à la fois comme lieu de reconstruction, au côté de la diaspora, des rescapés de la Schoah et comme territoire abritant le mémorial Yad Vashem sur les victimes de la Schoah - a été conçu avec des historiens, associatifs, et diverses personnes ressources, pour rassembler des jeunes juifs et des jeunes tutsis français, afin qu’ils participent à une réflexion sur l’avenir de leurs peuples respectifs. L’idée est également d’associer quelques jeunes d’horizons différents, par le biais notamment du Conseil régional des jeunes d’Île-de-France (des contacts doivent être pris). Ces jeunes impliqués au sein des instances régionales et “détachés” des communautés rwandaise et juive, permettraient d’ouvrir plus largement encore le projet dans sa réflexion, dans sa dimension de découverte mutuelle, et dans sa démarche pédagogique de transmission et de diffusion de la Mémoire.
Les voyages seront préparés en amont avec les jeunes participants, au Mémorial de la Shoah (centre de documentation juive contemporaine), par le biais de rencontres avec des historiens, écrivains, professeurs, réalisateurs, et autres personnes ressources ; des projections de films de fiction et documentaires et photographies ; des enseignements spécifiques aux deux pays qui seront visités. Une visite au Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme et du Mémorial du Martyr Juif Inconnu sont aussi programmées. Enfin, des brochures pédagogiques réalisées par l’association, ouvrages et documents d’information divers, seront distribués aux participants.
Au Rwanda, du 23 au 30 septembre prochains, les jeunes visiteront les mémoriaux et lieux de recueillement construits depuis le génocide de 1994 (Mémorial Kigali Centre, Mémorial de Murambi, visites des villages, fosses et cimetières de la Région de Ruhengeri au Nord Ouest du pays, visite du la région du Kibuye, site de la Résistance au Rwanda…). Ils iront à la rencontre d’acteurs de terrain, de responsables associatifs (par exemple My Family Association qui s’occupe de jeunes rescapés orphelins), et découvriront le Rwanda d’aujourd’hui, le « Pays des mille collines » (visites du Musée National de Butare, du Parc national de l’Akagera, d’ateliers de poterie et artisans dans la région du Gatagara, des habitats traditionnels et royaux de Nyanza…).
En Israël, du 5 au 11 octobre prochains, les jeunes iront également à la rencontre de nombreux acteurs et visiteront divers monuments et lieux de mémoire, à Jérusalem-ouest d’une part (notamment le mémorial aux victimes de la Schoah « Yad Vashem » qui entretient déjà un lien avec le mémorial de Kigali) et à Tel Aviv d’autre part (visites de la Maison d’Indépendance, voyage vers Saint Jean d’Acre - Acco, visite de la ville et visite du Musée Lohamei HaGetaot sur le soulèvement des Ghettos lors de la Seconde Guerre mondiale, visite du Centre de Givat Haviva - centre de recherche et de dialogue israélo-palestinien).
Ces voyages permettront d’aborder différentes questions et thématiques qui doivent susciter chez les participants des réflexions personnelles et collectives qui se poursuivront après les voyages. Et notamment :
-La construction de l’identité de chacun et du racisme qui touche de nombreuses personnes d’origines diverses, la question des “communautés” comme lieux d’échanges, tout en veillant à mettre en exergue leur appartenance avant tout à la société française. Les voyages ont ainsi été conçus pour constituer une passerelle, un lieu de médiation, entre le particulier et l’universel.
-les caractéristiques communes des deux génocides, juif et tutsi (planification des massacres, exécution méthodique organisée, négation orchestrée par la suite…), bien qu’il ne s’agisse pas ici de comparer des réalités, des acceptions, des ampleurs, et des déroulements qui ont été différents, mais de souligner une forme de passé commun et une communauté de destin.
-La notion de mémoire collective en liant le passé et le futur des peuples. Le génocide des Tutsis au Rwanda montre que le « Plus jamais ça ! » a failli. Ainsi, comment faire de la mémoire et de la transmission de l’histoire des génocides, un garant pour l’avenir ? Comment lutter contre le négationnisme ? Comment aborder les questions de pardon et de réconciliation ? A ce titre, comment comprendre la construction européenne, les relations diplomatiques fortes entre l’Allemagne et Israël, ou la politique de réconciliation nationale au Rwanda ? Quelles responsabilités pour la communauté internationale ?
-Quels sont les processus de reconnaissance des génocides ? Comment demander justice et à qui ? La reconnaissance de la Shoah ne s’est pas faite immédiatement. La reconnaissance de la participation des Etats est, d’ailleurs, intervenue bien plus tard. La question de la reconnaissance des génocides arménien et tutsi se pose encore. Comment faire adhérer une population dans son ensemble ?
Que vivent les peuples juif et tutsi aujourd’hui ? Est-il possible de comparer leur situation actuelle ? La communauté internationale a reconnu un droit à l’autodétermination du peuple juif, avec un Etat, celui d’Israël. Les Tutsis rwandais quant à eux, sont-ils condamnés à vivre en face des Hutus ? Existe-t-il, au sein des mouvements et communautés tutsis disséminés en Afrique, un souhait d’union et de solution nationale ? Combien de Tutsis originaires du Rwanda vivent à l’étranger ? Est-il possible d’estimer leur souhait d’y retourner y vivre ? Que vivent les communautés juives de diaspora, les juifs d’Israël aujourd’hui ?
Ce projet présente un caractère innovant, aucun voyage croisé de ce type n’a encore eu lieu même si des liens entre mémoriaux juifs et tutsis ont déjà été développés. Le fait que de jeunes français aux origines diverses se rendent, ensemble, au Rwanda et en Israël, constitue, en soi, un précédent.